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Chambre des salariés

Davantage de pauvreté malgré la croissance



«Des dépenses sociales et un système fiscal justes aujourd’hui réduisent les inégalités d’aujourd’hui, mais aussi de demain», estime Jean-Claude Reding, président de la CSL. (Photo: Nader Ghavami)

«Des dépenses sociales et un système fiscal justes aujourd’hui réduisent les inégalités d’aujourd’hui, mais aussi de demain», estime Jean-Claude Reding, président de la CSL. (Photo: Nader Ghavami)

La croissance dont bénéficie le pays devrait profiter à tous, estime le président de la Chambre des salariés Luxembourg (CSL), Jean-Claude Reding, opposant à cette bonne tenue de l’économie nationale un taux de pauvreté en progression.

La Chambre des salariés Luxembourg (CSL) a tenu ce lundi soir son traditionnel pot de Nouvel An qui s’est déroulé notamment en présence du Premier ministre Xavier Bettel, ainsi que du président de la Chambre des députés, Mars Di Bartolomeo.

Dans son intervention, le président de la CSL, Jean-Claude Reding, a mis en exergue la croissance, la productivité et la richesse dont peut se targuer le Luxembourg où toutefois, selon lui, le risque de pauvreté, qui touchait 11 à 12% de la population en 2000, concerne près de 16% de celle-ci aujourd’hui.

D’où, parmi ses revendications, une augmentation du salaire social minimum – comme l’évoquait il y a peu le ministre du Travail Nicolas Schmit –, l’adaptation du barème de la fiscalité à l’inflation, une fiscalité aplanie pour les classes moyennes, ainsi que des bénéfices sur les capitaux et les stock-options «enfin imposés normalement».

Pensions: en cas de problèmes, des solutions

«Des dépenses sociales et un système fiscal justes aujourd’hui réduisent les inégalités d’aujourd’hui, mais aussi de demain», a encore indiqué Jean-Claude Reding, selon lequel des études de l’OCDE démontrent que les inégalités ont des effets négatifs sur le développement de la productivité.

Évoquant ensuite la question des pensions, le président de la CSL a indiqué qu’il n’était pas nécessaire de débattre de problèmes qui pourraient peut-être se poser d’ici 40 ou 50 ans, d’autant que si ces problèmes venaient à voir le jour, «il existe toute une batterie de solutions».

Sur ce même point, il a cependant regretté que «des milliards ont été accumulés» alors qu’on a réussi à renoncer en 2013 à un ajustement de ces pensions pour lesquelles Jean-Claude Reding estime aujourd’hui qu’«une compensation est possible et ne serait finalement que juste».

Digitalisation: l’Homme avant le travail

En matière de numérisation des entreprises, le président de la CSL a annoncé la prochaine publication d’une étude sur l’impact social du digital, ainsi que les chances et les risques qui en découlent, menée en partenariat avec la Chambre de commerce et le ministère du Travail.

L’adaptation de ce processus doit répondre à deux principes en matière de droit du travail et de droit social, a encore poursuivi Jean-Claude Reding, notant que ces droits doivent «protéger la partie la plus faible dans une relation inéquitable» et – comme cela est déjà indiqué dans le Code du travail – «le travail doit être adapté à l’Homme, et non l’inverse».

Revenant également dans son discours sur le dialogue social, Jean-Claude Reding a précisé que la CSL avait pris l’initiative et démarré un projet pour un cadre de formation continue pour les délégués du personnel.

Développé en partenariat avec les chambres professionnelles, les syndicats, le patronat et le ministère du Travail, il devrait être mis en œuvre à travers l’École supérieure du travail.

Lancé à travers une phase pilote cette année, la CSL dit compter sur l’État pour que le projet puisse disposer d’un cadre complet en 2019.

Le progrès social en panne

À noter encore que dans son allocution, Jean-Claude Reding a évoqué un contexte international synonyme de «temps de peurs» et de «terreau fertile pour le nationalisme et les positions réactionnaires».

Selon le président de la CSL, ces peurs découleraient de problèmes matériels et de conditions de vie et de travail qui ne s’améliorent plus.

«Les riches sont plus riches, les pauvres plus pauvres, et les classes moyennes sentent le sol se dérober sous leurs pieds», a-t-il encore lancé, évoquant «un progrès social en panne».