POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Au Parlement européen

Juncker: «Si vous voulez que je parte, dites-le»



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Séance mouvementée lundi pour le président de la Commission européenne qui a fait l'objet de vives critiques de la part des eurosceptiques au sein du Parlement de Strasbourg.

Si la famille hétéroclite et divisée des eurosceptiques avait besoin d'un prétexte pour se regrouper, elle l'a trouvé en la personne de Jean-Claude Juncker. Les représentants des formations membres du groupe EFDD (Europe de la liberté et de la démocratie directe) se sont en effet succédé hier aux micros du Parlement européen pour dénoncer tour à tour le fait que Jean-Claude Juncker aurait permis «à des multinationales de se mettre des milliards dans les poches», selon Marco Zanni, du «Mouvement 5 étoiles» italien.

Le dossier des LuxLeaks continue donc de peser sur le début de mandat de Jean-Claude Juncker qui, selon le britannique Steven Woolfe, va faire l'effet d'une tache d'huile sur l'ensemble de la Commission.

Faisant dans la nuance comme à son habitude, la présidente du Front national français et eurodéputée Marine Le Pen, qui considère qu'il serait «aussi crédible que de nommer Al Capone président de la commission 'sécurité et éthique'». Et d'ajouter que M. Juncker est «le symbole d'une Europe de la magouille, de la cupidité, de l'injustice et du cynisme».

«Cessez de m'insulter»

«Je le dis très solennellement, s'il vous plaît, cessez de m'insulter», a demandé Jean-Claude Juncker.

«À voir l'identité des signataires de cette motion de censure, je m'interroger sur le sens profond de celle-ci», a-t-il ajouté. «J'ai l'impression que les intentions des auteurs de cette motion ne sont pas celles dont ils se font l'écho, puisqu'ils devraient savoir que je ne suis pas l'ami du grand capital.»

Estimant que cette motion de censure s'adressait injustement à l'ensemble de la Commission, Jean-Claude Juncker a demandé que les autres membres de l'exécutif européen en soient épargnés. «Si vous voulez que je parte, dites-le.»

Et de proposer de «mettre en place un groupe fiscal au niveau du Conseil des ministres des États membres qui veillera à l'application scrupuleuse des exigences qui découlent du code de bonne conduite contre la concurrence fiscale déloyale, idée qui fut refusée en 2005 lorsque je l'ai proposée».

À chacun ses responsabilités

«Je plaide pour l'harmonisation fiscale, ce qui n'est pas un plaidoyer contre la concurrence fiscale qui est saine, elle est malsaine lorsqu'elle s'exerce d'une façon déloyale», a estimé Jean-Claude Juncker, qui renvoie les eurodéputés à leurs responsabilités et leur demande de «déployer des trésors d'influence pour faire en sorte que les 28 États membres soient en faveur de cette proposition», celle de mettre en place un système d'échange d'informations automatique en matière de décision fiscale anticipée.

Ces attaques prennent part dans le processus d'une motion de censure déposée par 76 députés eurosceptiques et qui sera soumise au vote des députés jeudi, le lendemain de la présentation du plan d'investissement de 300 milliards d'euros de l'équipe Juncker pour la relance de l'emploi et la croissance en Europe.