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Concurrence ravivée



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La portabilité mobile est désormais une réalité, ce qui ne va pas manquer d'animer davantage le marché. Chacun y va de ses petites (ou grandes) nouveautés...

La portabilité des numéros de téléphones mobiles est enfin entrée en vigueur, le 1er février dernier, avec un an et demi de retard par rapport à ce que prévoyait la directive européenne sur les services universels. En principe, la portabilité ne prend qu'une seule journée mais peut, selon le site des P&T, aller jusqu'à 60 jours maximum. Tous les opérateurs et fournisseurs mobiles dirigent les internautes, en quête d'informations, vers le site www.telcom.lu, encore assez rudimentaire puisqu'il ne propose qu'une vingtaine de FAQ sur le sujet. Contrairement à ce qui a été annoncé, il n'est, par ailleurs, pas encore possible de vérifier via ce site à quel prestataire de services appartient un numéro de GSM. Il faudra, dans un premier temps, se contenter des helplines des différents providers.

Depuis moins d'un mois donc, un client mobile peut transférer son numéro ainsi que sa messagerie vocale vers un nouveau prestataire de son choix. D'après nos informations, en l'espace de deux semaines, un millier de numéros, environ, a été porté. "C'est relativement peu, reconnaît Yves Gordet (CMD et président du GIE Telcom), mais il est encore un peu tôt pour faire une analyse détaillée du phénomène".

En grande majorité, les portages ont été effectués vers le dernier opérateur entré sur le marché, Voxmobile et principalement aux dépens de Tango.

Des chiffres qui ne sont pas encore vraiment significatifs, donc, et qu'il convient de considérer avec précaution. "Au total, les 15 premiers jours du mois de février représentent la meilleure quinzaine de ces 3 dernières années pour Tango avec une acquisition de plus de 2.000 clients nets", précise M. Zivoder.

"Il n'y a pas encore eu de portages en nombre de la part des sociétés, tient à préciser, pour sa part, Chris Maes (Mobilux). Les portages actuels ne concernent pour ainsi dire que des particuliers en quête de l'une ou l'autre promotion ponctuelle".

De quoi relancer, en tous les cas, la guerre des prix et autres promotions entre les différents opérateurs et fournisseurs. Mobilux offre, par exemple, à tout nouveau client porté de lui rembourser sa facture de janvier, en crédit d'appels, moyennant la souscription d'un abonnement ou forfait d'une durée de 12 mois.

Du côté de Tango, on voit la portabilité comme une opportunité plutôt qu'une menace et l'opérateur n'a pas attendu le 1er février pour fourbir ses armes, avec des services comme le Web Billing, permettant de consulter en ligne ses trois dernières factures; ou les offres Tango Family - 60% de réduction sur les appels effectués entre les abonnés d'une même famille - et Tango Max - un GSM avec un crédit d'appel offert et des communications vers un abonné Tango à 0 euro, à la souscription un abonnement de 24 mois à 19 euros par mois. Le grand défi pour les différents prestataires sera de fidéliser anciens et nouveaux clients.

Alex Zivoder, le directeur général de Tango, avoue que l'arrivée sur le marché d'un troisième opérateur, Voxmobile, qui a perturbé la vie tranquille des deux autres opérateurs, a précipité quelque peu le lancement de ces différentes offres. Il n'a pas manqué de saisir l'occasion pour se féliciter de faire plus et d'obtenir de meilleurs résultats avec 45 personnes que ne le faisait, avant son arrivée, l'ancienne équipe de 70 personnes, dont une bonne moitié est partie chez Voxmobile...

"On s'attendait à une année 2004 plate et elle aura été la meilleure année de Tango depuis son existence, tant du côté du nombre de clients, des revenus que du trafic", s'est réjoui M. Zivoder sans pour autant vouloir lâcher aucun chiffre.

UMTS: toujours l'attente

Offrir de meilleurs prix, enrichir le contenu de Tangolive, portail lancé l'an dernier pour les terminaux UMTS et GPRS, négocier le virage de la portabilité, et populariser l'UMTS, commercialisé en juillet dernier, constituent les défis qu'entend relever Tango cette année.

Le problème que rencontre encore actuellement l'UMTS est le peu de téléphones portables compatibles. "Le manque de terminaux nous empêche d'avancer, ce qui est un problème, car nous y avons déjà engagé beaucoup d'argent", à savoir pas moins de 10 millions d'euros, indique le directeur général. Une situation qui devrait s'améliorer avec l'arrivée de nouveaux téléphones.

M. Zivoder prédit que "la voix restera, pendant quelques temps encore, le revenu le plus important des opérateurs. Avant d'arriver à un mixte voix/data, il faudra encore attendre quelques années". S'il estime que le marché mobile luxembourgeois est assez concurrentiel, du côté de la téléphonie fixe et haut débit, en revanche, M. Zivoder est d'avis que les réflexions émises par le Professeur Fontagné, dans son rapport sur la compétitivité du pays et ses perspectives d'avenir (il y affirme que l'importance de l'opérateur dominant des télécoms était un frein décisif à la diffusion des TIC), sont justifiées. D'ailleurs, Tele2 travaille sur un dossier en vue de la construction éventuelle d'un réseau ADSL au Grand-Duché. Même si le groupe a les moyens, il aborde le problème de la même manière qu'un opérateur de taille plus modeste car il ignore s'il y aura une clientèle suffisante pour justifier cet investissement.

