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Cargolux: Marc Hoffmann s’explique



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Marc Hoffmann affirme que la décision a été prise «d'un commun accord entre le conseil d’administration et M. Ogiermann». (Photo: Etienne Delorme/archives)

Le président du conseil d’administration de la compagnie de fret revient sur le départ d’Ulrich Ogiermann et sur les circonstances des «lourdes» peines infligées aux Etats-Unis et en Europe.

Le conseil d’administration de Cargolux a décidé, ce 11 novembre, de nommer Frank Reimen CEO et président du comité exécutif de Cargolux à partir du 1er janvier prochain. M. Ogiermann, lui, reste bien dans la société et sera nommé special adviser. «Il n’est pas limogé», souligne d’emblée Marc Hoffmann, président du conseil d’administration de la seule compagnie aérienne européenne «tout cargo».

Pour mémoire, ce chambardement à la tête de Cargolux intervient dans la foulée de deux affaires. D’abord, l’inculpation, fin octobre aux Etats-Unis, de MM. Ogiermann et Robert Van de Weg (vice-président Sales & Marketing) pour entente sur les prix avec d’autres compagnies aériennes. Et avec une amende de 119 millions de dollars infligée par les autorités américaines anti-trust.

Tandis qu’une seconde très mauvaise nouvelle tombait en début de semaine: une amende de 79,9 millions d’euros, imposée cette fois par la Commission européenne, là aussi pour cause d’entente sur les prix.

Crise économique

Le tout alors que Cargolux – comme toutes les compagnies de fret aérien - subit de plein fouet la crise économique, avec une forte chute des volumes transportés, qui a valu à l’entreprise d'enregistrer des pertes lors de ces trois derniers exercices. Le deficit 2009 s’élevait ainsi à 153 millions de dollars.

Marc Hoffmann affirme que la décision a été prise «d'un commun accord entre le conseil d’administration et M. Ogiermann». «Il était en effet impossible à M. Ogiermann d’assurer à la fois une défense correcte aux Etats-Unis et la gestion journalière de la société. C’est donc pour lui permettre de préparer adéquatement sa défense que cette décision a été prise.»

Reste que, malgré tout, plusieurs observateurs considèrent qu’il s’agit là d’une sanction à la fois pour ces infractions présumées et pour la situation difficile de la compagnie. Tout en notant toutefois que Ulrich Ogiermann «n’a effectivement pas été prié de quitter la société, ce qui est un signe favorable pour lui, mais il faut voir ce qui arrivera en cas de condamnation aux USA».

Robert Van de Weg, quant à lui, reste en place. «Parce que le conseil a estimé qu’il n’a qu’une responsabilité opérationnelle et que la question se posait donc en termes très différents», précise Marc Hoffmann.

David Arendt, CEO par interim

Ce dernier relève que l’amende de la Commission européenne «ne concerne pas M. Ogiermann, mais la société». David Arendt – nommé CEO par interim – souligne que, «maintenant, le défi pour Cargolux, si nous acceptons la décision de la Commission, sera de payer l’amende, car nous n’avons en ce moment pas cette somme, les provisions étant une écriture comptable». M. Arendt note au passage que Cargolux n’a toujours reçu aucune notification officielle de la Commission européenne, «juste le montant de l’amende». «Lorsque nous recevrons la notification officielle, nous disposerons d’un délai de 40 jours pour décider si nous ferons appel ou pas.»

Par rapport à la sanction américaine, au montant sensiblement identique, «c’est une peine très, très lourde». «Surtout, bien sûr, si on l’additionne avec ce que nous devons payer par ailleurs.»

Comment Cargolux va-t-elle affronter le double défi qui est à la fois de remonter la pente dans le contexte de crise et de pouvoir assumer le paiement des amendes? «Nous espérons que, tant dans le cas où nous accepterions la sanction européenne que dans celui où nous la refuserions, nous pourrons disposer d’un étalement sur six ans du paiement, comme cela nous a été accordé aux Etats-Unis. Cela nous aiderait au niveau de notre cash-flow.»

Boeing 747-F

Avec l’arrivée prochaine du nouveau Boeing 747-F – un avion américain qui, ironie du sort, n’a pu être mis en fabrication que grâce à la commande de Cargolux, compagnie de lancement – Marc Hoffman concède que «les défis sont multiples». «Mais nous avons maintenant une équipe très forte et très soudée, une équipe de gestion qui donnera à Cargolux tous les outils pour bien aborder ces défis.»

Le président du conseil d’administration se refuse par ailleurs à toute estimation sur les résultats 2010. Mais David Arendt indique toutefois qu’ils seront «plutôt bons».

Enfin, une autre ironie du sort n’est-elle pas que l’amende infligée par la Commission européenne (et qui concerne aussi d’autres compagnies, rappelons-le) provient du fait que l’allemande Lufthansa est «passée à table», s’évitant ainsi elle-même une lourde pénalité, et ce alors même que Lufthansa est actionnaire de Luxair, elle-même actionnaire de Cargolux?  «Vous pouvez qualifier cela comme ça, sans autre commentaire», répond Marc Hoffmann. Tandis que d’autres, parlant sous couvert d’anonymat, indiquent amèrement: «on ne les porte pas dans notre coeur».