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Juncker, un homme libre



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Jean-Claude Juncker a eu l’art de l’esquive au sujet du récit d’André Kemmer révélé par paperJam… (Photo: Christophe Olinger / archives)

Invité samedi de l’émission Background sur RTL Radio, l’ancien Premier ministre a répété à l’envi qu’il était devenu un homme libre, mais qu’il n’était toujours pas fixé sur son destin, national ou européen. Il fut également beaucoup question des révélations de paperJam.

Je suis un homme libre.» Jean-Claude Juncker a dû répéter presque une dizaine de fois cette formule lors de l’émission de RTL Radio Background dont il était l’invité samedi dernier. L’ancien Premier ministre ne se lasse pas non plus d’affirmer que ni lui ni son parti, le CSV, n’ont perdu les élections anticipées du 20 octobre dernier. Ce qui le conforte sans doute dans ce sentiment de liberté qui guide désormais sa conduite. 

La question était incontournable après les révélations de paperJam au sujet d’une réunion qu’il avait eu avec trois des membres du Service de renseignement, parmi lesquels son chef, Marco Mille, qu’il aurait copieusement insulté, selon le récit qu’en a fait un des témoins, l’agent André Kemmer. Jean-Claude Juncker se reconnaît-il dans la formule en dessous de la ceinture qui lui est prêtée?

L’ancien chef du gouvernement a eu l’art de l’esquive en rappelant aux auditeurs que le récit d’André Kemmer, «que beaucoup de gens ont cru», relevait davantage du genre romancé que de l’autobiographie.

Kemmer a donné son accord à paperJam

Or, dans l’enquête que paperJam a menée pendant plusieurs semaines, la description que Kemmer a fait de la scène s’étant déroulée dans le bureau du Premier ministre a été corroborée par un des autres témoins. De plus, André Kemmer ainsi que l’un de ses avocats, après que paperJam ait pris connaissance du récit «Die Sache mit der Uhr», furent informés que la rédaction disposait d’une copie.

Et M. Kemmer a donné son accord en novembre dernier à sa publication dans nos colonnes, tout en assurant que son récit correspondait bien aux souvenirs qu’il conservait de sa visite à Jean-Claude Juncker avec Marco Mille et Frank Schneider, alors chef des opérations du Srel. «J’avais honte», avait alors déclaré André Kemmer. L’écriture de ce récit fut sans doute pour lui une sorte d’exutoire.

Jean-Claude Juncker a estimé pour sa part, samedi à l’antenne de RTL, que «tout était mis en œuvre pour nuire à sa réputation», en faisant remarquer que les révélations de paperJam étaient intervenues au lendemain de son premier discours à la Chambre des députés comme chef de l’opposition.

On se permettra juste de signaler à ce stade-là que, contrairement aux élections et, à plus forte raison, au débat parlementaire ayant suivi le discours de Xavier Bettel, la date de parution de paperJam était connue depuis plusieurs mois…

En pourparlers

L’ancien Premier ministre fut également interrogé sur ses ambitions européennes, alors qu’il s’était engagé auprès des électeurs luxembourgeois, s’il n’était pas reconduit à la tête du gouvernement qu’il dirigeait sans discontinuer depuis 1995, à se consacrer à la politique nationale.

M. Juncker, qui est un homme libre, donc, est en pourparlers sur son destin, a-t-il reconnu sans toutefois se montrer précis sur la nature de ses ambitions. Il a toutefois fait savoir qu’il ne se présentera pas sur la liste du CSV au scrutin européen, ce qui, de facto, pourrait l’exclure pour briguer le poste de président de la Commission européenne, poste revenant en principe au parti le plus fort.

Ce fut en l’occurrence le Parti populaire européen aux dernières élections de 2009, ce qui a permis à José Manuel Barroso de briguer un second mandat à la tête de l’exécutif européen.