POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Patronat vs gouvernement

Des pots cassés à recoller



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Jugé trop pro-syndicats, pas assez pro-entreprises, le gouvernement s’est attiré ces derniers mois l’ire du patronat. (Illustration: Maison Moderne)

Les noms d’oiseaux ont failli voler entre les représentants du patronat et le gouvernement au premier semestre. Pour autant, aucun ne peut se permettre de couper court au dialogue, alors que des décisions cruciales se profilent.

Le printemps aura été houleux dans les médias et sur les réseaux sociaux, théâtre privilégié d’un ping-pong parfois acide, avec dans le rôle des francs-tireurs du patronat Romain Schmit, secrétaire général de la Fédération des artisans, et Nicolas Henckes, son homologue de l’Union des entreprises luxembourgeoises.

Le patronat craint d’être isolé alors que le modèle tripartite bat de l’aile. Il pense avoir montré assez de bonne volonté en consentant, lors de l’accord bipartite de janvier 2015, une réforme du congé parental, du congé pour raisons familiales et des congés spéciaux – tout en espérant obtenir gain de cause sur la flexibilisation du temps de travail. L’UEL s’est aussi engagée à stimuler le marché du travail à travers le Partenariat pour l’emploi signé avec l’Adem.

«Il y a une sorte de désamour entre le gouvernement et le patronat, constate Adrien Thomas, chercheur au sein du département Marché du travail du Liser. Les représentants patronaux voyaient la coalition d’un œil favorable après l’immobilisme du précédent gouvernement», mais le fiasco du référendum de 2015 et l’embellissement de la conjoncture ont réorienté la politique de l’exécutif.

Certaines propositions du patronat sont aussi très mal reçues, comme celle de désengager les entreprises du financement des soins de santé pour leur confier celui des prestations en espèces gérées par la Mutualité des employeurs. Résultat: levée de boucliers des syndicats et fin de non-recevoir du ministre de la Sécurité sociale. Au même moment, le gouvernement dévoile une réforme fiscale dont l’UEL attendait davantage en termes d’allègements pour les entreprises.

C’est le discours sur l’état de la Nation qui fait déborder le vase. Le Premier ministre, Xavier Bettel, annonce que le gouvernement a tranché sur la question de l’organisation du temps de travail après plusieurs années de négociations infructueuses entre les partenaires sociaux. Les entreprises obtiennent l’allongement de la période de référence pour le calcul du temps de travail, au prix de jours de congé supplémentaires pour leurs salariés. Cela ne concerne toutefois pas les 60% de salariés couverts par une convention collective.

«Nous avons été trompés», tonne Jean-Jacques Rommes, administrateur délégué de l’UEL. Sur Twitter, Romain Schmit estime que «le DP s’est incliné devant le LSAP». Il va même plus loin, indiquant au Wort que «le projet de loi a été rédigé non pas au Rousegärtchen (au ministère du Travail et de l’Emploi, ndlr) mais à Esch-sur-Alzette», sous-entendu au siège de l’OGBL. «Au Luxembourg, le ministre du Travail a toujours été plus proche des syndicats», rappelle Adrien Thomas. «Mais il est vrai que Nicolas Schmit est considéré comme un allié de l’OGBL depuis la tripartite de 2010 qui a échoué lorsqu’il s’est opposé aux propositions de politique d’austérité de Luc Frieden (ministre des Finances du gouvernement Juncker-Asselborn II, ndlr).» Le ministre du Travail n’a pas non plus manqué de taxer les représentants des employeurs de «fonctionnaires patronaux». Un terme repris par Corinne Cahen sur Twitter. «Le dialogue social ne peut fonctionner utilement lorsqu’il est politisé et médiatisé à l’extrême», rétorque Michel Wurth, président de l’UEL, lors d’une conférence de presse de «recadrage» fin juin.

«Nous avons discuté avec le gouvernement et avons compris des deux côtés qu’il valait mieux rester dans la tradition luxembourgeoise de la discussion et éviter d’arriver au clash», explique aujourd’hui Nicolas Henckes. C’est donc dans un esprit plus coopératif que devrait s’ouvrir la rentrée sociale. «Nous avons la volonté de retrouver une bonne coopération, un dialogue serein avec le gouvernement.»

L’automne s’annonce riche en occasions de s’entendre (ou pas), entre les discussions sur la fiscalité des entreprises dans le contexte du projet Beps, la simplification administrative et le logement ou encore la mise en œuvre de l’accord de Paris (COP21) au Luxembourg. Pour autant l’UEL ne rengaine pas complètement son colt. «Nous nous sommes mis d’accord pour ne plus parler de l’index sous ce gouvernement, mais la promesse ne tiendra peut-être plus pour le prochain», glisse Nicolas Henckes. Une «bataille un peu perdue», analyse Adrien Thomas, alors que l’inflation reste atone et que la désindexation de l’économie tant souhaitée – et envisagée par le DP dans son programme électoral de 2013 – s’éloigne avec l’indexation des bourses d’études sur le coût de la vie et celle des allocations familiales sur le salaire médian.