POLITIQUE & INSTITUTIONS

Ed Goedert (Adal)

«Davantage de mobilité… et de voitures»



Ed Goedert: «En tant que concessionnaires, nous n’avons pas besoin de start-up pour proposer des nouveautés.» (Photo: Marion Dessard)

Ed Goedert: «En tant que concessionnaires, nous n’avons pas besoin de start-up pour proposer des nouveautés.» (Photo: Marion Dessard)

La manière dont la mobilité évolue ne devrait pas porter de coup au secteur automobile, estime le patron des concessionnaires luxembourgeois, qui ajoute même que le parc automobile grand-ducal devrait encore continuer de croître dans les prochaines années.

Monsieur Goedert, l’Association des distributeurs automobiles luxembourgeois (Adal) que vous présidez a intégré cette semaine la House of Automobile, qui vise à apporter une réponse commune aux défis qui se posent aujourd’hui au secteur de l’automobile. Comment ce dernier se porte-t-il aujourd’hui?

«Après le creux rencontré l’an dernier, et en étant non pas optimiste mais simplement réaliste, je pense pouvoir dire que le marché de l’automobile, en matière de ventes de véhicules neufs, se porte très bien.

Il a retrouvé sa vitesse de croisière habituelle – qui est tout de même assez haute au Luxembourg –, et nous allons sans doute terminer l’année sur un très bon résultat. En tout cas, il faudrait une catastrophe d’ici la fin décembre pour qu’il n’en soit pas ainsi.

En est-il de même du côté du marché de l’occasion?

«Lui aussi fonctionne très bien et est même en légère progression. On devrait franchir cette année la barre des 55.000 véhicules vendus, ce qui est un très bon score.

La House of Automobile était un rêve.

Ed Goedert, président de l’Adal

La création de la House of Automobile, c’était important pour vous, en tant que président de l’Adal?

«J’ai presque envie de dire que c’est un rêve qui s’est réalisé! Un petit pays comme le nôtre – avec deux fédérations automobiles que sont l’Adal et la Fergalux – cela fait parfois beaucoup, surtout lorsque chacun travaille dans son coin.

Ces dernières années, un ‘rajeunissement des cadres’ a toutefois permis la fin des querelles et un rapprochement entre ces deux fédérations, dont l’Autofestival est peut-être la meilleure illustration.

Mais aujourd’hui, avec la House of Automobile, c’est d’un toit commun dont nous disposons, pour discuter et décider ensemble, mais aussi communiquer d’une seule voix et de façon claire vers l’extérieur, tout en gardant chacun notre autonomie.

L’arrivée au Luxembourg de l’association Bilia-Emond chez BMW ou encore de Tesla préfigure-t-elle une évolution du marché de l’automobile au Grand-Duché?

«Il est clair que des changements sont intervenus. Pour Bilia-Emond, c’est un mouvement qui s’observe depuis déjà très longtemps au niveau européen et qui, jusqu’ici, avait relativement peu touché le Luxembourg.

Mais après la France ou encore l'Allemagne, ces grands groupes n’allaient pas s’arrêter aux frontières de notre pays. Ce que cela va donner, je n’en sais rien. Je ne suis pas dans le secret des dieux.

Pour Tesla, tout ce que je peux vous dire, c’est que c’est une marque qui monte et qui est un peu comme un phare pour l’avenir. Je trouve très bien qu’ils soient ici au Luxembourg avec une concession, pour dynamiser un peu plus le marché du véhicule électrique au Luxembourg.

Je ne vois aucune raison pour qu’un constructeur décide un jour de nous déclarer la guerre.

Ed Goedert, président de l’Adal

Avec les exigences toujours plus importantes de la part des constructeurs, les concessions multimarques peuvent-elles tenir la distance dans le temps?

«Il est évident que les constructeurs vont toujours en demander un peu plus. Mais vis-à-vis des concessionnaires multimarques, il n’y a pas de discussion. Je suis bien placé pour le savoir. Ces concessionnaires assurent de gros volumes, en augmentation constante, et les constructeurs en ont besoin.

Dès lors, ces derniers ne peuvent pas pousser trop loin leurs exigences, sous peine de couper l’oxygène aux grands concessionnaires et de créer une situation où, en fin de compte, tout le monde serait perdant.

Je ne vois donc aucune raison pour qu’un constructeur décide un jour de nous déclarer la guerre.

Revenons à la voiture électrique. Quelle est la situation de ce nouveau marché au Luxembourg. Où en sommes-nous par rapport à nos voisins? Le timing de son développement est-il respecté?

«Je crois que nous sommes dans les temps. Et je suis persuadé que le véhicule électrique s’imposera dans tous les marchés mondiaux, et ce sera le cas ici aussi au Luxembourg. Cela va prendre un peu de temps mais, à un certain moment, cela va se décanter et aller beaucoup plus vite.

Je ne sais pas quels volumes seront faits mais c’est un véhicule qui est construit pour certains champs d’application et – dans ceux-ci – la voiture électrique va largement trouver sa place. Il n’y a aucun débat là-dessus.

En outre, avec tous les investissements que le gouvernement va faire – dont les 800 bornes à deux points d’ancrage qui permettront à 1.600 véhicules électriques d’être rechargés simultanément – un élan supplémentaire sera donné à ce marché.

Pourquoi un grand garage ne pourrait-il pas aussi offrir du covoiturage?

Ed Goedert, président de l’Adal

La mobilité telle qu’on la conçoit aujourd’hui – un sujet auquel va s’intéresser la House of Automobile – est multimodale. Mais est-elle aussi synonyme de moins de voitures?

«Moi je défends les concessionnaires. Et ce serait terrible si je devais assurer que les volumes vont chuter!

Pour répondre à votre question, il faut voir deux choses. Ici, à Luxembourg, toutes les initiatives qui sont prises – comme le covoiturage ou l’offre renforcée en matière de transports en commun – font partie de l’équation et signifient donc moins de voitures.

Mais à cela, il faut tout de même opposer le fait que contrairement à des pays comme la France ou l’Allemagne, qui sont démographiquement stables, le Luxembourg est lui en pleine croissance, ce qui devra largement compenser des pertes qui pourraient survenir.

En net, il y aura donc à mon avis une augmentation du parc automobile, malgré des pertes individuelles.

C’est aux concessionnaires de s’adapter à cette nouvelle mobilité en continuant bien sûr à vendre des voitures, mais aussi cette nouvelle mobilité.

Pourquoi un grand garage ne pourrait-il pas aussi offrir du covoiturage?  Il y a des start-up qui se mettent en place pour proposer ce genre de service. Pourquoi des start-up? Et pourquoi pas des concessionnaires qui sont sur place depuis plus de 20, 40 ou 60 ans, et qui ont des fichiers clients énormes parfois?

En tant que concessionnaires, nous n’avons pas besoin de start-up pour proposer des nouveautés. Nous pouvons et je dirais même que nous devons le faire nous-mêmes. Je crois que ce sont de nouvelles activités qui vont naître au niveau de nos réseaux.»