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Après la quadripartite santé

«Il faut un plan Marshall pour les urgences»



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Les quatre hôpitaux attendent des financements supplémentaires pour absorber un flux de patients croissant aux urgences. (Photo: Sven Becker / Archives)

L’audit diligenté l’an dernier par la ministre de la Santé doit donner lieu à un plan d’action dès 2018. Le secteur en attend les contours avec un prudent espoir.

Interpellée par des députés sur la saturation des urgences en janvier 2016, la ministre de la Santé Lydia Mutsch avait lancé dans la foulée une «analyse approfondie du fonctionnement des services d’urgence dans les quatre centres hospitaliers» et de leurs besoins «en ce qui concerne les dotations en personnel, les infrastructures, les systèmes de tri et d’informatisation en place aux services d’urgence».

L’audit initié début 2017 doit être présenté d’ici la fin de l’année, a indiqué la ministre lors de la quadripartite santé mercredi, et donnera lieu à un «plan d’action» mis en œuvre progressivement en 2018. «Je souhaite que l’audit aboutisse à des solutions ambitieuses, portées par le secteur, qui réduiront durablement les délais d’attente et le fonctionnement de nos services d’urgence», a souligné Lydia Mutsch.

Un souhait largement partagé par le secteur, même s’il reste circonspect quant à l’issue de l’audit. «L’audit a été élaboré de façon sérieuse, sa rédactrice Mme Marie-Lise Lair (consultante dans les services de santé et ancienne membre du CRP Santé) a bien pris la mesure des choses et interrogé tout le monde, se réjouit Dr Emile Bock, médecin urgentiste et coordinateur des urgences des Hôpitaux Robert Schuman. Elle a pu voir que les sons de cloches sont exactement les mêmes dans tous les hôpitaux et qu’il y a un réel problème.»

Le principal problème, et nous le dénonçons depuis longtemps, c’est que nous sommes totalement en sous-effectif.

Dr Emile Bock, médecin urgentiste et coordinateur des urgences des Hôpitaux Robert Schuman

Et ce problème ne tient pas au surnombre de patients qui se présentent aux urgences avec un «bobo», contrairement à ce que semble être la conviction du ministère de la Santé. Après avoir lancé une campagne en décembre 2016 visant à amener ces patients qui ne relèvent pas vraiment des urgences à rejoindre plutôt les maisons médicales de garde, le ministère vient d’annoncer une application «permettant de localiser rapidement les cabinets médicaux qui sont ouverts dans l’entourage immédiat du patient, y inclus en dehors des horaires d’ouverture conventionnels».

Une lubie qui exaspère les professionnels sur le terrain. «Le principal problème, et nous le dénonçons depuis longtemps, c’est que nous sommes totalement en sous-effectif médical et paramédical, insiste le Dr Bock. Ce n’est pas en sortant les U5 (patients présentant les pathologies les moins graves, ndlr) qu’on armera les urgences. Ce ne sont pas eux qui engorgent les urgences, ce sont plutôt les personnes âgées, qu’il faut prendre en charge dès une simple grippe, les pathologies cardio-vasculaires et neurologiques, etc.»

Les urgences des quatre hôpitaux du pays comptent de plus en plus régulièrement des pics à plus de 220 patients par garde. «Cela fait longtemps que nous essayons de fluidifier à l’intérieur des services, mais nous arrivons aux limites de ce que l’on peut faire», avertit le Dr Bock.

Il faut un plan Marshall dans les urgences, et son retour sur investissement est garanti.

Dr Emile Bock

«Il faut un plan Marshall dans les urgences, et son retour sur investissement est garanti avec des diagnostics plus précoces, moins de complications lors de la prise en charge, des durées d’hospitalisation plus courtes voire pas d’hospitalisation… Cela fait des années qu’on réclame notamment une unité d’observation qui permet d’hospitaliser provisoirement.»

L’audit terminé, les acteurs du secteur sont conviés à se réunir en ateliers d’ici début décembre afin de discuter des améliorations à apporter. Première déception pour les urgentistes: la question du financement ne sera abordée qu’en toute fin de consultation, alors que «c’est le nerf de la guerre», soupire le Dr Bock. Qui rappelle que la norme internationale recommandée est de 1,6 à 1,8 patient par heure et par médecin – un ratio trois fois plus réduit dans les hôpitaux luxembourgeois.