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Premiers comptes consolidés publiés

Genii: 128 millions d’euros de capitaux négatifs



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Genii Capital contrôle l'écurie de F1 Lotus. (Photo: Lotus Cars)

Le groupe Genii Capital de Gerard Lopez et Éric Lux, qui contrôle entre autres l’écurie de F1 Lotus, a accusé en 2012 une perte de 52,8 millions d'euros et affiché des capitaux négatifs de 128 millions d’euros, plus de 4.000 fois son capital social de 31.000 euros.

Pour la première fois, le groupe Genii Capital, qui emploie 550 personnes, a publié son résultat consolidé, mais les chiffres portent seulement sur les exercices 2011 et 2012, avec toutefois certaines incursions vers des évènements intervenus après la clôture, notamment une augmentation de capital de 20 millions de livres sterling en 2014 de Lotus F1 Team Ltd, le vaisseau amiral dans le portefeuille du groupe.

Les chiffres sont disponibles depuis la semaine dernière au Registre de commerce et des sociétés (RCS). Le bilan de l’exercice 2013 n’est pas encore disponible au public.

Les bilans 2011 et 2012 montrent en tout cas que l’entretien d’une écurie de Formule 1 coûte très cher. L'emblématique dirigeant de Genii Capital, Gerard Lopez, n’en avait d’ailleurs jamais fait mystère. Personne toutefois n'en mesurait jusqu'à présent l'ampleur ni jusqu'à quel point le groupe était dans le rouge. La recherche d'investisseurs pour partager les frais liés à l'exploitation d'une écurie de course devient donc une question cruciale.

Perte de 52,85 millions

Genii Capital a affiché à l’issue de son exercice 2012 des capitaux propres négatifs à hauteur de 128,270 millions d’euros (54,6 millions en 2011), ce qui représente plus de 4.000 fois son capital social, qui est au plancher (31.000 euros). Le résultat de l’exercice 2012 s’est soldé par une perte de 52,85 millions d’euros (32,025 millions en 2011), à laquelle on doit ajouter la perte d’intérêts minoritaires de 21,213 millions dans les réserves consolidées négatives de 86,084 millions.

Aussi, la perte de l’année à supporter par les actionnaires majoritaires s'élevait à 52,85 millions, à quoi il faut ajouter 21,21 millions de perte d'intérêts minoritaires, soit un total de 74,066 millions d'euros.

Aux capitaux propres négatifs de 128,27 millions, il y avait encore lieu de retrancher un écart d’acquisition de 10,708 millions d'euros, pour arriver à une valeur comptable réelle de l’actif net investi négative de 139 millions d'euros...

Les dettes subordonnées ont atteint fin 2012 le montant de 185,8 millions d’euros (114,5 millions en 2011). Ces dettes se sont décomposées de la manière suivante: 5,29 millions de dettes envers les banques; 22,8 millions de dettes sur des achats et prestations de services dont la durée était inférieure ou égale à un an; un endettement peu élevé (1,006 million) envers les entreprises liées et des dettes fiscales et au titre de la sécurité sociale également limitées (1,499 million). C’est au niveau des autres dettes que la barque apparaît très chargée: 155,13 millions d’euros, dont 68,45 millions à durée résiduelle inférieure ou égale à un an.

Les dettes qui posent question

Se pose la question de la composition de ces autres dettes de 155 millions, poste qui finance la société majoritairement et qui la maintient en vie. Ce montant comprend-il des dettes envers un ou plusieurs actionnaires, envers d’autres investisseurs? Lesquels?

Contactés par paperJam.lu, les dirigeants de Genii n'ont pas répondu à nos sollicitations.

Ni les comptes consolidés de 2012 ni ceux de 2011 ne comprennent en tout cas de rapport du réviseur d’entreprises, PwC en l'espèce, dont l'opinion aurait sans doute été intéressante à connaître.

En mai 2013 était intervenue la démission du commissaire aux comptes Top Audit, anciennement PKF Abax Audit. La société fut alors remplacée par Compliance & Control, 6, place de Nancy, dont le mandat devait venir à échéance en 2014. Cette société avait été constituée quelques mois auparavant, en octobre 2012.

