POLITIQUE & INSTITUTIONS
EUROPE

Élaboration de la Commission européenne

En campagne, Moscovici flatte Juncker et Bettel



moscovicivisite.jpg

Pierre Moscovici, à son arrivée au bureau du Premier ministre Xavier Bettel. (Photo: Christophe Olinger)

Le candidat à la Commission européenne salue les efforts du gouvernement luxembourgeois dans la coopération financière. Tout en adoptant un profil bas vis-à-vis du calendrier européen et de son éventuelle nomination.

Ne pas brûler les étapes. En visite ce jeudi au Luxembourg pour rencontrer tour à tour les dirigeants de la Banque européenne d’investissement et des représentants du gouvernement, Pierre Moscovici, ancien ministre français de l’Économie et des Finances et candidat à un poste de commissaire européen, a fait profil bas.

Pas de polémique vis-à-vis des récentes déclarations peu élogieuses du ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, à l’égard de sa «disponibilité» pour assumer le portefeuille économique au sein de la Commission. Celui-ci est opposé à sa candidature en raison de la situation des finances publiques françaises dont il a eu la charge.

«La France est un pays sérieux, elle ne peut être disqualifiée pour rien. C’est un pays auquel on peut faire confiance», a-t-il simplement répondu à ce sujet. Les deux hommes doivent se rencontrer ce vendredi.

Bons sentiments à l'égard de Xavier Bettel

«Je suis préparé à servir et à respecter les décisions qui seront prises, je prends ces perspectives en toute humilité», a ajouté M. Moscovici lors d’une rencontre organisée par l’ambassade de France au Luxembourg avec paperJam.lu, au sortir de son entrevue avec Xavier Bettel et Pierre Gramegna, respectivement Premier ministre et ministre des Finances.

À la question de savoir si le chef du gouvernement luxembourgeois lui avait apporté son soutien et donc se prononcerait en sa faveur lors d’un prochain Conseil européen, Pierre Moscovici a poursuivi sur la même tonalité: «Je suis désormais parlementaire (il est député du Doubs depuis qu’il a quitté le gouvernement, ndlr) et je mène une mission que m’a confiée le gouvernement sur la contribution des politiques européennes à la croissance et à l’emploi»... tout en admettant, à nouveau interrogé sur un éventuel soutien luxembourgeois, qu’il s’était «senti entouré» lors de l’entrevue à l’Hôtel de Bourgogne. «Je ne le sens animé d’aucune réserve à l’égard de la France», a-t-il dit en parlant de Xavier Bettel.

De l’estime pour Jean-Claude Juncker

Le respect des règles communes, le sérieux budgétaire, l’objectif de la croissance, la recherche de nouvelles sources d’emploi, le rôle accru de la BEI, la finalisation du marché intérieur… celui qui se défend de bousculer l’ordre des choses européennes a pourtant longtemps énuméré ce qui s’apparente à des priorités d’un responsable politique aux manettes européennes.

«Cette commission doit être celle d’une relance du projet sous la présidence de Jean-Claude Juncker.» Quant à l’homme: «Ce n’est pas un secret, nous nous connaissons bien, il existe entre nous des relations d’estime, même si nous n’appartenons pas à la même famille politique.»

Secret bancaire, neige au soleil

Si sa candidature est validée dans les prochaines semaines, Pierre Moscovici sera l’interlocuteur des centres financiers européens. Dont le Luxembourg. Favorable à la taxe sur les transactions financières en tant que ministre, il le reste dans ses nouvelles attributions.

«Cette taxe verra le jour, nul doute qu’elle prendra part dans le cadre d’une coopération renforcée. Dès lors qu’il n’existe pas d’accord à l’échelle communautaire, les 11 États utilisent leurs prérogatives pour mettre en place ce type de mesure», a-t-il indiqué, alors que Jean-Claude Juncker s'est, lui aussi, dit favorable à cet impôt.

Dans le même temps, le gouvernement luxembourgeois s'oppose au mécanisme adopté. «J’ai eu l’occasion d’évoquer les questions de régulation financière avec Pierre Gramegna, qui m’a indiqué que le secret bancaire fondait comme neige au soleil. Nous avons tout à gagner à tendre vers des modèles internationaux, dans l’esprit de l’OCDE. C’est le cas du projet Beps. Je pense aussi à la directive sur la fiscalité de l’épargne à laquelle le Luxembourg s’est rallié.»

Des formes d’intégration à développer

Interrogé en fin d’entretien sur les propos du député UMP Laurent Wauquiez, qui s’était prononcé durant la campagne des Européennes en faveur «d’une Europe recentrée autour de six pays fondateurs, sans le Luxembourg», Pierre Moscovici a livré une réponse en deux temps.

«Ce genre de propos est consternant et rétrograde. Je suis le fils d’un homme né en Roumanie et d’une mère d’origine polonaise. Je suis d’une génération qui a connu une Europe divisée en deux. Je me sens donc investi d’un devoir de réaliser une grande Europe.»

Quant aux coopérations entre les pays de la zone euro, il ne ferme pas la porte à de nouveaux schémas: «Nous pourrions imaginer la mise en place d’une capacité financière pour la zone euro, peut-être une assurance chômage commune ou encore un président permanent pour la zone euro, sans pour autant prôner un retour à six pays, cela serait une amputation pour nous tous.»

Poursuivant sa mission et son voyage européen, Pierre Moscovici devrait être fixé sur son sort fin juillet lors du choix rendu par François Hollande puis, selon l’agenda actuel, le 30 août lors du prochain Conseil réunissant les chefs d’État et de gouvernement.