COMMUNAUTÉS & EXPERTISES — Communication

Mike Koedinger (Maison Moderne)

«Faire réfléchir, faire agir»



Les mauvaises conditions météo ne permettent pas le décollage, initialement prévu ce mardi. (Photo : Olivier Minaire / archives)

Les mauvaises conditions météo ne permettent pas le décollage, initialement prévu ce mardi. (Photo : Olivier Minaire / archives)

Prévu ce mardi à partir de 12 heures, le décollage de la montgolfière MyClimate - paperJam est reporté en raison des mauvaises conditions météo. Elle ne prendra finalement son envol que le 29 juin, si le temps le permet enfin. Autre date possible : le 3 juillet. Ce sera l’aboutissement d’une opération lancée il y a deux ans à l’occasion du dixième anniversaire du magazine économique et financier et à laquelle 50 entreprises ont participé. Trois questions à Mike Koedinger, fondateur et CEO de Maison Moderne, à l’origine de cette opération.

Mike Koedinger, comment va se dérouler l’événement  ?

« Après Dudelange, en juin 2010, où nous avions lancé l'appel à participation aux entreprises dans le cadre de la fête des 10 ans de paperJam, et Esch-Belval, en octobre 2011, où des collaborateurs d'une cinquantaine d'entreprises et institutions ont créé et cousu une montgolfière en Tyvek sous la direction de Claude Sauber (Binsfeld) et d'Eva Ferranti, nous avons finalement réuni toutes les conditions pour faire un lâcher de ladite montgolfière. Pour ce rendez-vous, nous avons choisi la capitale et le centre-ville: la place Guillaume.

Quel est le sens de cette opération de sensibilisation ? Pourquoi l’avoir organisée ?

« Pour fêter les 10 ans de paperJam, nous avons invité les entreprises et institutions luxembourgeoises à 'faire un cadeau' à paperJam, en participant à notre opération en faveur de l'association luxembourgeoise MyClimate. Cette opération consistait, d’une part, en un don de 1.000 euros chacune, et d’autre part, en une réflexion sur les conséquences de leurs activités sur le climat. Ces organisations ont participé à un questionnaire. Elles pouvaient également demander de faire réaliser leur bilan carbone.

En tant qu'entrepreneurs, nous avons une responsabilité civile, qui devrait nous amener à agir au-delà du cadre législatif actuel. En tant que maison d'édition, il est normal que nous consommions beaucoup de papier. Rien que pour paperJam, ce sont près de 200 tonnes chaque année. Nous devons néanmoins réfléchir à notre propre consommation. En tant que principal média économique au Luxembourg, nous pouvons aussi faire beaucoup plus : faire réfléchir et puis faire agir beaucoup d'autres entreprises et ainsi démultiplier l'impact. Là est le véritable enjeu.

Ce projet est par ailleurs né d'une collaboration très fructueuse avec l'agence Binsfeld, et notamment d'un engagement personnel très important de l'associé Claude Sauber.

Quel bilan faites-vous de cette action ? A-t-elle vocation à être renouvelée ? Maison Moderne est-elle impliquée dans d’autres actions liées à l’environnement ?

« Une façon de faire le bilan de l’action serait d’y voir un échec. Nous recherchions 100 entreprises complices pour remettre 100.000 euros à MyClimate. Nous n’avons réussi à en convaincre que 50. En outre, il nous a fallu 18 mois pour les réunir, et pas 12 comme prévu au départ.

Lorsque nous avons approché les entreprises, nous avons rencontré deux réactions très différentes. Celles qui ne voulaient pas s'engager avaient souvent peur qu’on les accuse de "green washing" dans le sens où leurs actions au quotidien ne seraient pas allées dans le sens d'une réduction volontaire des émissions de gaz à effet de serre. Et puis il y a eu les autres, qui sont déjà dans une démarche de vouloir réduire leurs émissions. Certaines avaient déjà réalisé des bilans carbone et avaient un plan d'action. D'autres commençaient à s'intéresser à un engagement.

Au final, nous considérons que l'opération est un succès sur trois plans. Nous avons réussi à réunir des entreprises de métiers et de tailles très différentes, du bureau d'architecture aux grandes entreprises de conseil. Nous avons réussi à motiver des entrepreneurs à penser autrement. Et finalement, nous avons réussi à rassembler 50.000 euros, que nous allons remettre à l'association luxembourgeoise MyClimate.

Pour répondre à votre deuxième question : nous n'avons pas prévu de renouveler l'opération. C'était une action spécifique pour fêter les 10 ans, mais cela ne nous empêchera pas de nous engager dans le futur dans d’autres projets écologiques.

Chez Maison Moderne, nous avons déjà réalisé deux bilans carbone au cours des dernières années. L'essentiel de nos émissions de gaz à effet de serre provient évidemment de la consommation de papier. Nous nous sommes donc intéressés avant tout à cet aspect. Ce qui est intéressant, et je pense que c'est le message principal à adresser aux entrepreneurs, c'est qu'il est possible de combiner écologie et économie pour faire des produits meilleurs.

Nous avons réussi ce challenge pour la Ville de Luxembourg, en créant City Mag en remplacement du magazine Rendez-Vous. Nous avons en effet répondu à deux attentes de ce client en termes d’économie et de réduction de plus de 50 % des émissions de CO2, tout en fabriquant un meilleur magazine : 86 % de lecteurs "très satisfaits", 40 % d’audience en plus la première année, sept awards internationaux, etc. C'est grâce à une réflexion d'abord écologique que cette réussite commerciale a vu le jour. Pour moi, il s’agit d’un véritable projet de référence qui devrait encourager les entrepreneurs à réfléchir et à agir autrement. »