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Industrie spatiale

La genèse complète de Spaceresources.lu expliquée



Membre du board de l’initiative luxembourgeoise dédiée à l’exploitation des ressources spatiales, Georges Schmit a dévoilé, lors de son discours à la soirée du Top 100, les événements qui ont amené à l’émergence de cette idée. Et ce, pour la première fois.

Dévoilée officiellement en février 2016, l’initiative Spaceresources.lu avait été, jusqu’à présent, présentée comme le fruit de la vision d’Étienne Schneider (LSAP), ministre de l’Économie. Mardi soir, lors de son discours tenu au Grand Théâtre dans le cadre du Top 100 organisé par Paperjam, Georges Schmit, membre du board de l’initiative Spaceresources.lu, a levé le voile sur les origines précises de ce qui pourrait devenir l’un des prochains succès internationaux de l’économie nationale.

L’histoire débute donc fin 2012, «lors d’une visite au Nasa's Ames Research Center à Mountain View», l’un des dix centres de recherche de l’agence spatiale américaine située dans la baie de San Francisco. Georges Schmit, alors consul général et directeur exécutif du Luxembourg Trade & Investment Office de San Francisco, rencontre la direction du centre qui «connaît l’histoire spatiale luxembourgeoise et surtout ses aspects politiques». Une première rencontre qui sera suivie d’une invitation des chercheurs américains au Grand-Duché.

La réponse du ministre fut rapide, claire et un peu inattendue.

Georges Schmit, membre du board de Spaceresources.lu

Courant 2013, sur le sol luxembourgeois alors que le pays vient de prendre la coprésidence de l’agence spatiale européenne, les membres de la direction de la Nasa évoquent pour la première fois «les programmes des agences spatiales dans l’espace extraorbital». Autrement dit, la possibilité d’explorer des ressources présentes sur les corps célestes est évoquée. «Au regard de son passé innovateur, le Luxembourg pourrait apporter une valeur dans la mise en œuvre d’une telle idée», relate Georges Schmit dans son récit en citant Pete Worden, alors directeur du Nasa's Ames Research Center.

Un document de quelques pages, «classé high level», voit alors le jour et est destiné à dresser la liste des tendances récentes dans le space mining et ses retombées économiques potentielles. À l’automne 2013, les élections législatives anticipées passées, le document est transmis au ministre de l’Économie, «avec un message d’accompagnement demandant si le gouvernement souhaite continuer à explorer le sujet (…) en vue de préciser les différents enjeux et un éventuel intérêt, économique ou autre, pour le Luxembourg de s’engager davantage», assure le membre de Spaceresources.lu. Qui précise que «la réponse du ministre, après consultation de ses collègues ministres d’État et de la Justice, fut rapide, claire et un peu inattendue». «Il faut continuer à creuser la question!»

Une cinquantaine d'entreprises nous ont contactés.

Étienne Schneider, ministre de l'Économie

Mai 2014, lors d’une mission économique en Californie, une réunion «en très petit cercle» se tient, au cours de laquelle le directeur Worden indique que «la Maison Blanche a autorisé la Nasa à s’intéresser à la question de la propriété des ressources récoltées sur des corps célestes par des entreprises privées» et que l’agence spatiale américaine organisera un workshop sur le sujet, «limité à une centaine de spécialistes». Un workshop auquel sont invités les représentants luxembourgeois. Organisé en septembre 2014, ce dernier fait intervenir plusieurs start-up intéressées de travailler avec le Grand-Duché, sous condition qu’«un régime juridique garantissant la propriété des ressources soit créé» et que l’État «s’engage politiquement et financièrement», selon Georges Schmit. Les détails furent précisés au cours d’un second workshop, organisé en mars 2015 au Luxembourg.

Au final, l’initiative Spaceresources.lu fut dévoilée officiellement début février 2016, avec le soutien de Jean-Jacques Dordain, ancien directeur de l’Esa, de Pete Worden, retraité de la Nasa et de Georges Schmit en tant que membre du board. Le cadre juridique souhaité par les acteurs économiques, lui, fut présenté en novembre dernier. Selon les dernières informations fournies par Étienne Schneider, «une cinquantaine d’entreprises ont pris contact avec mes services dans le cadre de cette initiative et plusieurs États se sont dit intéressés comme la Suisse, l’Allemagne ou le Portugal.»

Deux quartiers européens implantés au Luxembourg

«Tout l’enjeu désormais est de cibler les investissements à réaliser pour qu’il n’y ait pas de doublon, car tout le monde a à y gagner, l’espace est suffisamment vaste», estime le ministre en référence aux récents échanges tenus lors de la réunion ministérielle de l’Esa. À noter que le mouvement qui est en train de se mettre en place au niveau européen devrait aboutir, à terme, à «trouver une solution au niveau mondial», selon les mots d’Étienne Schneider. Autrement dit, modifier la législation de 1967 qui prévoit l’universalité des astres célestes, une démarche qui pourrait se faire au niveau de l’Onu.

Pour rappel, à l’heure actuelle, deux sociétés américaines ont d’ores et déjà installé leur siège européen au Luxembourg. Deep Space Industries s’est engagée pour sa part dans la construction d’un vaisseau spatial destiné à effectuer l’indispensable cartographie des astéroïdes exploitables. Planetary Resources, de son côté, a fait l’objet d’un investissement direct de 25 millions d’euros de la part du gouvernement destiné à peser sur les décisions de la société américaine dans laquelle sont impliqués Richard Branson, CEO de Virgin ou Eric Schmidt de Google.