POLITIQUE & INSTITUTIONS

Banque centrale du Luxembourg

Finances publiques: l’avertissement de Reinesch



Gaston Reinesch demande formellement au gouvernement un accès automatique à certaines statistiques.  (Photo: Christophe Olinger / archives)

Gaston Reinesch demande formellement au gouvernement un accès automatique à certaines statistiques. (Photo: Christophe Olinger / archives)

La Banque centrale du Luxembourg se déclare impuissante à réaliser une analyse détaillée des finances publiques, faute d’un accès aux informations que le gouvernement rechigne à lui fournir.

C’est un coup de gueule que le président de la Banque centrale du Luxembourg, Gaston Reinesch, a lancé ce lundi en faisant publier un communiqué de presse annonçant le report de plusieurs semaines de l’analyse détaillée des finances publiques qui était prévue pour la mi-juin. En cause, l’absence d’accès par le gouvernement Bettel à «certaines statistiques en matière de finances publiques».

Cette absence pourrait, selon le communiqué, «affecter la qualité de toute analyse sur l’évolution des finances publiques».

Le gouverneur de la BCL avait formellement demandé le 1er avril dernier, après avoir été reçu par les membres de la Commission des finances et du budget en prélude à l’adoption du projet de budget 2014, à disposer d’un accès «automatique et en temps réel à l’ensemble des statistiques de finances publiques».

Dans un communiqué du même jour, Gaston Reinesch disait espérer que le gouvernement lui assurerait un tel accès, et il invoquait l’avis de la Banque centrale européenne, rendu en décembre (sur la gouvernance des finances publiques), jugeant cet accès nécessaire.

Demandes réitérées

La BCL s’était refusée au printemps dernier d’aviser le projet de budget 2014, un budget de transition, ne voulant pas agir de manière précipitée, compte tenu du caractère «encore parcellaire» des informations à sa disposition.

La banque centrale en revanche s’était engagée à consacrer l’essentiel de son bulletin qui devait paraître vers la mi-juin «à une analyse approfondie».

Or, après avoir formulé «à plusieurs reprises des demandes d’accès à certaines statistiques», la BCL s’est heurtée à un mur du silence de la part du gouvernement. «La BCL», souligne, un brin provocateur, le communiqué de presse du 16 juin, «ne doute pas qu’une suite favorable sera réservée à ses sollicitations».

Le texte poursuit: «Ce n’est qu’après réception d’une réponse de la part du gouvernement et après avoir procédé à un examen précis des diverses données qui seront alors fournies à la BCL que cette dernière sera en mesure de publier une analyse circonstanciée des finances publiques luxembourgeoises.» Un exercice qui pourrait encore prendre «plusieurs semaines additionnelles».

Amendements programmés

Jusqu’à présent, la BCL n’avait pas donné son avis sur le projet de loi sur la gouvernance des finances publiques, actuellement sur le métier. Seule la BCE avait publié son fameux avis décapant en décembre 2013.

Dans le communiqué du 1er avril dernier, la BCL avait d’ailleurs indiqué qu’elle «se permettra de présenter à cet égard au gouvernement et à la Chambre des députés une proposition d’amendement du projet de loi relatif à la coordination et à la gouvernance des finances publiques». Ce n’était pas une blague.

Interrogé en février dernier dans Le Quotidien, Gaston Reinesch décrivait ses relations avec le gouvernement comme «bonnes». Il semble y avoir, depuis lors, un peu d’eau dans le gaz.