POLITIQUE & INSTITUTIONS

Développement durable

Ecoparc Windhof : inventer ensemble



Jean-Philippe Wagnon (Vectis PSF), Sara Capelli (IMS), Romain Poulles et Jeannot Schroeder (ProGroup), devant le chantier. (Photo : Jessica Theis)

Jean-Philippe Wagnon (Vectis PSF), Sara Capelli (IMS), Romain Poulles et Jeannot Schroeder (ProGroup), devant le chantier. (Photo : Jessica Theis)

Innovant, le projet de gestion durable d’une zone d’activités, dans l’est du pays, entre dans sa phase de maturité. Ses initiateurs veulent rassembler un maximum de partenaires et planchent sur une nouvelle gouvernance.

Romain Poulles est un homme de convictions, aux idées audacieuses. Un homme au parler vrai, également, qui n’aime guère prendre des détours inutiles. Il y a deux ans, l’administrateur délégué de ProGroup a décidé d’agir pour transformer la zone d’activités dans laquelle est implantée sa société d’ingénierie-conseils. « Windhof était sans doute la zone la plus moche du pays, très peu de choses y étaient coordonnées. Avec les principaux propriétaires fonciers de la zone, nous avons décidé de prendre les choses en main pour y mettre en place un mode de gestion durable, en mutualisant les efforts en faveur de l’environnement et du bien-être des salariés. »

Le groupement d’intérêt économique (GIE) Ecoparc Windhof voit le jour en mai 2010. Une plate-forme de communication, mais aussi, et surtout, d’action. « Nous n’avons pas passé beaucoup de temps dans la phase de persuasion, pour convaincre toutes les entreprises de la zone. Nous avons commencé rapidement, avec celles prêtes à se lancer », retrace M. Poulles, qui préside ce GIE. « Il vaut mieux un groupe petit mais volontaire, quitte à ne pas être représentatif, qu’un grand groupe sclérosé qui ne fonctionne pas », renchérit Jeannot Schroeder, managing director de CSD sécurité, une société de Progroup, et coordinateur d’un projet Interreg dans la zone.

Les membres sont invités à verser leur écot (3.000 euros par an), pour financer l’animation de l’Ecoparc, l’édition d’une brochure pour présenter les actions et la gestion du site Internet. La curiosité médiatique pour l’initiative, tout comme la construction de projets immobiliers phares (le Solarwind, bâtiment à la triple certification environnementale et neutre en émissions de CO2, l’Eco2, le W22…) offrent au Windhof un regain d’intérêt. L’objectif du GIE, en faire une zone « exemplaire et attractive », commence à porter ses fruits.

Ecoconception et co-conception

Avec, en leitmotiv, les principes clés du développement durable. « L’idée force est de montrer qu’il n’est pas nécessaire de choisir entre faire de l’économique, de l’écologique ou du social. Ces trois dimensions peuvent parfaitement s’intégrer, avec efficacité et dans l’intérêt de tous », explique M. Schroeder. Convaincus que « l’écoconception passe par la co-conception », les partenaires de l’Ecoparc rassemblent idées et moyens d’action.

En quelques mois, les premières avancées concrètes se font jour : une crèche ouvre ses portes en janvier 2011 (son succès est tel qu’une deuxième est envisagée), des chemins piétonniers sont aménagés, de nouveaux services sont créés, des restaurants, un distributeur de billets… D’autres sont en maturation : des circuits pédestres et cyclistes balisés, du covoiturage, la mise en place d’une navette entre le zoning et la gare, pour n’en citer que quelques-uns. De quoi rendre le cadre de travail – et de vie ! – plus agréable aux salariés.

Au fur et à mesure que la collaboration s’étoffe, les entreprises disposent également d’avantages inédits : une centrale d’achats accessible par Internet, l’accès à de l’énergie « verte » à prix compétitifs… Parmi les derniers projets en date figurent la mutualisation d’un service de gardiennage et la mise en place d’une signalétique cohérente et visible.

