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Trois questions à Betty Fontaine (Brasserie Simon)

«La libéralisation des débits de boissons va dans le bon sens»



Betty Fontaine (Brasserie Simon): «Les deux leaders détiennent chacun un bon tiers des licences en propriété directe.» (Photo: Julien Becker/archives)

Betty Fontaine (Brasserie Simon): «Les deux leaders détiennent chacun un bon tiers des licences en propriété directe.» (Photo: Julien Becker/archives)

Betty Fontaine revient sur le projet de loi visant à assouplir l’établissement de débits de boissons au Luxembourg et à octroyer des licences de distribution d’alcool au prix réduit de 15.000 euros. Selon la directrice générale de Brasserie Simon, cette transposition tardive d’une directive européenne de 2006 devrait contribuer à rebattre les cartes d’un marché contrôlé par deux leaders écrasants.

 

Madame Fontaine, le projet de loi prévoit de réduire le prix de la licence de vente d’alcool, de 50.000 à 15.000 euros. Cette mesure ne va-t-elle pas mettre certaines entreprises en péril en dévalorisant leur patrimoine?

«Oui, mais la valeur de 50.000 euros n’est valable que pour une ville comme Luxembourg. Dans le Nord, une licence vaut plutôt entre 3.000 et 5.000 euros. Il faut faire attention: c’est à Luxembourg-ville que la spéculation s’est faite et que la licence a atteint de tels prix. Il s’agit d’une valeur extrême, pas d’une valeur moyenne. Par ailleurs, les licences existantes sont transférables sur le territoire luxembourgeois. Les nouvelles seront associées à une adresse et à un exploitant. Il s’agit d’une taxe dont il faudra s’acquitter à l’Administration des Douanes et Accises.

Beaucoup de voix se font entendre pour dire qu’il y a déjà trop de restaurants et de cafés au Luxembourg, que le métier est dénaturé. La distribution illimitée de licences ne va-t-elle pas aggraver ce phénomène?

«C’est vraiment un sujet qui me tient à cœur. Ce n’est pas le système des licences qui doit régir l’accès à la profession. C’est au ministère des Classes moyennes, qui distribue les autorisations de commerce, de faire en sorte que tout le monde ne se proclame pas restaurateur ou cafetier du jour au lendemain. Il faut des papiers, des attestations, justifier d’une formation, d’une expérience… Une licence n’est qu’une autorisation pour pouvoir vendre de l’alcool.

Pourquoi ce projet de loi suscite-t-il une telle opposition de la part des leaders du marché, la Brasserie Nationale (Bofferding) et la Brasserie de Luxembourg Mousel Diekirch?

«Les deux leaders détiennent chacun un bon tiers des licences en propriété directe, soit environ 600 chacun. Ils possèdent également des licences en propriété indirecte. Ce qui leur permet d’imposer en contrepartie aux cafetiers de distribuer uniquement leurs bières. Ils ont donc une mainmise énorme sur le marché et redoutent de perdre leur position de force. A ce jour, Bofferding et Diekirch sont très largement majoritaires. Nous sommes un très petit acteur, avec seulement 6% de parts de marché. Ce changement de législation est donc très important pour poursuivre notre développement. Pour l’instant, nous sommes bloqués car nous ne détenons qu’une trentaine de licences. La libéralisation des débits de boissons va dans le bon sens, vers un fonctionnement naturel et compétitif du marché. Même si je pense que l’ouverture du marché restera limitée. Car le texte reste timide. Cette somme de 15.000 euros est encore un obstacle et les licences dont disposent la Brasserie Nationale et la Brasserie de Luxembourg vont encore rester valables. Je pense aussi que le lobbying des deux leaders risque d’infléchir le texte.»