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François Bausch (2/2)

«Jouer un rôle de premier plan» pour la mobilité



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S’il ne croit pas que la seule gratuité des transports attirera des milliers de nouveaux usagers, François Bausch se dit étonné de l’impact de l’annonce à l’international, véritable «nation branding à exploiter». (Photo: Matic Zorman)

S’il est devenu officiellement, depuis le 5 décembre dernier, ministre de la Défense et ministre de la Sécurité intérieure, François Bausch reste en charge de la Mobilité et des Travaux publics. Avec comme ambition de «mener à bien tous les projets lancés».

Vos domaines de prédilection restent et resteront la mobilité et les travaux publics. Qu’avez-vous appris de vos cinq années passées dans ce ministère?

François Bausch. – «C’est une chance énorme pour moi de pouvoir poursuivre ce travail, car la mobilité était un domaine très compliqué quand j’ai commencé. Depuis, nous avons fait beaucoup de choses et lancé beaucoup de projets que je vais pouvoir achever. Avec la dynamique que nous avons su mettre en place et confortée par les électeurs, c’est encourageant. Aussi bien au niveau du score enregistré par Déi Gréng que mon score personnel, qui est pour le moins impressionnant. À l’étranger, on ne trouve pas de ministre des Transports qui, en sortant du gouvernement, a gagné 70% de voix. Cela signifie que nous avons su convaincre les électeurs sur le fait que la stratégie défendue était la bonne. Maintenant, nous devons véritablement délivrer les projets lancés au cours des cinq prochaines années et accélérer les chantiers.

Pour ces élections, vous avez clairement bénéficié de l’effet du tram qui a été mis en service il y a un an. Pour cette législature, d’autres nouveaux grands projets de ce type sont-ils d’ores et déjà planifiés?

«Le but de cette législature est bien évidemment de finaliser ce projet jusqu’à la Cloche d’Or et le Findel, ce qui est la grande priorité. À côté, il y a l’extension de la gare de Luxembourg, le dédoublement de la ligne Luxembourg-Bettembourg, mais aussi des chantiers qui vont s’achever au cours de l’année prochaine. Ce sera le cas du dédoublement du viaduc pour la ligne du Nord et celle vers Wasserbillig qui sera achevé en mars 2019 et le dédoublement de la voie vers Sandweiler, aussi en mars-avril 2019. Petit à petit, les usagers vont ressentir des améliorations. Cela ne va pas s’améliorer d’un coup, car il y aura toujours le point compliqué qu’est la gare de Luxembourg, qui ne pourra bénéficier d’une plus grande capacité que quand la totalité du chantier sera achevée. Donc d’ici la fin 2021.

Parmi les chantiers d’envergure engagés par les CFL figure le viaduc de Pulvermühle. (Photo: CFL)La création de la nouvelle ligne Bettembourg-Luxembourg. (Photo: CFL)Le doublement de la ligne vers Sandweiler. (Photo: CFL)Ou la création de deux nouveaux quais - et donc de quatre nouvelles voies - en gare de Luxembourg. (Photo: CFL)

Pour revenir sur la date d’arrivée du tram à la Cloche d’Or, vous réfutez la date de 2023 avancée fin novembre par les Ponts et Chaussées...

«Après avoir lu votre article, j’ai immédiatement appelé l’ingénieur qui a avancé cette date et ce dernier m’a indiqué qu’il s’agissait de son opinion personnelle. Je lui ai alors rappelé que son opinion ne comptait pas, seule la mienne avait valeur officielle. Nous avons fait une réunion à ce sujet la semaine passée et nous avons revu le planning pour que cela corresponde à ce que j’avais dit, à savoir une desserte de la Cloche d’Or fin 2022.

Pendant la campagne, vous étiez fermement opposé à la gratuité des transports en commun. Elle est désormais actée et présentée comme une mesure sociale. Vous avez donc dû céder?

«Non, car cette mesure était aussi dans notre programme électoral. Mais je n’ai jamais dit que les transports en commun gratuits allaient nous aider à avoir des milliers de passagers supplémentaires. Je n’y crois pas et je ne l’espère même pas parce que le réseau, aux heures de pointe actuellement, est saturé. La seule solution pour arriver à cet objectif reste l’amélioration de la qualité du service, ce qui passe notamment par l’amélioration des cadences. En revanche, la gratuité des transports publics est aussi une mesure sociale qui représente la suppression de 440 euros annuels. Pour une personne qui gagne le smic ou un peu au-dessus, cela a un impact.

La seule chose qui m’a étonné dans cette annonce, c’est les répercussions que cela a eu au niveau mondial. C’est un super nation branding qu’il faut exploiter, mais en faisant bien comprendre à tous que cette mesure n’est qu’un point psychologique d’une stratégie de mobilité globale qui a pour base solide les investissements réalisés. Cela lance le débat sur la mobilité et le Luxembourg peut y jouer un rôle de premier plan.

