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Blockchain, l’antivol ultime?



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Chaque écriture dans la chaîne est cryptée et l’ensemble du registre rendu inviolable grâce au partage des informations par l’ensemble des utilisateurs. (Photo: Fotolia / Sashkin)

Une bonne technologie ne suffit pas à trouver les bons usages. C’est un peu le problème de la blockchain: tous les projets ne s’y prêtent pas et les entreprises sous-estiment souvent les difficultés de mise en place liées aux aspects juridiques et à la gouvernance de la blockchain.

Technologiquement, la blockchain est une révolution majeure. Elle permet de stocker des informations avec tout l’historique des échanges et de garantir l’unicité de cette base de données. Chaque écriture dans la chaîne est cryptée et l’ensemble du registre rendu inviolable grâce au partage des informations par l’ensemble des utilisateurs.

Ce procédé est à la fois sécurisé et transparent. Pour l’expert et auteur d’ouvrages sur le sujet, Laurent Leloup, «la blockchain est avant tout une révolution de la confiance», celle-ci ne reposant plus sur un organe central de contrôle, comme les banques, mais sur les utilisateurs eux-mêmes.

Sécuriser les transactions et authentifier les produits 

La première application connue de blockchain concerne la sécurisation des échanges réalisés avec la monnaie virtuelle Bitcoin. Mais la technologie ne se cantonne pas aux transactions financières. Elle peut aussi servir à générer et transmettre des certificats d’authenticité numériques infalsifiables de produits de luxe (lire notre interview du cofondateur d’Arianee). Un autre projet récent, Ositrade, intègre la blockchain à une place de marché dédiée aux produits agricoles.

«Nous mettons les producteurs de grains et les acheteurs en relation directe. Auparavant, cela se faisait à l’oral ou via des intermédiaires. Avec notre solution, les professionnels peuvent visualiser l’ensemble des offres et des ordres d’achat, les accepter ou les négocier, puis les exécuter de manière sécurisée et traçable», explique Philippe Lehrmann, CEO d’Ositrade. La technologie blockchain permet en outre de rattacher à la transaction tous les papiers afférents (le contrat signé électroniquement, le certificat de qualité, le transport logistique, la traçabilité du produit). Inaugurée en France, la place de marché devrait peu à peu être étendue au reste de l’Union européenne. 

La blockchain impose une gouvernance clairement assumée 

Le plus compliqué n’est pas tant de mettre en œuvre la technologie que de régler les questions de gouvernance de la blockchain. «Nous devons savoir qui décide. La blockchain assure à la fois une confidentialité des échanges, grâce à la cryptographie, et une transparence, grâce à la décentralisation, mais à quel moment exige-t-on de vérifier le contenu de la chaîne? Qui acte de la nécessité de divulguer une transaction, par exemple? Ce sont toutes ces règles que nous devons édicter en amont, au travers d’un consortium. Et cela prend du temps», confirme Philippe Lehrmann.

Une analyse partagée par Benoît Chenon, membre du groupe de travail sur la blockchain à la Fédération des tiers de confiance, en France, (FNTC): «On dit que la blockchain supprime les tiers de confiance, mais il faut toujours un intermédiaire pour encadrer ce qui se passe entre le monde réel et la chaîne. Il est nécessaire notamment de créer des process organisationnels pour s’entendre sur le ‘qui écrit dans la chaîne et comment l’identifier’».

Attention aux coûts de mise en place de la blockchain

Une autre problématique touche aux questions juridiques. Stéphan Alamowitch, avocat chez UGGC Avocats, connaît bien le sujet: «La blockchain pose des questions de droit international très compliquées. Quel est le droit applicable à la certification mise en œuvre par la blockchain, décentralisée et multinationale par nature? C’est pratiquement insoluble! Si la certification est défectueuse ou erronée, où et vers qui se retourner, selon quel régime de responsabilité?», interroge-t-il.

Selon l’avocat, l’intérêt de cette technologie réside davantage dans la traçabilité de la chaîne de propriété que dans la sécurisation des contrats. Chez Aucoffre.com, une place de marché de métaux précieux, on explique se bagarrer aussi avec les enjeux juridiques. «Verrouiller qui fait quoi, apporter une réponse légale en cas d’altération de la chaîne, partager la gouvernance avec l’ensemble des utilisateurs… tout cela est complexe et coûte cher. Cela représente un tiers du budget de déploiement d’une blockchain», précise Jean-François Faure, président de l’entreprise.

Nous faisons de la culturation sur le sujet. On explique l’esprit de cette technologie, qui repose sur la décentralisation.

Jérémy Harroch, PDG de Quantmetry

Voilà pourquoi on entend beaucoup parler de projets de blockchain, mais que si peu ont réellement émergé! «En deçà d’un minimum de produits et d’utilisateurs, un projet blockchain reste un simple PowerPoint, voire une fumisterie!», s’amuse Jérémy Harroch, PDG de Quantmetry, un cabinet de conseil spécialisé dans la data. Il met régulièrement les entreprises en garde: «Nous faisons de la culturation sur le sujet. On explique l’esprit de cette technologie, qui repose sur la décentralisation. On s’assure que nos clients ont compris le principe et sont au clair sur leurs motivations. Notre rôle, c’est d’éviter les ‘faux projets blockchain’ qui tombent inexorablement à l’eau.»