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Europe off line

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Paperjam

Est-ce le concept ou le nom qui est maudit ? Toujours est-il Europe Online Networks a de nouveau mis la clef sous la porte, déclaré en faillite le 22 février dernier, cinq ans et demi après le premier échec de Europe Online S.A., en septembre 1996.

La «seconde vie» de Europe Online avait recommencé dès 1997, sous la forme d'une asbl, qui souhaitait développer le concept d'un «Internet européen» via un partenariat établi avec YelloWeb Europe, société française proposant un répertoire thématique du Web en plusieurs langues et Euroseek AB, premier moteur de recherche publicitaire établi en Suède.

La structure était devenue une société anonyme en octobre 1998, avec l'entrée, dans le capital, de Cregelux et Museums Online, société luxembourgeoise spécialisée dans la fourniture d'images numériques. Candace Johnson, la présidente du Conseil d'Administration de EOL Networks, qui avait déjà été à l'origine du premier projet après avoir occupé des responsabilités au sein de la SES, et qui remettait donc le couvert une seconde fois, positionnait, ni plus ni moins, sa société en tant que concurrent direct de AOL, Yahoo, Excite, voire Microsoft.

Fin 1998, Euredit, l'entreprise éditrice d'un répertoire européen en ligne, filiale commune à Deutsche Telekom, France Telecom et Telefonica, était entrée à hauteur de 10% dans le capital et une introduction en Bourse était envisagée pour le courant de l'année 1999. L'accord passé au printemps 1999 avec Astra (location de deux répéteurs sur le satellite Astra 1G en mai, puis de deux autres en juillet), pour le déploiement d'un système «Internet in the Sky» était censé lancer véritablement les opérations de EOL Networks, en plein boom des nouvelles technologies.

L'idée était alors de passer des accords avec les Internet Service Providers sur la base d'une redevance mensuelle fixe, à charge pour chaque ISP de fixer en aval ses propres tarifications d'abonnement. La nouvelle augmentation de capital qui avait accompagné cette étape supplémentaire avait été assurée par Stolberger Telekom (groupe gérant des «Internet cafés» en Allemagne) et Egerton Capital Ltd., via un Venture Capital Fund. 

Au total, plus de 40 millions d'Euro ont été injectés dans la société, mais ni les infrastructures techniques ni la clientèle ne vont suivre le mouvement...

C'est à partir du printemps 2000 que les premiers signes de faiblesse vont apparaître. Les principales têtes dirigeantes de la société, Candace Johnson, mais aussi Colin Moore (président du Comité de direction) et Gérard Bonnevay (administrateur délégué), plus ou moins poussés vers la sortie (Mme Johnson quittera le conseil d'administration un an plus tard, et sera également mise à l'écart de celui de la SES) laissent à Dennis F. Hightower l'ensemble de leurs mandats.

En juin 2000, Paul-Henri Denuit, le patron de l'opérateur Coditel, était nommé à la tête du conseil d'administration. Deux mois plus tard, 3 millions d'Euro supplémentaires étaient injectés, portant à 42,6 millions le capital social de la société.

Mais malgré un repositionnement de sa «stratégie» vers des activités de diffuseur de programmes interactifs (des courts-métrages, des films, ou encore des jeux...), EOL Networks ne trouvera jamais son rythme de croisière.

À M. Hightower succéda, un an plus tard, John Morris, qui ne réussira pas à convaincre les investisseurs de remettre la main à la poche pour mettre en place un nouveau service de vidéo à la demande via Internet. C'est alors la fin de l'aventure qui laisse sur le carreau quelque 80 employés.

Candace Johnson, pour sa part, a jugé cette mise en faillite injustifiée compte tenu des avoirs que possédait la société. Elle a annoncé son intention de porter plainte en tant qu'actionnaire minoritaire...