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Hommage

Gérard Depardieu: «Je suis une femme qui chante»



Pour rendre hommage à son amie Barbara, disparue en 1997, Gérard Depardieu monte sur scène pour interpréter une sélection de chansons de la Dame en noir. Il sera à la Philharmonie le 29 avril, accompagné de son pianiste, Gérard Daguerre, pour un hommage vibrant et vivant. Paperjam.lu a posé quelques questions à l’acteur, qui se révèle être aussi un chanteur hors norme, à l’interprétation juste et sensible.

Monsieur Depardieu, pourquoi rendre hommage à Barbara de cette manière?

«Parce que, pour moi, il n’y a pas d’autre manière. C’était une amie de très longue date. J’ai écouté Barbara dès mes 12 ans, et je la préférais aux Chaussettes noires, ou même Jacques Brel, que je trouvais trop théâtral. Barbara s’adressait à mes douleurs secrètes, à des pudeurs, à des choses que je comprenais davantage. Quand nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes aperçu qu’on se ressemblait beaucoup et qu’on avait la même vision du rire. Le même humour, avec cette même pudeur. Elle me faisait penser à ma mère, d’ailleurs, qui cachait toujours son visage. Avec le temps, j’ai appris ses douleurs, ses blessures, son courage. Elle était une femme remarquable, avec qui j’ai eu une amitié féminine, comme j’ai pu en avoir aussi avec Marguerite Duras, Jeanne Moreau, Catherine Deneuve et Fanny Ardant. Barbara était particulière. En 1986, nous sommes montés ensemble sur scène pour ‘Lily Passion’, alors qu’elle me disait ‘Je ne sais pas si mon public va pouvoir t’accepter’. Car elle avait un public de passionnés, qui l’attendait et qui chantait avec elle pendant des heures. Mais quand nous avons vu qu’ils m’acceptaient, nous étions contents.

 Gérard Depardieu et Barbara étaient deux amis très proches.

N’est-ce pas difficile de reprendre les chansons de quelqu’un dont vous avez été si proche?

«J’ai gardé le deuil pendant 20 ans et je n’ai pas réussi à réécouter un disque d’elle pendant longtemps, car elle était trop présente. Pour moi les morts ne disparaissent pas, ils me montrent sans arrêt des choses. Que ce soit Maurice Pialat, François Truffaut, mon père, ma mère, Guillaume, et tous ceux qui sont déjà partis, ils sont toujours vivants avec moi. Avec cette musique, le piano de Gérard Daguerre et Béatrice de Nouillan, qui était son assistante et qui fait la mise en scène, j’arrive à retrouver l’humeur qui régnait avec elle. Je pense qu’elle serait contente d’entendre ce que nous faisons.

Est-ce facile de se glisser dans les mots de Barbara?

«Oui, car ce sont les plus jolis mots du monde. Ce sont comme les mots d’Edmond Rostand dans ‘Cyrano’, ou Racine, Corneille… Ses mots sont justes et sonnent humains. Les femmes, les enfants et les hommes peuvent comprendre ces mots-là. Les hommes qui n’ont pas peur de leur féminité, j’entends, ceux qui acceptent leurs émotions.

Justement, comment gérez-vous cette émotion qui se dégage de ces chansons?

«Ce n’est pas facile, mais quand on est dedans, on va au bout. Et Barbara ne s’apitoyait jamais, elle avait une énergie phénoménale. Ce n’est pas à celui qui est sur scène de pleurer, c’est aux autres de ressentir et de respecter ce ressentiment. C’est vrai que dans la salle, il y a un recueillement et un remerciement exceptionnels.

Je suis plutôt une espèce de voyageur, un aventurier, et je fonctionne aux rencontres et aux gens qui m’inspirent.