Du côté de Voxmobile, la portabilité est, évidemment, une aubaine. Le tout nouvel opérateur, connecté depuis mai 2004, n'a jamais caché qu'il misait énormément sur cette facilité technique pour soutenir son développement. Il lui aura donc fallu attendre un peu plus de huit mois pour pouvoir en bénéficier, ce qui ne l'a pas empêché, entre temps, de faire son trou. Au 15 février dernier, 71.900 clients étaient recensés, dont 61.400 actifs, c'est à dire ayant reçu ou donné un appel au cours des trois derniers mois. Parmi les quelque 10.000 personnes qui ont signé un contrat d'abonnement (lequel était gratuit pour les 30.000 premiers à y avoir souscrit), mais n'ont pas encore activé leur compte, on peut supposer qu'il y en a un bon nombre qui attendait la mise en oeuvre de la portabilité.

Du côté de l'offre commerciale en vue d'attirer les abonnés 021 et 091, Voxmobile propose, pour les 5.000 premiers clients à porter leur numéro vers le 061, un crédit de 50 euros à utiliser comme crédit d'appel ou comme réduction pour l'achat d'un nouveau téléphone mobile.

Voxmobile se fixe

En un peu plus de huit mois, quelle part de marché le troisième opérateur mobile du Luxembourg a-t-il pu prendre? A défaut d'avoir des données tangibles sur lesquelles il serait possible de se baser, Jean-Claude Bintz, l'un des directeurs de Voxmobile, s'est livré à un petit exercice arithmétique sur la base des informations fournies à la fois par le nombre d'abonnés, le trafic mesuré et les statistiques tirées de l'initiative commune aux trois opérateurs dans l'opération "SMS pour l'Asie" lancée en fin d'année dernière. "En restant conservateurs, on estime que la part de marché des P&T est de 50%, celle de Tango de 35% et la nôtre de 15%. Il y a un an, le rapport entre P&T et Tango était d'environ 53/47", explique-t-il, affichant, forcément, une certaine satisfaction au vu de ces chiffres - aussi informels soient-ils - alors que des opérateurs comme Base (en Belgique) ou Bouygues Télécom (en France) n'ont atteint ce niveau qu'après plusieurs années.

Dans son business plan établi il y a un an, Vox tablait sur 36.700 clients au 31 décembre dernier, pour un chiffre d'affaires de 8 millions d'euros, et une part de marché de 20% à l'horizon 2010. Autant dire que l'opérateur est, actuellement, en avance sur son tableau de marche. "Nous sommes effectivement étonnés d'avoir acquis aussi vite une telle part de marché, commente Pascal Koster, l'autre directeur de Voxmobile. Cela prouve que le pays avait besoin de trois opérateurs mobiles. Du reste, la situation était vraiment unique avec seulement deux acteurs".

Si pour Voxmobile, le monde reste mobile, quoi qu'il advienne, l'opérateur ne présentait pas, jusqu'à présent, un profil de prestataire "complet". C'est désormais le cas, avec le lancement de Voxline, un service de téléphonie fixe proposant des communications nationales à partir de 1,43 cent d'euro la minute, internationales à partir de 8 cents d'euros et vers les mobiles à partir de 15,5 cents. L'accès à Internet sera également possible via Voxline dial-up à partir de 0,85 cent d'euro la minute. "Nous avons l'offre la moins chère du marché", annonce d'emblée Jean-Claude Bintz, qui a précisé que quelque 28.000 foyers étaient actuellement des clients Vox et, donc, potentiellement visés par cette offre fixe. Une offre ADSL est également en préparation, avec l'appui technique d'autres opérateurs, comme les P&T ou Cegecom.

Autre nouveauté présentée en février, et résolument orientée vers une clientèle business: le service Mobile Office, qui permet d'accéder, via son terminal mobile Symbian ou Microsoft Pocket PC, aux mails reçus, en parallèle, sur le serveur mail "classique", sans devoir se connecter via un quelconque protocole POP3. Un service mis au point en partenariat avec Siemens Business Services et Primesphere.

En matière de transfert de données, enfin, Voxmobile a également annoncé la signature d'un partenariat avec les Belges d'Option, l'acteur référence en matière de cartes wireless, pour l'utilisation de cartes "data" UMTS-GPRS-WLAN/Wi-Fi. "Notre petite taille et notre réactivité nous ont permis de décrocher ce partenariat là où d'autres grands opérateurs n'y sont pas forcément parvenus", a précisé Jean-Claude Bintz.

Une petite taille, certes, mais qui grandit à vue d'oeil...