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WOMAN BUSINESS MANAGER OF THE YEAR AWARD

Christiane Wickler, l’essence des affaires



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L'auteur du développement exceptionnel des Pall Center est la lauréate 2007 de la 2e édition du prix, organisé par Dexia BIL en collaboration avec PricewaterhouseCoopers et paperJam.

Le verdict rendu par le jury, jeudi 13 décembre, a consacré Christiane Wickler, finalement préférée, à la quasi-unanimité, à Berty Hoffmann-Berns (Maison pour étudiants et stagiaires) et Laurence Ponchaut (ArcelorMittal - voir paperJam décembre 2007, pages 56 et suivantes). Le trophée lui a été remis au siège de Dexia-BIL par Frank Wagener, président du Comité de direction, en présence du ministre de l’Economie et du Commerce extérieur, Jeannot Krecké.

L’occasion de revenir sur l'étonnant développement du groupe Pall Center, dont M. Wickler est l'administrateur délégué et la directrice. Cette maman de quatre enfants, à l’énergie débordante et au sourire aussi franc et amical que la poignée de main, aime à se présenter comme «une épicière du Nord» et revendique son esprit artisanal.

Tout a commencé en 1982, avec l’ouverture d'une pompe à essence à Oberpallen. Petit à petit, elle s'agrandit pour devenir le premier supermarché Pall Center, avec magasins de vêtements, fleurs, produits bio, restaurants,… Le personnel suit la courbe de croissance, passant de dix salariés en 1982 à 100 dix ans plus atrd, pour atteindre le nombre de 160 environ aujourd'hui.

Pall Center connut par la suite une expansion rapide, avec trois autres centres ouverts à Pommerloch (en 1992), Steinsel (1995) et Echternach (2004). Bien que constituant la part la plus importante de l’activité de Mme Wickler, Pall Center n'est pas le seul type de commerce qu'elle a développé.

Devinant l'essor économique qui découlerait de l'ouverture de l’E411, elle ouvre au début des années 90, le «Truck-Center», à Habay-la-Neuve, à la fois complexe hôtelier, station-service et station de lavage. En 1995, elle rachète la Société «Tounet» d'Arlon, une entreprise de blanchisserie industrielle et de nettoyage à sec, employant 40 personnes.

Pour marquer le changement de millénaire, elle ouvre une nouvelle galerie marchande et un nouveau restaurant, le «Metropallitain» à Oberpallen. En 2005, elle inaugure «Blue's» dans la Grand-Rue d'Arlon, premier magasin d'une série d'enseignes lancées en 2006 dans cette ville, signe de l'implication de l'entreprise dans le commerce transfrontalier.  Enfin, en 2007, elle rachète deux bâtiments (à Arlon et à Oberpallen), destinés à accroître la surface commerciale du groupe.

«Le site d'Arlon, fort grand, va nous permettre de donner à des artistes de la région une plate-forme pour exposer leurs œuvres et rayonner de la sorte vers l'extérieur», expliquait-elle récemment dans une édition spéciale du PallStreet Journal, le journal de l'entreprise. La preuve que le business n'est pas incompatible avec la richesse culturelle, nouvel axe stratégique du groupe.

Une entreprise responsable

Ainsi, de patronne de station essence, Mme Wickler est devenue, en 25 ans, directrice d'un groupe commercial comptant aujourd'hui dix implantations, employant 300 salariés et réalisant un chiffre d'affaires de plusieurs dizaines de millions d'euros. Et puisque «ne pas avancer, c'est reculer», elle projette, pour début 2008, d'installer de nouvelles pompes à essence au Habay Truck-Center, afin de lui donner une carrure internationale. Elle envisage aussi d'étendre une nouvelle fois la surface commerciale à Oberpallen, dont le rayonnement régional et transfrontalier lui permet aujourd'hui de trouver sa place sur l'échiquier de la grande distribution.

Une telle réussite est le fruit d'une certaine vision du business, basée sur trois axes majeurs: la stratégie, le capital humain (un personnel fidélisé et motivé) et le développement durable (à travers d'importantes installations photovoltaïques et la gestion sélective des déchets). De même, le fait d'être un acteur commercial au niveau de la Grande Région, tout en ayant un esprit visionnaire, permet au groupe d’aller de l'avant. Enfin, parce que Mme Wickler souhaite être à la tête d'une entreprise «responsable», elle multiplie les actions caritatives.

Une business woman, donc, qui n'oublie néanmoins jamais l'importance de la dimension humaine et sociale dans son entreprise. C’est d’ailleurs cet engagement et la proximité très grande avec son personnel qui a convaincu le jury qu’elle était la «Woman Business Manager of the Year» 2007.

Sa victoire au concours lui permet d'ailleurs d'abonder dans ce sens, puisqu'elle a l'intention d'affecter la totalité de la somme gagnée, 10.000 euros, à son personnel, via un projet social. «Avec ce prix, je vais officialiser un fonds qui existe déjà de manière informelle dans ma société et mettre en place un jury féminin pour veiller à l’affectation des aides. Elles sont destinées à soutenir les femmes isolées, pour donner à leurs enfants des coups de pouce dans leurs projets de formation», a-t-elle précisé à l’issue de la cérémonie.

Son leitmotiv: lutter, à son échelle, contre l’inégalité des chances et permettre à ces enfants d’aborder leur parcours scolaire et professionnel dans les meilleures conditions possible. «Qu’un enfant veuille devenir boucher, avocat ou infirmière, peu importe! Ce qui compte, ce qu’il puisse se réaliser et ne pas subir d’entrave financière du fait de son origine sociale», souligne Mme Wickler.

Particulièrement séduit par ce projet, le ministre Jeannot Krecké a également salué la vision entrepreneuriale de la lauréate, ainsi que la «qualité du podium» présent à l’occasion de la remise de ce deuxième «Woman Business Manager of the Year Award». «Au Luxembourg, le taux d’emploi des femmes est encore très loin derrière celui d’autres pays européens et seulement 18% des chefs d’entreprise sont des femmes. Or, c’est là que réside le plus grand potentiel encore disponible pour notre économie… Il faudrait agir à ce niveau, au lieu d’aller chercher des talents toujours plus loin», a-t-il souligné, avant d’indiquer qu’il allait sérieusement réfléchir à l’idée d’axer l’année prochaine la campagne «Trau Dech», (orchestrée par son ministère et visant à développer l’esprit d’entreprise chez les jeunes) sur les femmes.