PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Jang Schiltz (directeur de la Luxembourg School of Finance)

«Entrer dans le top 5 au niveau européen»



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Jang Schiltz a intégré la LSF en 2007 en tant qu’assistant professeur, avant d’être nommé directeur le 1er juin 2016. Il compte mener l’école vers le top 5 européen. (Photo: Mike Zenari)

Depuis le 1er juin, la Luxembourg School of Finance (LSF) compte un nouveau directeur. Son ambition: donner à l’école un rayonnement tant au niveau national qu’international et la hisser parmi les meilleures du Vieux Continent. L’un de ses plus grands défis sera de faire en sorte d’attirer au Luxembourg d’éminents professeurs pour donner à la LSF l’élan suffisant.

Quelle est la nouvelle orientation que vous voulez donner à la Luxembourg School of Finance?

«Tout en continuant à faire la meilleure recherche académique possible, je veux améliorer la visibilité de la LSF à l’intérieur du pays et notre collaboration avec la place financière.

Actuellement, mes collègues et moi sommes en phase de discussion avec des acteurs essentiels du monde du travail pour faire une étude de leurs besoins, mais aussi pour leur expliquer ce qu’est un département universitaire en finance académique. Avec le but d’affiner notre collaboration et d’établir une stratégie commune.

Nous essayerons de concentrer nos activités sur un certain nombre de thématiques de recherche, choisies en fonction de l’importance au niveau mondial dans la recherche académique, mais aussi en fonction de leur utilité pour le Luxembourg. Je pense aux fintech, à la gestion de fortune, aux fonds d’investissement ou encore à la gestion des risques.

Comme notre équipe est actuellement beaucoup trop petite, nous devons recruter de nouveaux collègues de haut niveau et organiser de nouvelles formations autour de ces thèmes.

Comment souhaitez-vous asseoir cette nouvelle stratégie?

«Tout d’abord, la structure de gouvernance de la LSF a été changée. Mon prédécesseur était un directeur nommé par le conseil de gouvernance de l’Université et il devait uniquement rendre compte de ses actions au rectorat et audit conseil. Moi, j’ai été élu par l’ensemble des professeurs de la LSF, ce qui implique que le processus de décision sera différent de ce qu’il a été par le passé.  

Dorénavant, nous allons davantage travailler en équipe et nous mettrons l’accent sur la concertation. La structure exacte de la LSF est en cours de définition et s’inscrira également dans la restructuration de notre faculté qui est en cours.

Il y aura, par exemple, des responsables pour chaque domaine important (recherche, éducation, relations avec la place financière, etc.). De nombreuses réunions sont prévues pour affiner cette restructuration.

Que vous faut-il faire pour que la LSF devienne une référence à l’international?

«Notre objectif est d’entrer dans le top 5 au niveau européen. Nous sommes actuellement seulement une dizaine de professeurs. Si nous voulons y parvenir, nous devons absolument recruter de nouveaux collègues de haut niveau, ce qui est très difficile en finance avec les structures actuelles.

Dans le domaine de la finance, les salaires à l’Université du Luxembourg sont très inférieurs à ceux des universités américaines et aussi plus petits que dans les meilleures universités et écoles de commerce en Europe. Pour avoir des chances de recruter au niveau nécessaire pour atteindre nos buts, nous aurons absolument besoin d’un système de tenure track (titularisation conditionnelle), comme c’est la norme presque partout dans le monde.

Cela veut dire que les jeunes chercheurs talentueux sont recrutés après leur doctorat en tant qu’assistant professor. Après un certain nombre d’années, ils sont alors évalués et, en cas d’évaluation positive, promus vers associate professor puis, plus tard, vers le poste de full professor.  

Nous avons effectué une étude qui montre que dans les 10 meilleurs départements de finance au monde, plus de 95% des professeurs ont fait toute leur carrière sur place, avec ce système. Nous devrons également installer un mécanisme de récompenses financières pour des publications dans les meilleures revues. Un tel système existe également dans la plupart des universités au niveau mondial.

En finance, publier un article dans une des meilleures revues peut prendre six à sept ans, et cela correspond à un effort titanesque qui mérite récompense.

Comment entendez-vous donner plus de visibilité à la LSF sur la place financière?

«Nous avons commencé à organiser des entrevues individuelles, mais aussi des tables rondes avec les acteurs de la Place, ainsi qu’avec les décideurs politiques du pays pour définir les besoins de chacun. Un département de finance académique a pour mission essentielle la formation, tant celle des étudiants dits « normaux » que celle des cadres de banques impliquant l’obtention de certificats pointus. C’est dans ce dernier domaine que nous allons développer une plus forte activité.

Par ailleurs, puisque les deux grands piliers de la place financière au Luxembourg sont les fonds d’investissement et la gestion de fortune, nous allons développer des projets de recherche dans ces domaines. Nous avons ainsi déjà commencé à constituer une base de données sur les fonds d’investissement en collaboration avec l’Association luxembourgeoise des fonds d’investissement. Nous allons aussi organiser des conférences internationales et des séminaires qui permettront le rapprochement du monde académique du monde des affaires, comme notre série de séminaires mensuels en finance et technologie qui a débuté en avril 2016. 

Y aura-t-il des nouveautés au niveau des programmes d’études?

«Comme annoncé précédemment, nous allons axer nos activités autour d’un nombre restreint de piliers thématiques et nous pensons offrir un master spécialisé pour chacun de ces piliers. Actuellement, nous proposons deux masters, un en wealth management (M. Schiltz en est le directeur d’études depuis avril, ndlr) et un autre en banking and finance. Ces deux formations attirent chaque année une centaine d’étudiants venant du monde entier.

Nous prévoyons d’organiser prochainement également un master en gestion des risques et un master en finance digitale et big data. De plus, pour tenir compte de la grande importance des questions de régulation pour la Place, nous allons contacter nos collègues du département de droit pour l’organisation conjointe d’un master en droit et finance.

Au niveau du bachelor, notre faculté offre pour l’instant deux formations, une en économie et une en gestion, dont les étudiants viennent essentiellement de la Grande Région.

Nous sommes en train de discuter sur l’organisation d’un bachelor en finance en langue anglaise. Cela permettrait d’attirer des jeunes du monde entier pour créer un réservoir de talents pour nos masters et l’école doctorale que nous organisons en commun avec nos collègues du département d’économie.

Pour toutes ces formations sera établi un comité d’accompagnement composé d’acteurs de la place financière, dont la mission est essentiellement de veiller à ce que les programmes proposés restent adaptés aux besoins du marché du travail.»