POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Brexit: réactions

Keith O’Donnell: «Une période d’incertitudes»



Keith O’Donnell (Atoz): «L’effort de démarchage à l’international entrepris depuis quelques années devra donc continuer à plein régime, encore plus à partir de maintenant.» (Photo: Julien Becker / Archives)

Keith O’Donnell (Atoz): «L’effort de démarchage à l’international entrepris depuis quelques années devra donc continuer à plein régime, encore plus à partir de maintenant.» (Photo: Julien Becker / Archives)

Le managing director d’Atoz s’attend à un certain flottement dans les trois années à venir. Mais il décèle des opportunités intéressantes pour le Luxembourg de tirer son épingle du jeu, à condition de prendre des décisions fortes en matière fiscale, notamment.

«J’étais à Londres jeudi et vendredi. Je dois dire que la ville était étrangement calme vendredi. À croire que tout le monde s’était donné le mot de ne pas venir travailler en cas de succès du ‘Leave’.

Le résultat m’a surpris, car les derniers sondages semblaient avoir inversé la tendance affichée les semaines précédentes. On avait le sentiment que les gens avaient arrêté de penser l’impensable. D’une certaine façon, on se disait que tout le monde avait eu son mouvement de rébellion et que tout rentrait dans l’ordre. On pensait que personne ne serait assez fou pour voter la sortie. On note aussi qu’il y a un réel décalage entre Londres et le reste du Royaume-Uni…

Je note aussi que ce résultat confirme qu’il y a un très gros effort de communication à faire autour du projet européen. Non, il n’y a pas de déficit de démocratie. Non, ce ne sont pas des fonctionnaires sans visage qui dictent les lois dans les États. Mais sans doute que l’Anglais moyen qui lit «Le Sun» tous les jours, ne le perçoit pas de la même façon.

Nous entrons maintenant dans une période avec énormément d’incertitudes, car personne ne sait vraiment ce que veut dire cette sortie en termes légal, politique et encore moins économique. Ça risque de durer au moins 18 mois, mais je crains que ce soit plutôt proche des trois ans. Il est à craindre que cela agisse comme un frein à l’économie à l’échelle européenne, non seulement en raison de cette incertitude, mais aussi au temps et à l’énergie qu’il va falloir consacrer pour négocier et trouver des solutions. Cela ne présage rien de bon sur le plan macroéconomique.

Il ne faut pas s’attendre à ce que des gros sièges internationaux de banques s’établissent au Luxembourg.

Keith O’Donnell (Atoz)

Pour ce qui est de la situation du Luxembourg, il y a plusieurs façons de voir les choses. Il est d’abord à regretter que la Place perde un allié politique de poids dans l’approche libérale de l’économie. Sans doute le centre de gravité en terme de philosophie politique va-t-il désormais davantage pencher vers les modèles du Sud, avec des coalitions entre des pays plus petits.

Mais je préfère être optimiste et voir les opportunités. Nous savons qu’une certaine partie des activités, surtout financières, va devoir se déplacer pour se remettre au sein de l’UE. On peut évidemment en attirer une partie au Luxembourg. L’effort de démarchage à l’international entrepris depuis quelques années devra donc continuer à plein régime, encore plus à partir de maintenant. Il ne faut pas rêver: il ne faut pas s’attendre à ce que des gros sièges internationaux de banques s’établissent au Luxembourg. En revanche, on peut tout à fait imaginer des mouvements de parties d’équipes importantes, notamment en matière de gestion de fonds.

On sait très bien que la force du Luxembourg est d’être très flexible. Espérons que ce soit encore le cas ici.

Keith O’Donnell (Atoz)

C’est donc là que le Luxembourg doit bien jouer pour se monter attractif. Et avec ma casquette de fiscaliste, je ne peux qu’appeler à un certain courage politique pour faire un geste un peu plus fort auprès des entreprises, afin de faire du pays le lieu d’accueil pour les sociétés qui voudront déplacer une partie de leur activité du Royaume-Uni vers l’Europe. C’est d’autant plus important que l’on sait que la directive Beps au niveau européen va raboter un peu notre compétitivité.

Pour l’heure, avec un taux effectif de l’impôt sur les sociétés à 26%, nous ne sommes pas très attractifs vis-à-vis d’autres Places telles que l’Irlande ou les Pays-Bas. Il faut donc agir! Car si on reste là où on est et qu’on se contente seulement de faire des démarchages, alors la balance entre opportunités ou menaces risque fort de pencher vers les menaces. On sait très bien que la force du Luxembourg est d’être très flexible. Espérons que ce soit encore le cas ici. Mais cela dépendra de la bonne volonté politique et nécessite que tout le monde travaille ensemble pour pousser dans la même et bonne direction.

Ce qui est certain, c’est que nous allons vivre des prochains mois très intéressants!»