POLITIQUE & INSTITUTIONS
EUROPE

Rencontre quadripartite

Des accords et une dissonance entre voisins



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Les dirigeants belge, français, luxembourgeois et néerlandais ont réclamé des actions concrètes sur les questions migratoires, jeudi au Luxembourg. (Photo: Anthony Dehez)

Réunis jeudi au Luxembourg pour préparer le sommet de Salzbourg prévu la semaine prochaine, dirigeants belge, français, néerlandais et luxembourgeois ont détaillé des points d’union, mais ont aussi fait transparaître une «absence de consensus» sur la fiscalité des Gafa.

Face aux difficultés européennes à se faire entendre d’une seule voix sur la question des migrations, Xavier Bettel a mis en œuvre l’une de ses méthodes favorites: réunir un nombre restreint de partenaires pour tenter de trouver un consensus.

Jeudi, le président de la République française Emmanuel Macron, le Premier ministre belge Charles Michel et son homologue néerlandais Mark Rutte étaient donc présents au Luxembourg pour «faire émerger des réponses pragmatiques à un problème qui ne possède pas de solution miracle».

En front commun, les pays du Benelux et la France plaident pour une approche «progressiste», «efficace» et «sans naïveté» en vue du sommet de Salzbourg du 20 septembre prochain. Dans les faits, les quatre dirigeants souhaitent accélérer la mise en œuvre des grands principes décidés lors du sommet européen de Bruxelles, en juin dernier.


Charles Michel, Emmanuel Macron, Xavier Bettel et Mark Rutte

Respect des valeurs fondamentales européennes

Il s’agit du «renforcement de la coopération avec les pays d’origine et de transit» via ce que le Premier ministre belge qualifie de «plan Marshall pour l’Afrique», «une meilleure protection des frontières extérieures de l’UE», «une lutte renforcée contre les trafiquants d’êtres humains» et «une solidarité renforcée avec les pays de premier accueil pour les aider dans la gestion de cette situation».

Pour ne pas que cette initiative basée sur «le respect des valeurs fondamentales européennes» reste lettre morte, les quatre dirigeants espèrent bénéficier du soutien d’Angela Merkel, dont Emmanuel Macron salue une action «qui a toujours été du côté des progressistes».

On ne peut pas être à la fois du côté de Mme Merkel et de celui de M. Orban.

Emmanuel Macronn président de la République française

Interrogé sur le choix de la chancelière de soutenir Manfred Weber – eurodéputé allemand partisan du maintien de Viktor Orban dans les rangs du parti conservateur européen – comme candidat du PPE pour succéder à Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission en 2019, le président français a estimé que «c’est au PPE de clarifier sa position, car on ne peut pas être à la fois du côté de Mme Merkel et de celui de M. Orban».

Désaccord sur la taxation des Gafa

Autre point d’accord, «la nécessité de rester unis à 27 dans le cadre des négociations sur le Brexit» pour éviter le concept de «cherry picking» décrit par Xavier Bettel, à savoir la sélection à la carte par les Britanniques des aspects qui les intéressent le plus au sein de l’UE. Même cohésion autour de l’absence de décision sur une éventuelle alliance entre les libéraux, représentés par les Premiers ministres belge, luxembourgeois et néerlandais, avec La République en marche d’Emmanuel Macron. «L’heure de la campagne européenne n’a pas encore sonné», a assuré pour sa part Mark Rutte.

La seule dissonance qui est parvenue à filtrer concerne la question de la fiscalité des géants du net, Luxembourg et France s’opposant notamment sur la méthode à adopter.


«Le Luxembourg est d’avis qu’il faut une réglementation, mais cela ne doit pas se faire au niveau européen, mais au niveau de l’OCDE», a plaidé Xavier Bettel, qui évoque tout de même «la possibilité de mettre en place une solution limitée dans le temps» dont les modalités sont encore à définir. Une alternative qui satisfait le président français, désireux de mettre fin à «l’aberration actuelle autour de cette question».


Quelle Europe?


Le dialogue citoyen était organisé à la Philharmonie

Présent au Luxembourg également dans le cadre des dialogues citoyens qu’il a initiés, le président français a tenu à assurer qu’il n’était pas là «pour s’immiscer dans les élections à venir».


La séance de questions/réponses de près de deux heures organisée à la Philharmonie été réalisée devant un parterre de quelque 2.000 personnes, dont des centaines de lycéens, mais aussi de nombreux membres du gouvernement et autres personnalités politiques. Une salle remplie et acquise à la cause européenne qui n'a pas hésité à faire une standing ovation à l'arrivée des deux dirigeants européens.


Si Xavier Bettel n'a pas hésité à évoquer son histoire personnelle en introduction, précisant avoir «un grand-père russe orthodoxe, un grand-père juif polonais, des parents catholiques, un mari belge. Je suis libéral, homosexuel, ayant du sang juif... sans l’Union européenne, ce serait difficile», Emmanuel Macron, pour sa part, a assuré que «l'Europe est une conquête, notamment à l'heure où le nationalisme devient plus vigoureux».

Du côté du public, les questions portaient principalement autour des mesures envisagées pour réformer l’Union, de la lutte contre le retour des nationalismes, ou encore la nécessité de recréer un sentiment d’appartenance au projet européen. Autant d'interrogations qui n'ont pas obtenu autant de réponse qu'espéré par certains. Ce qu'Emmanuel Macron n'a pas manqué de souligner, en forme de conclusion.