ENTREPRISES & STRATÉGIES

Une nouvelle façon de penser l’économie

Collaboration rime avec évolution



2,5 ha de terrains à disposition de quelque 200 membres clients: la coopérative agro-écologique Terra maîtrise le principe d’économie collaborative pour le bénéfice de tous, à la fois consommateurs et producteurs. (Photo: Sven Becker/Archives)

2,5 ha de terrains à disposition de quelque 200 membres clients: la coopérative agro-écologique Terra maîtrise le principe d’économie collaborative pour le bénéfice de tous, à la fois consommateurs et producteurs. (Photo: Sven Becker/Archives)

Les initiatives faisant appel aux principes de l’économie collaborative se multiplient. Au Luxembourg peut-être plus qu’ailleurs, l’étroitesse physique du marché favorise
la mise en commun de plateformes de partage et d’échange de biens et de services.

L’économie circulaire peut se décliner sous de multiples facettes, la finalité étant de (ré)inventer des modèles susceptibles d’assurer une utilisation optimisée des ressources, qu’elles soient matérielles ou humaines. Matériaux bio-sourcés, produits en tant que services, recyclage et revalorisation, réparation ou refabrication… les axes sont multiples.

L’économie collaborative est également un des enfants engendrés par les principes de l’économie circulaire. Ou comment être plus efficace à plusieurs que seul. Elle nécessite pour cela de nouvelles façons de penser l’organisation du travail et des échanges, la mutualisation des biens, des espaces et des savoirs et une organisation humaine qui privilégie les réseaux et les communautés.

Le site Écoparc de Windhof demeure un pionnier en la matière. Dans cette zone d’activité commerciale un peu moribonde à l’ouest de la capitale, un véritable «site pilote» s’est développé, porté par Progroup qui a réuni autour de lui une demi-douzaine de sociétés pour faire vivre différemment le site, en créant une dynamique d’entraide entre tous ces acteurs, au-delà des éventuels éléments de concurrence. «J’ai eu un jour besoin d’un chariot élévateur et je suis allé sonner à la porte du voisin qui m’en a mis un à disposition. La fois suivante, c’est lui que nous avons pu aider en retour», explique Frederik Demecheleer, chef de projet Écoparc chez Progroup. «C’est une des forces de ce système.»

L’autre, et non des moindres, est d’avoir plus de poids auprès des autorités communales, en leur proposant des solutions pour résoudre des problématiques précises. «Jusqu’à il y a peu, il n’y avait qu’une seule entrée/sortie sur la zone d’activité. Nous avons été suffisamment convaincants auprès de la commune pour leur faire comprendre l’intérêt d’aménager un autre accès. Sans faire du lobbying agressif, mais simplement en argumentant et en apportant nous-mêmes des éléments de réponse.»

Économiquement parlant, l’achat groupé d’énergie permet par ailleurs des économies substantielles entre 30 et 35% sur la facture finale. Un facteur qui est loin d’être négligeable. «Aujourd’hui, ce modèle inspire et nous souhaitons accompagner et aider d’autres zones d’activités similaires à développer un tel écosystème.»

Les entreprises ne sont pas les seules concernées par le principe d’économie collaborative. Au Kirchberg, le projet Quartier Stuff, initié par le Fonds Kirchberg, avait défrayé la chronique en 2014 et été reconnu comme «best practice» en la matière. Il s’agissait d’intégrer la population directement dans les réflexions permettant l’amélioration de la vie du quartier. Après avoir piloté cette expérience, Giny Laroche a prolongé l’expérience en créant, en début d’année, The Impact Lab, entreprise spécialisée dans le développement et l’implémentation de processus de participation et de stratégies d’innovations collaboratives. «Mettre seulement des experts autour d’une table ne suffit plus», explique Mme Laroche. «On se rend compte qu’intégrer des enfants, des designers, des psychologues, des juristes, etc. donne à n’importe quel projet une tout autre dimension.»

The Impact Lab, en tant que laboratoire d’innovation sociale, développe des méthodologies permettant de mettre en place des processus de mise en œuvre de solutions impliquant un maximum de monde à un maximum de niveaux, dans une approche très bottom-up. «Nous sommes un peu des révélateurs de talents et nous plaçons l’humain au cœur des processus», explique Mme Laroche. «Mais il ne s’agit pas de s’arrêter à l’aspect consultatif. Il faut ensuite donner de la légitimité aux différents intervenants. Il est fascinant de voir de quoi sont capables les individus lorsqu’on les sort de leur environnement quotidien. Le capital social est largement inexploité: tout un chacun a un potentiel incroyable. Il suffit de bien l’outiller.»

En termes d’outils, les animateurs du centre coopératif agro-écologique Terra (acronyme de Transition and Education for a Resilient and Regenerative Agriculture) n’en manquent pas, pour faire pousser fruits et légumes sur quelque 2,5 hectares de terrains à Eicherfeld, en périphérie de Luxembourg-ville. Aujourd’hui, près de 200 membres, plutôt que de payer un prix fixe par kilo, paient pour le service de l’agriculture à l’avance. «Cela permet au producteur de planifier à l’avance et de minimiser le gaspillage de la production», explique Marko Anyfandakis, un des concepteurs du projet, ravi de constater que le principe commence à faire des émules: Terra est ainsi consulté pour accompagner la création d’initiatives similaires à d’autres endroits du pays.