Ces initiatives sont vues d’un très bon œil par les autorités locales, la commune de Koerich se félicitant de disposer d’un interlocuteur pour développer la zone d’activités de façon cohérente et intelligente. « Ce genre d’initiative est bien plus facile si on part de zéro, constate M. Poulles. Mais ici, nous agissons dans une zone implantée depuis plusieurs décennies. Nous devons travailler à partir de l’existant, avec des entreprises aux activités très diverses. Les rassembler dans une mouvance n’est pas simple, il s’agit de les persuader de regarder plus loin que leur fonction bien établie. » Malgré la difficulté, le gérant de ProGroup reste convaincu que « l’engagement de chacun peut être rentable pour tous ».

Une philosophie à laquelle adhère totalement Jean-Philippe Wagnon, fondateur de Vectis PSF, une société « voisine ». Président du groupe de travail PME au sein de l’IMS, M. Wagnon a tiré un trait d’union entre les travaux menés dans l’association et l’espace dans lequel est implantée sa propre société. Après avoir développé un outil d’autodiagnostic permettant aux sociétés de structurer une réflexion RSE en interne, le groupe de travail est passé à une réflexion sur la territorialité.

« Trop souvent, les gens ne voient pas ou ne savent pas ce que font leurs voisins, explique-t-il. Or, en réunissant les efforts que chacun fait de son côté, on peut faire plus et mieux. Voire envisager des solutions nouvelles. Prenons un exemple : il y a des choses sur lesquelles on a prise – comme le tri de ses déchets – et d’autres sur lesquelles on n’a pas prise : qu’advient-il de nos déchets triés ? Notre objectif est d’avoir une vision systémique de ces questions, les appréhender dans leur ensemble. Pour cela, une approche de proximité, au niveau d’un zoning où les entreprises peuvent fonctionner en réseau, est très intéressante. »

Le concept « Cradle to Cradle » (littéralement, « de la tombe à la tombe ») qui vise notamment à une gestion commune des déchets inspire, de façon transversale, le développement de l’Ecoparc.

Très sensible à cette démarche, l’IMS a décidé de s’allier au projet de l’Ecoparc Windhof. Avec une approche très humble, « l’observation, d’abord, expliquent Julien Chupin et Sara Capelli. Il y a sans doute de bonnes pratiques ici qui sont duplicables ailleurs. L’utilisation des déchets de bois d’une entreprise (le transporteur Streff, ndlr.) pour chauffer le bâtiment Solarwind voisin, c’est vraiment intéressant ! »

L’IMS entend également amener son expertise, en matière de biodiversité notamment, et susciter des réflexions en matière d’aménagement de la zone : quel est l’impact d’une entreprise située à côté d’un marais, d’un champ ? Quelle est la valeur économique d’une haie ? D’une façon plus large, comment s’y prendre pour construire ensemble, vivre ensemble sur un même territoire et parvenir au consensus ?

La démarche de l’Ecoparc Windhof, dans sa volonté de « tenir compte des parties prenantes » (entre­prises, salariés, autorités communales, gou­vernement) pour créer une dynamique nouvelle, s’inscrit parfaitement dans une perspective de développement durable. Le projet est d’autant plus intéressant à suivre que le GIE va désormais devoir s’interroger sur sa propre gouvernance. Là aussi, tout reste à inventer.

Nouvelle gouvernance

Pour l’heure, « le GIE compte huit membres fondateurs et nous obtenons l’unanimité quasi permanente, sourit Romain Poulles. Or, notre groupe souhaite s’ouvrir davantage et attirer de nouveaux membres. Il faut donc revoir notre gouvernance actuelle. Nous devons communiquer de manière large, que les gens sachent ce qui existe et qu’ils sachent aussi que nous sommes à leur écoute. »

M. Wagnon, dont la société est locataire des bureaux du Windhof, s’attelle également à cette tâche, aux côtés des fondateurs du GIE. « Nous allons établir des règles de communauté, pour un fonction­nement avec des membres plus nombreux, explique M. Schroeder. Peut-être auront-ils des statuts différents... Nous entrons dans la technicité d’un groupe de travail. La réflexion est en route pour savoir comment intégrer tout le monde. » Le retour d’expérience des initiateurs de l’Ecoparc Windhof devrait passionner plus d’un entrepreneur. Pour diffuser leurs témoignages et susciter – peut-être – des vocations dans d’autres zones d’activités, l’IMS organisera une conférence, en septembre, dans le cadre de son projet « PME, RSE et Territoires ».