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Chronique des chefs économistes

Faut-il craindre un ralentissement de la croissance?



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«L’investissement privé représente à peu près 20% de l’activité économique de la zone euro et pourrait être l’un des moteurs de la croissance à venir», déclare Alexandre Gauthy. (Photo: Banque Degroof Petercam Luxembourg)

En contraste avec l’année passée, qui était marquée par une accélération synchrone de la croissance de la plupart des économies mondiales, l’activité économique mondiale montre des signes d’essoufflement depuis le début d’année. 

En effet, les chiffres de croissance du premier trimestre ont ralenti par rapport à ceux du quatrième trimestre de l’année dernière aux États-Unis, en zone euro, au Royaume-Uni, ainsi qu’au Japon. 

Les indicateurs de confiance des entreprises donnent une bonne image de l’activité économique. Les instituts de sondage questionnent chaque mois un échantillon de directeurs d’achat d’entreprises, afin de prendre le pouls de l’activité économique de manière plus ponctuelle que les chiffres de croissance qui sont eux publiés chaque trimestre. Fin 2017, ces indicateurs précurseurs avaient atteint des niveaux élevés dans les pays développés. De manière générale, le climat des affaires était extrêmement favorable l’année passée, grâce à la reprise cyclique de l’activité mondiale, à la hausse du commerce mondial, aux anticipations de la réforme fiscale américaine, aux taux d’intérêt bas, à l’inflation modérée, ainsi qu’aux créations d’emplois soutenues en Europe et aux États-Unis. 

Aujourd’hui, force est de constater que certains de ces facteurs favorables sont en train de se retourner. D’abord, les exportations de plusieurs économies asiatiques ouvertes au commerce montraient déjà des signes de fatigue avant même la hausse des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine. Par exemple, notons la décélération de la croissance annuelle des exportations japonaises, coréennes et taiwanaises depuis quelques mois. La confiance des entreprises a récemment été affectée par les tensions commerciales actuelles qui incitent à la prudence.

Ce ralentissement de l’activité économique du premier trimestre présage-t-il une décélération plus prononcée pour cette année en zone euro?

Alexandre Gauthy, Banque Degroof Petercam Luxembourg

Du côté des conditions financières, le coût du crédit sur toutes les maturités a également augmenté aux États-Unis ainsi qu’en zone euro depuis le début d’année. La hausse de la courbe des taux a cependant été plus importante aux États-Unis qu’en zone euro. Alors que la baisse des prix pétroliers en 2014-2015 avait donné un coup de pouce à la consommation des ménages, l’augmentation de 20% en euro du prix du baril depuis le début d’année n’est pas un facteur positif pour le portefeuille des ménages.

Finalement, l’appréciation de l’euro face à de nombreuses devises en 2017, de même que le léger ralentissement de la croissance économique de certains partenaires commerciaux commencent à peser sur la croissance des exportations des pays de l’union monétaire. La décélération de la croissance économique en zone euro, de 2,7% au quatrième trimestre 2017 à 1,6% au premier trimestre de cette année, est en partie due à une moindre contribution de la balance commerciale à la croissance, mais aussi à des facteurs climatiques transitoires qui ont impacté négativement les ventes au détail et le secteur de la construction. Ce ralentissement de l’activité économique du premier trimestre présage-t-il une décélération plus prononcée pour cette année en zone euro?

Malgré l’effet moins favorable des facteurs cités précédemment, les fondamentaux de la croissance économique de la zone euro restent néanmoins solides. La hausse du revenu disponible réel des ménages dans leur ensemble suggère le maintien de la croissance annuelle de la consommation à un rythme légèrement inférieur à 2%, à taux d’épargne constant. Mis à part la consommation des ménages et la demande extérieure nette (c’est-à-dire les exportations moins les importations), l’investissement des entreprises est l’autre élément important du produit intérieur brut. L’investissement privé représente à peu près 20% de l’activité économique de la zone euro. Et il pourrait être l’un des moteurs de la croissance à venir, prenant ainsi le relais de l’augmentation de la balance commerciale de l’année précédente.

La dynamique positive de la croissance économique en zone euro reste pour l’instant intacte.

Alexandre Gauthy, Banque Degroof Petercam Luxembourg

De fait, l’assouplissement des conditions d’octroi de crédit des banques, le degré élevé du taux d’utilisation des capacités de production et la bonne tenue de la demande globale devraient inciter les entreprises à investir dans des capacités de production supplémentaires. Les sondages auprès des entreprises indiquent qu’un nombre croissant d’entre elles ne peuvent augmenter leur production par manque de machines. 

La dynamique positive de la croissance économique en zone euro reste pour l’instant intacte. Les conditions favorables d’octroi de crédit des banques, l’amélioration du marché de l’emploi, de même que les perspectives de hausse de l’investissement des entreprises devraient soutenir le cycle économique actuel.