POLITIQUE & INSTITUTIONS

Flavien Tulliez

Ce Français qui a défendu le Luxembourg



En défendant le Luxembourg, Flavien Tulliez a suscité bon nombre de réactions. (Photo: DR)

En défendant le Luxembourg, Flavien Tulliez a suscité bon nombre de réactions. (Photo: DR)

L’auteur de la tribune publiée sur Contrepoints revient pour la première fois sur les nombreuses réactions qui ont suivi la parution de sa réponse à l’article de Marianne «Sortons le délinquant luxembourgeois de l’Europe».

La presse française n’a pas accordé de répit au Luxembourg durant les fêtes. Le premier média à tirer fut Marianne. Un jeune résident luxembourgeois d’origine française, Flavien Tulliez (CV en bas de l'interview), a contre-attaqué via une tribune publiée sur le média libéral, Contrepoints. L’intéressé, insistant sur le caractère privé de son initiative, revient sur les nombreuses réactions que cette publication a engendrées.

Votre prise de position n’est pas passée inaperçue sur le net. Elle fut largement partagée et commentée sur les réseaux sociaux. Comment l’expliquez-vous?

«J’aimerais d’abord souligner que je me suis exprimé et m’exprime aujourd’hui à titre personnel. Ainsi, en tant que résident luxembourgeois de nationalité française, je regrette profondément que l’on écrive toujours les mêmes choses – de surcroît erronées - sur le Luxembourg. Il est assez irritant d’entendre autant de gens en France se plaindre de montages fiscaux que la France a pourtant validés en signant les conventions fiscales, elles-mêmes conformes aux normes de l’OCDE (l'Organisation de coopération et de développement économique promeut le libéralisme économique et notamment l’échange d’informations fiscales, ndlr). J’imagine que les personnes qui ont partagé l’article pensent comme moi.

Même si vous répondiez d’abord, dans votre tribune, à un journaliste de Marianne, une publication notoirement de gauche, qui prenait pour référence un rapport de l’OCDE épinglant le Luxembourg, vous semblez également vous adresser à une partie de la population française.

«Tout à fait, car je pense que la France est elle-même loin d’être exemplaire en matière de coopération fiscale. Cela n’est pas indiqué dans le rapport de l’OCDE dont nous parlons, mais d’autres publications montrent que l’administration fiscale française n’est pas toujours prompte à communiquer des informations aux autres États. La France n’est d’ailleurs pas irréprochable non plus lorsqu’il s’agit de sa propre politique fiscale. À vrai dire, plus personne ne s’y retrouve. Si vous souhaitiez résumer une imposition de plus value dans un flow chart, il vous faudrait à peu près 29 cases pour s’y retrouver. Clairement, le gouvernement français – y compris le précédent, car ce n’est pas une histoire de couleur politique – est un peu sur des charbons ardents. Il y a un déficit qui dérape, des finances dans un état déplorable, une dette qui explose, et plutôt que de faire des réformes difficiles à faire passer au niveau de l’électorat, il est plus facile de désigner des coupables. L’Allemagne avec ses excédents commerciaux. La Chine pour les mêmes raisons. Puis, le Luxembourg qui n’a comme seul tort que d’avoir une fiscalité plus modérée.

Ce sont juste des faux débats. On détourne l’attention des gens les vrais problèmes. À savoir l’impossibilité de se réformer depuis 40 ans sur des sujets primordiaux comme les retraites ou le poids des dépenses publiques…

On ne peut cependant pas écarter une certaine opacité pour ce qui touche aux données concernant les entreprises résidant au Luxembourg…

«Mais c’est en train de changer. Le secret bancaire tombe. Or, l’OCDE semble se plaindre de ce que des données bancaires, concernant les résidents luxembourgeois, ne peuvent être communiquées à l’administration française. La Constitution du Grand-Duché protège en fait explicitement le secret bancaire et cela ne sera pas remis en cause pour les résidents même après 2015. De toute façon, en Union européenne, clairement, nous payons nos impôts là où nous percevons 90% de nos revenus ou plus. Cela relève du droit européen. Que je sache, rien n’a été signé à l’échelle internationale pour que le Luxembourg soit contraint à communiquer certaines données. Pourquoi alors s’en plaindre s’il n’existe pas d’accord contraignant…

De quelles natures ont ainsi été les retours?

«Les e-mails que j’ai reçus en provenance du Luxembourg se sont avérés très positifs. Les gens étaient contents que je prenne position contre Marianne. Pour moi il y a une campagne contre le Luxembourg dans la presse française et allemande, les professionnels de la place financière, mais d’autres encore en ont assez que l’on ressorte les mêmes lieux communs infondés sur le Grand Duché. Académiques, médecins ou encore universitaires se sont montrés satisfaits que l’on redore un peu le blason du Luxembourg.

Les réactions ont été un peu moins positives lorsqu’elles venaient de la France. Et, pour tout vous dire, je n’ai reçu que peu de messages argumentés de ce côté. Si certains ont quand même souligné l’opacité des informations financières concernant les entreprises ou d'autres la présence de boîtes aux lettres, j’apprécie moins quand on prétend s’offusquer du manque de substance d’Amazon. Je vois le siège depuis mon domicile. Plusieurs centaines de personnes y travaillent. Des offres d’emploi émanent très régulièrement de cette société qui est finalement très loin d’être une coquille vide.»

Parcours

Flavien est un jeune auditeur (23 ans). Il exerce depuis octobre 2013 au cabinet PwC. Il avait auparavant effectué des stages chez KPMG et à la Banque de France. Il est diplômé de l’École de Management de Strasbourg, ainsi que de l’IEP de la même ville.