Nous n’allons pas révolutionner l’indemnité kilométrique.

François Bausch, ministre de la Mobilité et des Travaux publics

Concrètement, cette gratuité nécessitera des accords avec les pays limitrophes, notamment pour le train...

«C’est pour cela que nous avons besoin d’une année avant la mise en œuvre concrète de la mesure, prévue au premier trimestre 2020. Il faut non seulement discuter avec les réseaux voisins, mais aussi laisser le temps aux usagers de s’adapter. La date précise de l’entrée en vigueur de la gratuité devrait être communiquée fin janvier, début février 2019. Et comme nous sommes le premier pays au monde à nous lancer dans cette expérience, il est difficile d’avancer des chiffres de hausse de fréquentation. Nous sommes un laboratoire.

Pour vos partenaires de coalition, le coût sera compensé par la réforme de l’indemnité kilométrique. Ce que Félix Braz et vous réfutez. Pourquoi?

«Ce n’est pas vrai du tout. Ce qui a été décidé, c’est de mettre en place une fiscalité écologique et la gratuité n’entre pas dans cette logique. Pour l’indemnité kilométrique, nous n’allons pas la révolutionner, mais plutôt adapter les barèmes pour favoriser le recours à la mobilité douce, notamment pour ceux qui habitent à proximité de leur travail. Car je ne trouve pas normal que les personnes qui résident à une distance réduite bénéficient de bonus pour utiliser leur voiture. Pour les personnes qui habitent dans des zones rurales, rien ne changera.

Nous devons encore plus serrer la vis sur les vols de nuit.

François Bausch, ministre de la Mobilité et des Travaux publics

Les engagements pris par ce gouvernement font état de la volonté de mettre en place des systèmes intelligents pour permettre de lutter contre les bouchons. À quoi cela fait-il référence?

«Une des idées derrière ce concept est de permettre d’utiliser la bande d’arrêt d’urgence avec gestion effectuée par une intelligence artificielle pour tenter de réguler le trafic. Une autre est d’utiliser, en dehors des heures de pointe, le couloir de bus qui sera installé au milieu de la chaussée sur le trajet entre Gondrange et le Kirchberg. Cela passera aussi par l’utilisation de feux rouges intelligents, qui devrait permettre une meilleure gestion des flux, etc. Bref, utiliser la digitalisation pour améliorer les infrastructures routières pourrait, selon les experts, réduire de 15% les perturbations.

Enfin, il est également prévu la mise en place d’une nouvelle taxe d’atterrissage et la hausse de la taxe passagers au Findel. De quels chiffres est-il ici question?

«Les montants ne sont pas encore fixés, mais je peux vous dire que le nouveau modèle de taxation sera finalisé en janvier prochain. Selon la directive européenne, il faut que les compagnies aériennes soient informées des nouvelles conditions six mois en avance. Donc application probable des nouveaux tarifs d’ici la fin 2019, peut-être après les vacances d’été. Nous avons fait un benchmark au niveau des aéroports européens pour voir la marge de manœuvre dont nous bénéficions et ne pas oublier que cela aura aussi un impact sur les vols de nuit. Nous devons encore plus serrer la vis sur ce sujet. Mais il ne faut pas oublier que quand les travaux de rénovation de la piste vont démarrer, ils auront deux années très tranquilles de ce point de vue.

Dans l’accord de coalition, l’utilisation de la gare souterraine n’est plus réservée à l’implantation d’un data center mais d’un éventuel espace événementiel. Que pouvez-vous en dire?

«Nous n’avons pas tout à fait éliminé l’option du data center, mais les espaces souterrains dédiés à l’événementiel sont très recherchés aujourd’hui, surtout dans le cadre de la culture digitale. En Allemagne, un tel espace a été créé sous terre dans ce but, c’est donc une idée que nous souhaitons explorer. Du moins pour le second étage souterrain, le premier n’ayant aucun problème pour trouver preneur car cet espace sera utilisé par Lux-Airport. Le projet d’aménagement du premier étage est déjà très avancé, car il y a un besoin d’aménagement au vu de la croissance de l’aéroport ces dernières années.»

Située sous la chaussée devant l’entrée du terminal A, la gare souterraine s’étale sur deux niveaux. (Photo: Sven Becker/archives)(Photo: Sven Becker/archives)Les 12.000 à 15.000 m2 du second niveau pourraient être utilisés pour accueillir un data center. Ou un espace événementiel. (Photo: Sven Becker/archives)(Photo: Sven Becker/archives)(Photo: Sven Becker/archives)