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Interview

La belle et le sauvage



La collection printemps-été 2013 joue des imprimés psychédéliques et des matières proches du corps. (Photo : Alex Iberico)

La collection printemps-été 2013 joue des imprimés psychédéliques et des matières proches du corps. (Photo : Alex Iberico)

Le Luxembourgeois Chris Neuman et sa compagne Virginia Ferreira ont créé la marque de prêt-à-porter Belle Sauvage en 2008. Ils étaient à Luxembourg pour présenter la collection printemps-été 2013, lors d’un défilé très applaudi. Rencontre en coulisses avec Chris Neuman. 

Chris Neuman, en tant qu’enfant au Luxembourg, la mode n’était pas un univers prédestiné. Comment avez-vous décidé de vous orienter vers ce domaine ?

« La mode me fascine, et ce, depuis longtemps. C’est sans doute le secteur de la création qui apporte le plus de défis, en particulier parce qu’il nécessite de combiner des talents et des compétences très différents. Au sein de Belle Sauvage, nous considérons la mode comme un univers complet, bien au-delà du simple vêtement. Créer une marque, avec sa signature, son ADN même, sa vision, sa philosophie est une aventure si excitante et si complète. C’est tout cela qui m’a attiré dans la mode.

Un Luxembourgeois et une Argentine… Comment vous êtes-vous rencontrés ? Comment travaillez-vous à quatre mains ?

« On s’est connus en Argentine, il y a plus de 10 ans, en 2001. Ensuite, nous avons déménagé à Londres, pour nos études, et c’est là que nous avons créé Belle Sauvage. Travailler ensemble est une chance pour la richesse de nos créations, même si c’est souvent difficile de se mettre d’accord et de trouver des voies que nous trouvons tous les deux satisfaisantes. Mais au final, c’est cela qui rend nos créations si riches et intéressantes.

Quel défi y avait-il derrière la création de la marque Belle Sauvage ? Quels étaient les enjeux auxquels vous avez dû faire face ?

« C’était en effet un challenge important. Et d’ailleurs, il reste beaucoup de questions sur lesquelles nous devons être vigilants, pour que notre entreprise fonctionne. Par exemple, il est essentiel de développer et de maintenir un haut niveau d’exigence autour de notre signature : non seulement qu’elle soit reconnaissable, identifiable, mais que la qualité tout au long de la chaîne de production soit au plus haut. Nous devons cela à nos clients, pour qu’ils soient satisfaits et qu’ils nous reviennent. Trouver les bons points de vente et canaux de distribution nous aide à croître dans différents pays et, finalement, à garantir une stabilité financière.

Comment peut-on définir l’ADN de Belle Sauvage ? Quelle est la philosophie derrière cette marque ?

« Notre philosophie était claire dès le premier jour, et elle n’a pas changé. Nous cherchons à combiner différentes formes d’art et à les exprimer de différentes manières. Dans ce sens, les vêtements ne sont qu’une partie d’un tout qui comprend aussi du dessin, du film, de la peinture, du mouvement… Dans chacun de nos vêtements, tous ces éléments sont combinés. Celui qui le porte s’identifie à cet ensemble. Porter Belle Sauvage est clairement un moyen d’expression.
Qu’est-ce qui vous nourrit, vous inspire ? « Notre travail est inspiré par le cinéma, la musique, les personnes que l’on rencontre, mais aussi l’histoire de l’art, sous bien des aspects. Il est difficile de déterminer qu’un événement en particulier a engendré telle ou telle création. C’est plutôt un état d’esprit, avoir les yeux ouverts sur le monde et emmagasiner ce que l’on voit. Le terme de nourriture est assez juste.

Il semble que Belle Sauvage connaisse un grand succès en Asie. Comment expliquez-vous cela ?

« Je pense que les Asiatiques aiment l’unicité, l’individualité, les choses inédites, qui rendent chacun différent de l’autre. Notre attitude, combinée au confort et à la qualité de nos vêtements, leur apporte cela. Je pense qu’il y a une adéquation forte, entre la manière dont ces femmes veulent se présenter aux autres, et ce que Belle Sauvage leur propose. C’est pour cela qu’elles nous choisissent.

Vous avez aussi créé une deuxième marque, Leopard. Dans quel but ?

« Leopard a été créé en réponse à une demande de tenues plus décontractées et une approche plus jeune. Il s’agit de vêtements que l’on peut porter simplement, toute la journée et pour toutes les occasions. D’un autre côté, Belle Sauvage avait besoin de cette marque sœur pour renforcer sa position.

Comment voyez-vous la nouvelle collection, créée pour le printemps-été 2013 ?

« La collection Belle Sauvage, autant que celle de Leopard, est empreinte d’influences cyber et punk. Chaque pièce peut être portée de manière autonome, mais fonctionne aussi dans un ensemble.

Quels sont vos projets pour le futur ?

« Nous allons présenter Belle Sauvage à la Fashion Week de Paris. Nous pensons d’ailleurs y présenter nos collections futures, parce que Londres nous paraît moins intéressant, commercialement parlant. Amener Belle Sauvage à Paris est donc notre prochain défi. Nous avons déjà le soutien de plusieurs personnes, mais nous devons asseoir nos financements. Jusqu’ici nous finançons nos défilés et notre communication, uniquement grâce à nos ventes. Il n’y a pas de structure de soutien à la mode au Luxembourg, et nous devons donc faire face à d’autres designers mieux encadrés et aidés. Notre évolution prend donc un peu plus de temps que prévu. »

 

www.shopbellesauvage.co.uk