POLITIQUE & INSTITUTIONS

Marc Hostert (FUSE)

« Il n’y a jamais eu d’esprit d’entreprise »



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Marc Hostert : « La gouvernance est héritée du 19e siècle. Mais on est au troisième millénaire ! » (Photo : Luc Deflorenne / archives)

Dans sa dernière contribution, le collectif « 5 vir 12 » évoquait l’esprit d’entreprise, pas assez présent. Marc Hostert, président de la Fondation des universitaires en sciences économiques (FUSE) pour l’esprit d’entreprise, estime que, historiquement, « il n’y a jamais eu cet esprit au Luxembourg ». Mais il est urgent de changer de cap.

Monsieur Hostert, en tant que président d’une fondation qui prône l’esprit d’entreprise et agit en conséquence, que pensez-vous, globalement, de l’initiative « 5 vir 12 » ?

« J’ai suivi le lancement de cette initiative, avec intérêt et curiosité. Jeter un pavé dans la mare, c’est toujours une bonne chose, dont le Luxembourg a bien besoin. Nous sommes trop conservateurs, alors un peu de provocation ne fait pas de tort. Cependant, il me semble qu’il n’y a pas encore, dans ce que j’entends dans ces prises de position, de relations de cause à effet. S’adresser au grand public et vulgariser la problématique est intéressant. Mais il faut aller plus loin ! Car poser les questions, ce n’est pas y répondre. Prendre un peu de recul et proposer des actes concrets, c’est de cela dont a besoin ce pays.

Quels sont pour vous les grands défis ?

« Il faut se rendre à l’évidence : le Luxembourg commence à être hors du coup dans un marché global. On veut rouler avec la même machine dans un monde qui a changé. Ce n’est plus possible. Donc il y a de fait de grands défis à relever.

Il faut réfléchir à la représentativité des uns et des autres, en particulier des instances qui décident. Il y a une population électorale, résidente, par opposition aux frontaliers, et des questions qui touchent bien davantage de monde dans l’économie nationale. Or la majorité des votes sont exprimés par des retraités ou des fonctionnaires.

D’autre part, le pays fonctionne selon une gouvernance qui remonte au 19e siècle et dont on assume l’héritage sans le remettre en cause. Or il faut appréhender le 21e siècle qui est déjà bien entamé et réagir dans un univers qui est entré dans le troisième millénaire. On ne peut plus se contenter, par exemple, de la représentativité actuelle des Chambres de Commerce ou des Métiers. Une modernisation de l’approche paraît indispensable.

Un troisième levier est fondamental, c’est le système scolaire. Le Luxembourg doit changer de cap et inculquer des valeurs adaptées.

L’esprit d’entreprise peut-il souffler dans les écoles ?

« Pas à l’heure actuelle. C’est culturellement impossible et compréhensible. Le collectif 5 vir 12 dit qu’il n’y a pas assez d’esprit d’entreprise. Je pense qu’il n’y en a jamais eu. C’est historique, c’est lié aux soixante glorieuses que le pays a traversées sans se soucier du lendemain. Toute une génération n’a rien connu d’autres que des salaires élevés, une fonction publique forte, source d’embauche quasi automatique pour des milliers de citoyens. Si l’on remonte aux origines de la prospérité du pays, on retrouve des investisseurs capitalistes étrangers, surtout flamands ou allemands. Les Luxembourgeois ont capitalisé ensuite, en s’appuyant sur le savoir-faire de voisins entreprenants.

L’esprit d’entreprise reste à enseigner. C’est un défi majeur, qui passe par l’apprentissage du sens du risque. Mais comment un enseignant pourrait-il transmettre ce savoir s’il n’est pas dans sa culture ?

Quels sont vos axes de travail, au niveau de FUSE ?

« Nous voulons appuyer et promouvoir ce sens du risque, cet esprit d’entreprise, cette envie de se mettre à son compte et de créer, qui n’est pas dans les gênes de nos concitoyens. En schématisant, je dirais que l’option de se mettre à son compte, pour un jeune qui veut démarrer aujourd’hui et lancer son idée, n’est pas validée par ses parents. Elle serait davantage encouragée par les grands-parents, qui ont connu les petites affaires, l’artisanat, le commerce de proximité… Et puis, comme on est dans un pays conservateur, très catholique, peu entreprenant et ne disposant pas d’une culture du risque et d’une gouvernance adaptée, il faut planter les graines et les aider à germer. C’est pour ça que nous avons lancé l’opération Coup de Pouce il y a quelques mois, pour favoriser l’émergence de micro-crédit et de prêts d’honneur, afin d’aider au démarrage de projets. C’est aussi le message principal de nos séminaires sur la création et la reprise d’entreprises, dont la 13e édition aura lieu cet automne. La Fondation joue essentiellement sur les leviers de la représentativité et de la gouvernance. Le levier de l’enseignement reste à actionner. Il est urgent de le faire. »