POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Schneider et Dieschbourg

Croissance sélective versus frontaliers



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Sur la question de la croissance sélective, Étienne Schneider et Carole Dieschbourg calmaient le jeu ce vendredi. (Photo : Propix.lu / archives)

Suite aux divergences au sujet de la croissance entre le ministre de l’Économie socialiste et la ministre de l’Environnement écologiste, les intéressés se montraient réconciliés. Désormais, la croissance sera plus sélective, et l’emploi des frontaliers serait moins favorisé.

«Nous sommes d’accord sur le point le plus important, qui est de savoir comment nous voulons nous positionner, l’étude Rifkin à la main, et n’attirer désormais que des entreprises qui correspondent à la notion d’économie durable.»

À l’issue du conseil de gouvernement qui s’est réuni ce vendredi, Étienne Schneider (LSAP) et Carole Dieschbourg (Déi Gréng) donnaient, aimablement, un point presse improvisé au Wort et à Paperjam, intrigués par les divergences affichées les dernières semaines entre le ministre de l’Économie socialiste et la ministre de l’Environnement écologiste au sujet de l’implantation d’entreprises jugées polluantes au Luxembourg, à savoir: Knauf (à Sanem), un producteur de matériaux d’isolation à base de laine de roche, et Fage, producteur de yaourt (à Bettembourg).

Devant le ministère d’État, Étienne Schneider expliquait ce vendredi à Paperjam et au Luxemburger Wort que: «Dans les cas de Knauf et Fage, il s’agit de procédures qui sont en cours depuis plus de deux ans, donc avant le démarrage du processus Rifkin.» Carole Dieschbourg acquiesçait.

Dès à présent, c’est Rifkin

Si les dossiers Knauf et Fage remontent à deux ans, pourquoi Déi Gréng n’a-t-il pas exprimé son opposition plus tôt? «C’est exactement comme le dit Monsieur Schneider», répond Carole Dieschbourg: «Nous avons dès le départ averti que Knauf pourrait poser des problèmes au niveau de la qualité de l’air, notamment à cause des dioxydes de souffre.»

Étienne Schneider acquiesce à son tour en ajoutant: «Nous ne sommes pas allés chercher Knauf et Fage, mais quoi qu’il en soit, il y a le droit de l’établissement. Nous avons dit à Knauf que nous avons des conditions strictes et qu’ils devraient avoir les meilleures technologies en matière de filtres. S’ils ne remplissent pas ces conditions, ce n’est pas moi qui vais aller chercher des faveurs de la ministre de l’Environnement pour voir ce que l’on peut faire.»

Désormais, l’approche serait différente, explique Carole Dieschbourg: «Nous avons des objectifs de réduction des émissions dans le domaine de la qualité de l’air, et nous avons d’ailleurs adopté aujourd’hui le règlement pour améliorer la qualité de l’air jusqu’en 2030. Là, nous ne pourrons pas acheter des droits d’émissions comme c’est le cas pour les émissions de carbone. Nous sommes totalement d’accord sur le fait que nous avons une ‘guidance’ avec Rifkin pour qu’à l’avenir, nous ayons des entreprises qui correspondent à une économie moderne, digitale, durable au niveau des ressources et respectueuse de l’environnement.»

Et de conclure: «Il est clair que Knauf et Fage ne sont pas venus dans ce contexte stratégique, mais ce gouvernement a énormément travaillé pour que, désormais, cette stratégie soit appliquée.»

Moins de frontaliers

«Et il n’y a pas que l’approche Rifkin qui consiste à vérifier ce qui correspond à ce que nous voulons atteindre au niveau de l’environnement», ajoutait Étienne Schneider.

Le ministère de l’Économie aussi serait en train de mettre en place des paramètres qui permettraient de calculer «les bienfaits de l’implantation d’une entreprise sur le long terme et au niveau macroéconomique».

«Je vous donne comme exemple une entreprise qui créerait 100 emplois, dont 95 frontaliers rémunérés au salaire social minimum. Qu’est-ce que cette entreprise et ses salariés représentent encore en termes de recettes fiscales?» Selon Étienne Schneider, il y aurait aussi les dépenses sociales qui traverseraient la frontière et les pensions à payer une fois que ces salariés partent à la retraite.

Revoir la promotion économique

Réagissant au sujet de l’implantation de Fage au Luxembourg, François Bausch a, quant à lui, été très clair ce vendredi dans le Land: «Nous ne pouvons continuer à faire la promotion économique des dernières années et accepter toutes les entreprises qui veulent s’installer au Luxembourg», déclare le ministre du Développement durable et des Infrastructures. 

Et d’ajouter qu’«on a tout fait pour que Fage s’implante au Luxembourg. Alors que les PME ont du mal à trouver des terrains, on donne ici 15 hectares à une entreprise (des terrains appartenant à l’État, ndlr) qui n’entre même pas dans la stratégie de diversification que nous nous sommes donnée. Et tout ça pour une entreprise où travailleront au final très peu de gens issus du marché du travail luxembourgeois; les postes seront probablement occupés à cent pour cent par des frontaliers…»

Consensus national

Les réflexions au sujet de la croissance ne datent pas d’hier, et il y a plus d’un an déjà, des membres du gouvernement évoquaient des pistes pour réduire les effets négatifs de la croissance, comme les embouteillages.

En outre, le gouvernement envisage davantage de bureaux au bord de la frontière luxembourgeoise, afin que les frontaliers puissent travailler à distance ou d’autres en zone frontalière pour répartir l’impact de la circulation.

Le DP, le LSAP et Déi Gréng ne sont pas les seuls à être en faveur de cette croissance qualitative ou sélective: le plus grand parti au Parlement, et qui compte bien revenir aux manettes en octobre – le CSV –, partage cette approche. Sans surprise, le parti conservateur et identitaire, ADR, aussi.

Partant du sentiment – qui reste à vérifier – que la grande majorité des électeurs luxembourgeois vivraient assez mal les embouteillages, et partant de la perception d’un environnement de plus en plus détérioré, les partis, quelques mois avant les législatives, ne veulent pas froisser les électeurs.

Cette situation est néanmoins peut-être aussi le résultat de l’échec de l’aménagement du territoire pour qu’il puisse accueillir la croissance, pourtant nécessaire pour financer le niveau de vie élevé d’une majorité des résidents, ou encore l’échec de mieux répartir les sacrifices nécessaires, si l’on souhaitait réellement grandir de manière plus sélective.