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Législatives en France

Deux voix pour les Français de l’étranger



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Selon des projections effectuées à Paris, Valérie Bros (Les Républicains) et Pieyre-Alexandre Anglade (La République en marche) sont les deux candidats les mieux placés pour le poste de député de la 4e circonscription des Français de l’étranger. (Photo: DR)

Pieyre-Alexandre Anglade (La République en marche) et Valérie Bros (Les Républicains) sont les deux principaux favoris – parmi 18 candidats – pour décrocher au soir du 18 juin le poste de député de la quatrième circonscription des Français de l’étranger qui regroupe le Luxembourg, la Belgique et les Pays-Bas. Pour Paperjam.lu, ils se sont livrés à une interview croisée.

Monsieur Anglade et Madame Bros, vous avez obtenu l’investiture de votre parti pour les législatives dans la quatrième circonscription des Français de l’étranger dans les trois pays du Benelux. Comment en êtes-vous arrivés là?

Pieyre-Alexandre Anglade: «Avant ces élections, je n’avais jamais fait de politique ni milité où que ce soit. Mon engagement remonte à il y a un an et demi, quand Emmanuel Macron était encore ministre de l’Économie. Je lui ai écrit pour lui dire que j’appréciais sa façon singulière de parler des Français, de l’Europe et du réel. De la nécessité d’une refondation de la vie politique, de la société française qui était prête à avancer. J’ai compris que cela fonctionnerait. Je me suis déclaré prêt à l’aider.

Quelque temps plus tard, il m’a alors proposé de m’occuper du mouvement à Bruxelles – où je réside dans le cadre de ma profession d’attaché parlementaire –, puis pour la Belgique. Et j’ai finalement pris dans cette continuité mes responsabilités en posant ma candidature pour ces législatives françaises au Benelux, pour lesquelles j’ai été investi il y a 10 jours.

Valérie Bros: «Mon engagement politique remonte à 2002 lorsque j’ai adhéré à l’Union pour la majorité présidentielle (UMP), devenue ensuite Les Républicains. La loi sur le non-cumul des mandats, votée en 2014, a conduit le parti à renouveler une partie de son personnel, à travers davantage de femmes, un enracinement local et des compétences. Un appel auquel j’ai répondu.

Diplômée de HEC, de Sciences Po et de l’Ena, j’ai travaillé pour le Parlement français, dans la rédaction de textes de loi, puis pour le Conseil de l’Union européenne. J’ai également assisté le commissaire Michel Barnier à Bruxelles et travaillé aussi pour la BEI et pour la Cour des comptes européenne à Luxembourg. Ces législatives seront les premières élections auxquelles je participe.

Que peut faire, selon vous, un député pour des Français de l’étranger?

P.-A. A.: «Plein de choses! À commencer par prendre en charge les problématiques quotidiennes de ces Français du Benelux. Les rassembler régulièrement. Et débattre avec eux de thèmes ou de problèmes liés, au Luxembourg, par exemple, à l’environnement – avec Cattenom ou les centrales belges –, ou aux transports puisque les frontaliers français vivent chaque jour l’enfer sur la route ou sur le rail.

Il faut ensuite porter ces discussions à Paris, à l’assemblée nationale, là où le travail d’un député se fait, et intervenir auprès des autorités luxembourgeoises, belges et néerlandaises. Sans oublier celles de la Grande Région.

V. B.: «On peut faire beaucoup, à condition d’avoir une capacité d’action personnelle, et de savoir comment fonctionnent et travaillent l’exécutif et le législatif en France.

Le député peut être par exemple rapporteur de certains budgets, comme ceux des lycées français. Il peut aussi travailler avec les régions frontalières, comme la région Grand Est lorsqu’il doit être question du transport régional et transfrontalier. Et il peut aussi s’impliquer dans certaines lois de finances, pour éviter une taxation pénalisante pour les Français de l’étranger.

Je ne compte pas rester assis ni être un député installé.