Actions gagées

Les comptes consolidés de 2012 permettent en tout cas de mieux délimiter le périmètre du groupe qui contrôle 10 sociétés parmi lesquelles Lotus F1 Ldt à Enstone (100% du capital de l’écurie de F1 était encore détenu fin 2012, mais des changements ont dû intervenir par la suite), Invenio (développement de renseignements financiers), Domaine du Manoir de Ban (société détenant l’ancienne maison de Charlie Chaplin en Suisse destinée à devenir un musée en 2016) ou Gravity Motorsport (79% du capital), une filiale liée à l'exploitation de l’écurie de Formule 1.

Difficile aussi de voir très clair dans cette galaxie Genii Capital qui fait intervenir, dans un contexte d'informations a minima, une imbrication de multiples sociétés, dont certaines sont des offshore. Il n'est pas aisé non plus déterminer le rôle a priori déterminant des deux SÀRL, Gravity Racing International et Gravity Motorsport, dans le contrôle de Lotus F1 Ltd à Enstone.

Il faut aller chercher dans le bilan 2011 pour comprendre un peu mieux ce jeu de poupées russes. Il y est écrit qu'en 2012, «des actions de la société Lotus F1 Team Ltd ont été apportées dans le cadre de la constitution de la société Gravity Motorsports (et que) durant la même année, la société Genii Capital SA a cédé 10% des actions détenues dans sa filiale Gravity Racing International SA.»

Le bilan 2012 évoque, lui, la mise en gage par Gravity Racing International en date du 15 novembre 2012 de 29.500 actions de Gravity Motorsports comme garantie d’un emprunt accordé par un tiers. Il est aussi fait mention que les autres dettes de cette dernière société sont subordonnées à l’emprunt. Les comptes relèvent en outre le fait que Gravity Motorsport a donné en gage 48.560.000 actions dans le capital d’une participation en faveur d’un tiers. Ni l’identité de ce tiers ni le nom de la société ainsi gagée n’ont été révélés dans les bilans, ce qui ajoute au caractère déjà ésotérique de Genii Capital et de ses éventuels nouveaux investisseurs pour y injecter de l'argent frais.

Lors d’une assemblée générale extraordinaire tenue en mai 2013, mais dont les documents sociaux n’ont été publiés au RCS qu’en mai 2014, Gravity Motorsports, au capital de 500.000 euros, était détenue majoritairement (à hauteur de 33.334 actions) par Gravity Racing International. La société Voltaire Group de l’entrepreneur et financier français Pascal Nodé Langlois avait 5.000 actions entre ses mains et Andrew Ruhan, le directeur de Lotus F1 et partenaire de Genii Capital, disposait de 1.000 titres. Les autres parts se répartissaient entre des sociétés offshore dont on ignore les ayants droit.

Recherche de nouveaux investisseurs

La presse sportive avait rapporté au printemps dernier que Genii Capital était à la recherche de nouveaux investisseurs pour l’aider à financer l’écurie de F1, en proie à des difficultés financières au cours de la saison 2013.

En janvier dernier, les deux gérants de Genii Capital, Éric Lux et Gerard Lopez, avaient mandaté le cabinet d’avocats conseils JAG Shaw Baker de trouver endéans les six mois un investisseur, avec pour objectif de céder 9% du capital de Gravity Motorsport pour un montant d’environ 8,2 millions d’euros.

En janvier, toujours selon la presse sportive, Gerard Lopez avait annoncé l’entrée du constructeur russe de téléphones Yotaphone comme actionnaire et sponsor de l’équipe sur la base d’une valorisation totale de l’écurie de 400 millions de dollars. Cette annonce était intervenue après l’échec des discussions avec le consortium Quantum Motorsport Ldt du très obscur «venture capitalist» américain Mansoor Ijaz, pour la reprise de 35% de l’écurie. En juin 2013, dans un communiqué de presse qui a depuis lors disparu de son site internet, Genii avait annoncé comme acquise l’entrée de Quantum dans le capital de Lotus F1, mais en janvier dernier, Gerard Lopez avait déclaré à la presse avoir mis fin aux négociations.