COMMUNAUTÉS & EXPERTISES — Management

10X6 Serial entrepreneurs

De la folie au goût de l’action



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Dix personnes sont venues témoigner de leur esprit d’entreprendre lors du premier 10x6 de l’année 2017. (Photo: Maison Moderne)

Qu’ils ne sachent pas s’arrêter de créer ou qu’ils aient repris une affaire familiale qui tourne depuis plusieurs générations, ce sont des porte-drapeaux de cet esprit d’entreprendre que le 10x6 du Paperjam Club a voulu mettre en avant ce mercredi.

Pour le premier événement 10x6 de l’année 2017, le Paperjam Club s’est intéressé ce mercredi soir aux «entrepreneurs en série» et a proposé une brochette d’invités qui nous ont valu quelques belles histoires de familles et des cumulards dans la création d’entreprises. La preuve en tout cas par ces témoignages que l’esprit d’entreprise anime bel et bien une partie de la population luxembourgeoise que l’on dit parfois frileuse à l’idée d’entreprendre.

Aujourd’hui, la tête du groupe Alipa, Michèle Detaille, a acquis sa première entreprise, No-Nail Boxes, il y a 20 ans. Depuis, elle en a acquis d’autres dans le levage et l’emballage industriels. «La deuxième acquisition est plus facile que la première», note-t-elle. «On peut mieux anticiper, on maîtrise mieux la gestion.» Mais elle ajoute quand même que les patrons de PME manquent souvent d’expertise face aux défis auxquels ils sont confrontés. «Il y a des choses qu’on ne fera qu’une fois dans sa vie. J’ai construit un entrepôt à Wiltz, mais je n’en ferai pas d’autres. À chaque fois, il faut donc bien choisir ses fournisseurs.»

La deuxième acquisition est plus facile que la première.

Michèle Detaille, groupe Alipa

Norbert Friob a démarré 30 ans plus tôt, en 1966. Il a, au total, créé 54 sociétés qui ont généré plus de 600 emplois. Sa recette? «Avoir une idée qui réponde à un besoin réel ou latent du marché et se donner l’énergie pour réaliser son rêve.» Il l’admet, ça a parfois été délicat. Il y a eu des créations, des fusions, des cessions… «La création d’une entreprise n’est pas quelque chose de simple», admet-il, «mais quand vous y parvenez, c’est un plaisir impayable.»

Quand vous y parvenez, c’est un plaisir impayable.

Norbert Friob, Groupe FNP

Si René Grosbusch cumule les créations, c’est au sein de l’entreprise de fruits et légumes Marcel Grosbusch qu’il gère en famille avec son frère et ses enfants. Petit à petit, la société a grandi et, aujourd’hui, à côté de l’importation et la distribution, elle a ajouté des activités d’emballage, un atelier de fraîche découpe, un service de livraison en entreprises (fruit@office), etc. «Un serial entrepreneur, c’est quelqu’un qui affiche de la passion, qui est capable de s’organiser et qui sait se remettre en question», pointe-t-il en guise de définition.

Un serial entrepreneur, c’est quelqu’un qui affiche de la passion.

René Grosbusch, Marcel Grosbusch et Fils

Marc Neuen craint l’ennui. D’où ce besoin fréquent de repartir à zéro pour tenter une nouvelle aventure. La première fut celle de Luxjob, en 1998, à laquelle a succédé le lancement de la carte Sympass. Aujourd’hui, il semble fidèle à l’histoire de Yellow.lu, mais qu’il n’a toutefois pas pu se retenir de diversifier via la structure Linc. «Si j’ai souvent changé, c’est que j’ai la passion d’entreprendre», explique-t-il. «Sans passion, il faut éviter de se lancer.» Il faut aussi, selon lui, être un peu fou pour savoir sortir de sa zone de confort. «Si vous l’êtes assez, lancez-vous», conseille-t-il. «Vous vous sentirez 10 fois plus vivant qu’avant.»

Si vous êtes assez fou, lancez-vous!

Marc Neuen, Linc

Le risque qu’a pris Betty Fontaine, arrivée très jeune à la tête de la brasserie familiale Simon, c’est celui de persévérer alors que les affaires ne tournaient plus très rond. «Nous avons travaillé très dur», note-t-elle, «mais surtout nous sommes devenus humbles.» Son conseil: ne pas vouloir brasser beaucoup d’activités si ce n’est pas pour les faire bien. «Nous avons éliminé ce que nous faisions moins bien et nous sommes partis à la chasse aux idées nouvelles. Il ne s’agissait pas de réinventer la roue, mais de s’approprier les bonnes idées.»

Ne pas réinventer la roue, mais s’approprier les bonnes idées.

Betty Fontaine, Brasserie Simon

Pour Domenica Fortunato, le cumul s’est surtout fixé dans les formations professionnelles. D’abord traductrice-interprète, elle rejoint la société de plafonnage et façades Jean Fortunato, développée par son père. Elle se lance donc d’abord dans des cours du soir de comptabilité pendant trois ans et poursuit par le brevet de maîtrise en plafonnage pendant trois autres années. «De mon histoire, je conclus que pouvoir, c’est vouloir, c’est pouvoir. Quel que soit l’âge, le sexe ou la profession…»

Vouloir, c’est pouvoir.

Domenica Fortunato

Son exemple, c’est Richard Branson, qui a multiplié les entreprises dans différents secteurs sans finalement être un spécialiste en rien. Peter Poehle a lui aussi créé différentes entreprises, dont Media65 dans la vidéo d’entreprise et SponsorMyEvent dans la recherche de sponsoring. «On conseille souvent aux gens de ne faire qu’une seule chose à fond. J’en suis incapable. Je m’intéresse à trop de choses. Mais de cette faiblesse, j’ai décidé de faire une chance et de me lancer dans des domaines différents.»

Je m’intéresse à trop de choses. Une faiblesse dont j’ai fait une chance.

Peter Poehle, SponsorMyEvent et Media65

Tout en restant dans son domaine, les produits de bouche, Frank Steffen a, depuis la création de la Maison Steffen en 1989, multiplié les branches d’activité. «Je suis devenu le capitaine d’un beau bateau et j’ai la chance de travailler heureux depuis 28 ans», résume-t-il. Mais, il insiste, seul on n’est pas grand-chose. «Naviguer et arriver à bon port est seulement possible en faisant confiance à ses seconds et à l’équipage tout entier.»

J’ai la chance de travailler heureux depuis 28 ans.

Frank Steffen, Groupe Steffen

En 2000, il y a eu les débuts de Lu-Cix et, 10 ans plus tard, la mise sur les rails de Luxcloud. De belles aventures dans le monde des data centers pour lesquelles Marco Houwen, à la base de ces projets, s’est donné corps et âme. Trop! «Ces dernières années, toute ma vie était centrée autour de Luxcloud, au point de négliger ma santé et ma famille.» Aujourd’hui, tout en restant passionné par ses projets, il a su trouver un meilleur équilibre – «j’ai décidé de prendre soin de ma vie» - et il s’en dit heureux. Ce sera la dernière, et pas la moins importante, leçon à retenir.

J’ai décidé de prendre soin de ma vie.

Marco Houwen, Luxcloud