POLITIQUE & INSTITUTIONS

Je ne suis pas réfugié, je suis...

Hadi, 1993, graphiste, Damas, Syrie



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Hadi côtoie peu les autres réfugiés qui lui rappellent sa vie passée en Syrie. (Photo: Sven Becker)

«Dans ce pays, sans corruption, tu n’arrives à rien!» Tels furent les derniers mots de mon père. Ce jour-là, il fut arrêté par le régime. C’était en novembre 2011. Je ne l’ai pas revu depuis. Il n’est jamais sorti de prison. Il est probablement décédé.

Un jour, les gardes du régime nous ont ordonné de nous placer en rangée, le dos au mur. Ma mère, mes frères, des voisins et moi. Le premier qui serait désigné par hasard serait arrêté ou exécuté. Mon cœur battait fort. «Toi! Viens ici!» cria un soldat. Le temps s’arrêta. C’était un voisin. Nous avons miraculeusement survécu ce jour-là. Après que Barzeh fut entouré par les forces du régime, les bombardements ne nous quittèrent plus. Nous sommes restés cloîtrés dans notre cave pendant 2 semaines. Du pain sec, de l’eau et un peu d’huile d’olive… tel fut notre régime. À la fin, une bombe détruisit entièrement notre maison.

Fast-forward 2013 — il est tard. J’attends le bus. Tout à coup, un bus d’un autre type que celui que j’attends s’arrête à ma hauteur. Le type et son acolyte me prient «gentiment» de monter dans le bus: je suis roué de coups. On me place un linge opaque sur la tête. Ils m’ordonnent de me dévêtir et me placent en cellule d’isolation. 8 jours durant. Je suis bel et bien prisonnier, mais je réalise que mon esprit, lui, ils ne peuvent le posséder.

J’ai obtenu mon statut de réfugié en janvier 2016. Pour moi, tout va plus ou moins bien ici. J’ai choisi le Luxembourg pour déposer ma demande de protection internationale car je pensais qu’il n’y aurait pas beaucoup de réfugiés étant donné le faible soutien financier dont bénéficient les demandeurs de protection internationale. Cette idée me plaisait. L’argent m’importe peu. Je suis peu soutenu puisqu’ayant moins de 25 ans, je n’ai pas le droit au RMG. Je dois donc gagner ma vie. Je suis motivé pour trouver du travail. Je suis graphiste, j’ai beaucoup d’expérience en tant que free-lance. Je ne fréquente pas beaucoup les autres réfugiés. Cela me projette dans mon passé. Or, j’essaie de reconstruire ma vie. Elle ne vient que de commencer. 

Retrouvez l’intégralité du témoignage de Hadi en anglais sur «iamnotarefugee.lu».

Entrez en contact avec Hadi via hadiaihdai@gmail.com.

La campagne iamnotarefugee.lu est cofinancée par l’Œuvre nationale de secours Grande-Duchesse Charlotte (appel à projets Mateneen).