POLITIQUE & INSTITUTIONS
EUROPE

Double langage

Juncker, un faux-ami?



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Jean-Claude Juncker lors de la conférence de presse qui a suivi son discours devant le Parlement européen le 15 juillet. (Photo: Parlement européen)

De prime abord, l'élection de l’ancien Premier ministre luxembourgeois à la tête de la Commission européenne constitue une bonne nouvelle pour le Grand-Duché. Une majorité de Luxembourgeois, y compris dans les rangs du gouvernement qui l’a soutenu, voit là le meilleur moyen de défendre les intérêts nationaux contre un exécutif européen qui a pu se montrer pressant ces dernières années… au point même de faire chuter le secret bancaire luxembourgeois, pilier – il est vrai un brin anachronique – de la place financière.

Juncker rempart contre l’hostilité bruxelloise en matière fiscale? Certains sur la toile fustigent l’engagement «de façade» de l’ancien chef de l’exécutif luxembourgeois dans la lutte contre l’évasion fiscale.

D’autres pensent en revanche que si les mots prononcés aujourd’hui par Jean-Claude Juncker dans le langage européen diffèrent peu de ceux qu’il a pu prononcer ces dernières années dans la langue de Dicks, ils pourraient avoir des conséquences différentes pour le Grand-Duché.

Le Luxembourgeois n’est dorénavant plus en situation de freiner l’élan communautaire, mais de l’accélérer. Ainsi, très concrètement, lorsque Jean-Claude Juncker se déclare, devant le Parlement européen le 15 juillet, favorable à la taxe sur les transactions financières, il ne va pas à l’encontre de ce qu’il a auparavant annoncé. Il s’est toujours dit favorable au principe, pour autant qu’il soit appliqué dans un ensemble de pays aussi large que possible, la zone euro étant le plus petit espace envisageable.

Menace sur le consensus de la politique européenne

Mais, installé par l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne – pays engagés dans la mise en place à partir de 2015 de la TTF – l’ancien Premier ministre luxembourgeois va devoir pousser pour un élargissement à la zone euro des États participant au mécanisme de coopération renforcée. Le Royaume-Uni (ou d’autres places financières internationales) en serait donc exclu et pourrait ainsi bénéficier d’une relocalisation des fonds d’investissement, transfuges du Vieux Continent.

Les conséquences pour le Luxembourg, prévoient les scénarios les plus alarmistes, ne seraient ainsi plus seulement économiques, mais politiques puisque les partis de la coalition pourraient alors accuser le CSV d’avoir sacrifié le Grand-Duché sur l’autel électoral, dans le seul but de placer leur homme au sommet de l’Olympe européen. Le traditionnel consensus sur la politique européenne serait alors brisé.

Nous n’en sommes cependant pas là. Aujourd’hui se pose surtout la question de l’apparente compréhension de la politique fiscale de Juncker au niveau européen. Les mots sont bien les mêmes, mais la signification est, elle, bien différente pour la position luxembourgeoise.