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Opinion

Cryptomonnaies, feu de paille ou crise de jeunesse?



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Bruno Colmant, head of macro research chez Degroof Petercam Bruxelles, et Laurent Kratz, CEO de Neofacto. (photo: paperJam)

C’est la question que Paperjam a posée à Bruno Colmant, head of macro research chez Degroof Petercam Bruxelles, et Laurent Kratz, CEO de Neofacto, dans le cadre de notre rubrique Opinion de l’édition de février de notre magazine. Réponses.

 «Si on renversait tout?» selon Bruno Colmant, head of macro research chez Degroof Petercam Bruxelles

Les cryptomonnaies deviennent une réalité. En vérité, ce ne sont pas des monnaies, mais plutôt des classes d’actifs. Si on s’intéresse au bitcoin, on comprend que cette monnaie est créée au rythme de la sécurisation d’un chaînage informatique qui certifie une séquence d’information. La fabrication de la monnaie repose donc sur la cristallisation d’informations qui sont chaînées. Aujourd’hui, les gouvernements et autorités monétaires réfutent le bitcoin qui altère leur capacité d’imposer leur droit régalien de battre monnaie pour lever l’impôt et assurer leur endettement.

Mais demain? Si on renversait tout? Si l’exception devenait la règle? Si une cryptomonnaie devenait monnaie d’État sachant qu’elle permet de déceler toute transaction. Ce serait une dictature monétaire. Impensable? Aucunement: l’histoire des monnaies est un récit de capture de monopole étatique. Peut-être qu’un jour, nous nous dirons que nous avons vécu, depuis quelques décennies, dans une bulle de liberté.

«Résilientes par nature» selon Laurent Kratz, CEO de Neofacto

Le bitcoin, la principale cryptomonnaie, a perdu 82% de sa valeur depuis son plus haut en décembre 2017. Sur les deux derniers mois, le bitcoin s’échange désormais entre 3.000 et 3.500 euros. Les autres cryptomonnaies ont suivi les mêmes déconvenues. Le volume de bitcoins échangés continue de grandir, et à l’échelle de plusieurs années, le bitcoin reste un actif dont le rendement s’exprime plus en multiples qu’en pourcentages. Il y a eu une bulle spéculative. Cela tient de la propension de surévaluer l’impact d’une innovation technologique à court terme et de la sous-évaluer sur le long terme.

Les cryptomonnaies sont résilientes par nature, elles ont été conçues pour être décentralisées, résistantes à la censure. Pendant que certains promettent, comme à chaque baisse, la mort des cryptomonnaies, la France a promulgué le 24 décembre un décret relatif à l’utilisation d’une blockchain pour la représentation et la transmission de titres financiers, ouvrant un peu plus la porte à l’innovation dans le domaine de la cryptofinance.