Pieyre-Alexandre Anglade, candidat de La République en marche

Mais un seul et unique député sur 577 pour quelque 330.000 Français résidant dans le Benelux, n’est-ce pas avant tout symbolique?

P.-A. A.: «Cela vaut pour toutes les circonscriptions. Seul, c’est évidemment difficile. Et il faut donc s’inscrire dans un groupe, dans un collectif. Et savoir où appuyer, au bon moment et au bon endroit. Personnellement, je ne compte pas rester assis ni être un député installé. Mais au contraire bouger. Et faire preuve d’action.

V. B.: «Si une seule personne peut faire la différence comme on dit aux États-Unis, je pense pour ma part qu’il est nécessaire de s’inscrire dans un groupe. Celui des Républicains en ce qui me concerne, à travers lequel je souhaite m’engager avec mes compétences et mon expérience pour faire avancer les choses, au niveau de l’assemblée nationale.

Je souhaite aller régulièrement à la rencontre des gens.

Valérie Bros, candidate des Républicains

Comment envisagez-vous, si vous êtes élu(e), l’organisation de votre temps, de votre agenda?

P.-A. A.: «Je vis à Bruxelles, dans le cadre de mes activités professionnelles, là où résident également de très nombreux Français. Mais si je suis élu, je passerai mon temps aussi bien en Belgique qu’au Luxembourg ou aux Pays-Bas. Pour des rencontres citoyennes, notamment avec les Français du Grand-Duché.

Avec la loi de moralisation de la vie politique, il sera interdit aux parlementaires d’avoir une autre activité que celle de député. Ma seule occupation sera donc de représenter mes concitoyens à l’assemblée nationale. Et le reste du temps, je le passerai partout dans ma circonscription.

V. B.: «Mon agenda sera composé de deux blocs, l’un au parlement, et l’autre dans ma circonscription. Je compte venir beaucoup au Benelux, car c’est une présence indispensable.

Je compte également organiser un think tank tous les deux ou trois mois pour co-construire avec les citoyens les idées et les réflexions que je souhaite défendre. Je souhaite aller régulièrement à la rencontre des gens. À travers des réunions publiques, des réunions d’appartement ou des chats en ligne. Sans oublier le travail avec les associations qui regroupent des Français et qui sont très nombreuses.

Il n’y a que deux offres sur la table: celle de la France Insoumise et la nôtre.

Pieyre-Alexandre Anglade, candidat de La République en marche

Comment envisagez-vous la recomposition de l’assemblée nationale au soir du 18 juin?

P.-A. A.: «C’est très difficile à prédire. Mais je crois en une majorité pour notre président qui a été élu pour transformer la France. Les Français sont fatigués de la politique telle qu’elle a été menée ces dernières années. La gauche et la droite – représentées par le Parti socialiste et Les Républicains – se sont fracturées de l’intérieur et sont devenues inopérantes.

Quant au Front national, parti qui se nourrit de la misère et de la détresse, il faut continuer à le combattre, à mettre en lumière ses incohérences.

Il n’y a en définitive que deux offres sur la table: celle de la France Insoumise, qui n’est pas la mienne, et celle du mouvement que je représente. Les deux visent à remettre les Français au centre du système, mais de manières différentes.

V. B.: «Ma conviction est celle d’un changement profond de l’assemblée nationale qui, aujourd’hui, est dominée par le Parti socialiste. Il va y avoir un éclatement de cette assemblée, avec la poussée de groupes extrêmes comme le FN et les Insoumis, et la formation de deux groupes importants, à savoir la droite et le centre dominés par Les Républicains et le mouvement En Marche.

L’objectif est que mon groupe soit le plus important pour garantir que les réformes iront dans le sens du redressement de la France. Grâce à un programme plus clair et plus cohérent que celui proposé par Emmanuel Macron.

Y a-t-il des idées, des bonnes pratiques mises en place dans votre circonscription, comme le prélèvement à la source ou les quotas de femmes en politique pour ce qui concerne le Luxembourg, que vous pourriez remonter à Paris?

P.-A. A.: «Le prélèvement à la source est une excellente chose, car les Français sont perdus dans leurs impôts.