Gérard Depardieu, artiste

Pourquoi passer par le Luxembourg?
«Barbara n’est en effet jamais venue au Luxembourg, mais je souhaite que le public découvre Barbara, pour ceux qui ne la connaissent pas. J’ai respecté les 20 ans du départ de ma belle, et je fais cela avec elle. Ce n’est pas pour me mettre en avant. J’ai remarqué, dans les spectacles que j’ai faits aux Bouffes du Nord ou au Cirque d’hiver, qu’il y avait beaucoup de jeunes. C’est extraordinaire, ces chansons parlent à tous les âges. Elle savait raconter des histoires, comme pour ‘Au Petit bois de Saint-Amand’ ou ‘Dis, quand reviendras-tu?’ Ce sont des histoires de femmes. Ou comme ‘Drouot’, ce sont des petits films, d’un vécu incroyable, racontés avec des mots simples. 

Est-ce qu’on raconte ces histoires de la même façon en chantant qu’en jouant la comédie?

«Oui, car les mots donnent le ton. Être acteur, je l’ai fait par hasard. Je n’ai jamais désiré être un acteur. Je suis plutôt une espèce de voyageur, un aventurier, et je fonctionne aux rencontres et aux gens qui m’inspirent. Mais je ne me considère pas comme un acteur.

Disons que, quand même, avec votre expérience, vous pouvez vous déclarer acteur sans en rougir…

«Non, car je trouve que les acteurs sont trop acteurs. Ce n’est pas ça, je n’ai pas envie de cela. J’ai eu beaucoup de plaisir avec ‘Cyrano de Bergerac’, avec certains films, au théâtre avec Corneille, Marivaux, Musset, Shakespeare, aussi avec la poésie, mais je n’ai pas envie d’être un acteur, car je ne suis pas assez préoccupé par moi-même. Tout comme Barbara, qui ne pouvait pas se voir. Mais cela ne me dérange pas d’acter.

Pour éviter le danger, il faut jouer la simplicité. Vivre ce qu’il y a à vivre.

Gérard Depardieu, artiste

Avez-vous hésité avant de vous lancer dans ce projet?

«Pas du tout, car j’étais avec elle. Et il n’y a aucun danger quand on est dans la lumière. Pour éviter le danger, il faut jouer la simplicité. Vivre ce qu’il y a à vivre. Dire ses mots, et ne dire que ses mots, sans en rajouter avec ses émotions. Sur scène, ce n’est pas moi, c’est elle. C’est elle et c’est moi. C’est un mélange subtil. Quand elle dit ‘Je ne suis pas une mante religieuse, je ne suis pas une héroïne, je ne suis pas dans les tentures noires, je suis une femme qui chante’, tout est dit. Je suis une femme qui chante.

Et vous abordez ce spectacle dans ce même état d’esprit?
«Exactement!

Aviez-vous prévu cette tournée?

«Non, et je ne voulais pas faire de tournée en France, car la France m’emmerde. C’est pour cela que je pars chanter au Japon, au Canada, et en Russie bien sûr. La France je n’y tiens pas trop.

Mais vous avez chanté quand même en France, et d’autres dates sont prévues pour la fin de l’année…

«Oui, mais au Cirque d’hiver, qui appartient aux Bouglione, qui sont de grands voyageurs. J’adore les Français, mais je les trouve tristes, et leur gouvernement, depuis l’autre imbécile de Hollande, n’a pas arrangé les choses. Et c’est son Premier ministre qui m’a chassé et je lui dis merci. Je ne suis pas un exilé fiscal, je suis un exilé politique. Sans quoi, cela aurait fait 40 ans que je serais parti. J’en ai rien à foutre de ce qu’ils me taxent, car on ne peut pas me taxer ma liberté. Je dis ce que je veux et je les emmerde.

Mais Barbara a quand même beaucoup chanté en France…

«Oui, certes, mais c’était aussi une grande voyageuse.

En plus du spectacle, il y a un disque, mais aussi des marque-pages, des tote bags… Est-ce que votre nom est devenu une marque?

«J’aimerais bien! Mais là, c’est juste le travail des maisons de disques. Par contre, j’adore les produits bien faits. Je fouille et farfouille, je cherche les produits régionaux authentiques et j’aime rencontrer les gens qui les font. Je suis curieux, j’adore cela. De temps en temps, il y a des gens qui m’emmerdent et je leur dis. Mais le marketing, ça non. Je ne suis pas un marchand du temple.»