POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Avis d'expert

COP21: il faudra dépasser cet accord décevant



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Les désordres géopolitiques liés au changement climatique vont accélérer les flux migratoires et amener «des conséquences graves, généralisées et irréversibles» pour la sécurité des États-Unis d’après les experts du Pentagone. (Photo: Oxfam / licence cc)

Si l’on en croit l’écrasante majorité de la presse internationale, l’accord qui a été signé le 12 décembre dernier est «historique», aussi bien par le fait qu’il ait impliqué autant de signataires que par l’ambitieux objectif annoncé de limiter le réchauffement climatique à seulement 1,5 degré.

195 pays ont signé l’accord en décembre 2015, dont la Chine et les États-Unis, ainsi que les pays connus comme étant les plus mauvais élèves en termes de réduction des gaz à effet de serre.

Hélas, l’étude du texte montre que si ce dernier peut bien être qualifié d’historique, c’est surtout par l’avalanche de poudre aux yeux que celui-ci a essaimé. Les observateurs attentifs des négociations comme George Monbiot du Guardian ou le climatologue James Hansen l’ont dit et répété: ce texte souffre de graves lacunes et ne met d’aucune mesure les moyens en œuvre pour résoudre ni à court ni à moyen terme le défi qui nous est posé par le changement climatique, qui relève non pas de «sauver la planète», mais bien d’y maintenir des conditions acceptables de vie pour l’espèce humaine pour le siècle à venir!

Rappelons avant tout que cet accord qui a été annoncé ici ou là comme contraignant ne l’est d’aucune façon: le négociateur américain John Kerry a bien affirmé et confirmé que les États-Unis refuseraient un texte contraignant et ses vœux ont largement été exaucés. L’objectif de limitation du réchauffement à 1,5 degré est également sujet à caution puisqu’il n’y a pas d’engagements chiffrés dans le texte. Les solutions alternatives sont également peu mises en avant: les énergies renouvelables sont signalées une fois, et l’industrie nucléaire comme la géo-ingénierie sont largement promues dans l’accord alors que la première a fait plusieurs fois preuve de son incapacité à proposer une production d’énergie propre et sûre, que la géo-ingénierie n’est pour l’instant que de la spéculation d’apprenti sorcier, sévèrement critiquée par des scientifiques dans un article publié par la revue Nature. 

Enfin, les aides promises aux pays dits en voie de développement pour leur permettre d’effectuer la transition énergétique sont réduites à peau de chagrin, sachant que les pays industrialisés ont régulièrement promis des aides financières qui n’ont jamais été concrétisées, alors que le montant de la dette climatique des pays industrialisés n’a jamais été aussi élevé.

Bref, nous avons là un accord qui certes «présente» beaucoup mieux que le fiasco de Copenhague il y a déjà six ans en termes de résultat, mais qui ne résout strictement rien sur le fond. Au moins à Copenhague, les personnes les moins informées sur le contenu et le résultat des négociations avaient pu mesurer le rapport de force entre les lobbies de tous les intérêts favorables à un statu quo (intérêts qui dépassent de très loin le secteur de l’industrie pétrolière), les gouvernements qui leur sont proches et les autres gouvernements directement menacés par le changement climatique et mouvements de la société civile plaidant pour une réduction drastique et coordonnée des émissions de gaz à effet de serre.

S’il ne faut donc rien attendre de concret des institutions internationales et donc de la COP22, qui se tiendra en novembre prochain au Maroc, il reste heureusement à espérer plus de mouvements issus de la société civile visant une transition non seulement écologiquement soutenable, mais aussi et surtout socialement équitable. Les exemples sont nombreux comme la campagne pour le désinvestissement dans les énergies fossiles, le mouvement des villes en transition, etc. Des initiatives à suivre d’autant plus que le prix bas des énergies fossiles est appelé à se maintenir, et contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces prix bas ne vont pas dans la direction d’une sortie de crise économique, mais plutôt dans son aggravation. Le 1er février prochain, notre association présentera à la Cinémathèque le film «This changes everything» basé sur le livre de Naomi Klein qui détaille le dynamisme de ces mouvements grassroots dans le monde entier et qui sera suivi d’une discussion avec Norry Schneider du CELL, mais également de Transition Minett sur comment les mouvements citoyens peuvent agir pour proposer une transition énergique, écologique et sociale au Luxembourg.