Pour ce qui est du quota des femmes en politique, on préfère en France payer des amendes que de se soumettre à ce principe, alors que la politique doit être plurielle, à l’image de ce qu’est le pays. Mais je ne pense pas qu’il soit nécessaire de passer par une loi. Emmanuel Macron est tout de même parvenu à rassembler 52% de femmes autour de son projet.

V. B.: «C’est très envisageable. En matière de bonnes pratiques, il y a des choses intéressantes et, en politique, les quotas de femmes inscrites sur les listes en sont un bon exemple.

Concernant le prélèvement à la source, je suis un peu plus mesurée car l’administration française a effectué un gros travail de numérisation qui rend aujourd’hui assez simple le fait de déclarer ses revenus.

Et une autre bonne pratique dont on pourrait s’inspirer du Luxembourg est un niveau raisonnable de fiscalité et de dépenses publiques, ce qui n’est pas du tout le cas en France.

La France doit retrouver sa place et sa crédibilité en Europe.

Valérie Bros, candidate des Républicains

Quel regard jetez-vous sur la situation des places financières en Europe en général et de celle de Luxembourg en particulier?

P.-A. A.: «Le Luxembourg a un modèle économique qui lui est propre, qui fait sa richesse et sa force. Et le fait qu’un certain nombre d’acteurs financiers trouvent leur place au Luxembourg et non pas ailleurs devrait interroger les autres pays européens sur la place qu’ils accordent à l’entreprise et aux places financières. Le modèle luxembourgeois, ce n’est pas moi qui le critiquerais, même s’il est imparfait à certains égards.

Mais ce qui est évident aujourd’hui, c’est qu’on doit tendre vers plus d’harmonisation fiscale et sociale en Europe. Il faut trouver un modus vivendi commun à tous les Européens. On ne peut plus accepter en effet l’optimisation fiscale. Tant qu’on n’aura pas réussi cela, on pourra toujours parler beaucoup de l’Union européenne, mais on n’ira pas très loin.

V. B.: «Les places financières sont un énorme vecteur d’emplois qualifiés. Et c’est donc dans notre intérêt de contribuer à leur développement. Si la situation se déstabilise avec le Brexit, c’est une occasion de développement de places financières autres que Londres, ce qui est positif.

J’observe également une bonne supervision des banques depuis la crise de 2008, avec un cadre réglementaire qui ne doit pas empêcher l’innovation financière tout en évitant les risques pour les épargnants. C’est un système positif.

Une monnaie sans budget et sans pilotage politique n’est pas une monnaie efficace.

Pieyre-Alexandre Anglade, candidat de La République en marche

En matière de gouvernance de la zone euro, soutenez-vous l’idée de désigner un ministre européen des Finances?

P.-A. A.: «Je pense qu’il faut un ministre des Finances européen, je pense qu’il faut un parlement de la zone euro et même un budget de la zone euro. Car aujourd’hui une monnaie sans budget et sans pilotage politique n’est pas une monnaie efficace. Il va falloir un pilotage de la zone euro, car si vous n’avez pas de budget européen ni d’homme politique pour l’incarner, il est difficile d’emprunter sur les marchés et donc d’investir.

Et l’Europe a besoin d’investir dans un tas de secteurs. Je ne dis pas qu’on va devoir mutualiser les dettes, mais on va devoir emprunter collectivement pour le futur.»

V.B.: «Nous avons déjà un ministre des Finances européen qui, en l’occurrence, est le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. Par contre, ce qu’il faudrait, c’est davantage de coordination de nos politiques européennes, même si beaucoup a déjà été fait depuis la crise de 2008.

Mais pour cela, encore faut-il que le couple franco-allemand – avec ses partenaires historiques du Benelux – fonctionne et que la France retrouve sa place et sa crédibilité en Europe. Ceci dépend de notre action pour assainir nos finances publiques. Et sur ce point, nous sommes actuellement l’un des plus, sinon le plus mauvais élève de l’Union européenne».