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Biodiversité: un appel aux distributeurs



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Claude Turmes: «Il est de notre devoir d’appuyer politiquement et financièrement les mouvements démocratiques ukrainiens.» (photo: consilium europa / archives)

Chaque vendredi, paperJam.lu propose le regard d’un eurodéputé luxembourgeois sur l’actualité. Claude Turmes (Déi Gréng – Groupe Les Verts) exorte les pouvoirs publics à prendre en compte les menaces sur la biodiversité marine et salue, par ailleurs, l’engagement des militants ukrainiens pro-Europe.

Semaine en demi-teinte pour le député européen Claude Turmes. Mardi, le vote du «paquet» de textes sur la politique commune en matière de pêche, visant notamment à une réglementation de la pêche en eaux profondes, a conduit à un résultat défavorable aux écologistes. «Nous avons malheureusement perdu un amendement des Verts pour interdire totalement ce type de pêche», déplore-t-il. 

«C’est un désastre écologique. En raison d’une pénurie de poissons dans les eaux de surface, les bateaux de pêche ont développé des filets qui descendent très profondément et détruisent à la fois la faune et la flore de ce qu’on appelle ‘l’Amazonie de la mer’», précise-t-il.

15 voix manquantes

Toutes les zones du globe sont menacées, à des profondeurs avoisinnant les 1.000 à 1.500 mètres. D’une biodiversité extraordinaire, elles abritent des espèces de coraux et de poissons très fragiles. Selon des études scientifiques relayées par des ONG, le chalutage profond lamine non seulement le fond des océans mais menace également nombre d'espèces pêchées par accident puis rejetées en mer.

«Même les Nations Unies, qui s’occupent rarement de problèmes aussi spécifiques en matière de biodiversité, ont tiré cette semaine la sonnette d’alarme», souligne Claude Turmes qui établit un décompte amer. «Nous avons perdu le vote sur l’amendement de 15 voix, face à une majorité de députés conservateurs et libéraux, et malheureusement également des socialistes français».

«Un appel à La Provençale et à Auchan»

Dans sa déception, l’eurodéputé entrevoit néanmoins des signes «positifs. De nombreuses discussions ont eu lieu en amont pour mettre en lumière ces thématiques. Le monde économique s’est emparé de la question. En France, Carrefour et Casino ont annoncé qu’ils cessaient de commercialiser des espèces prélevées en eaux profondes et Cactus, au Luxembourg, a adopté la même démarche.»

Il est désormais décidé à prendre son bâton de pèlerin pour interpeller les autres négociants et distributeurs du pays. «Je lance un appel aux grossistes et intermédiaires, comme la Provençale ainsi qu’à acteurs de la grande distribution, à commencer par Auchan, pour qu’ils cessent à leur tour de commercialiser ces espèces menacées».

La prise de conscience peut aussi venir des consommateurs, encouragés à boycotter des espèces typiques de ces écosystèmes, telles que le sabre, le grenadier de roche, le brosme ou encore la lingue bleue et l’empereur, dont les ventes ont déjà chuté dans plusieurs pays européens, grâce à des messages d’avertissements aux clients de certaines grandes surfaces.

«Ukraine: un message d’espoir»

Un autre actualité parlementaire, cette semaine, a en revanche mis du baume au cœur de l’eurodéputé. «Le Parlement européen a très bien appuyé le mouvement démocratique en Ukraine. Nous avons reçu mardi et mercredi une délégation venue de Kiev et je dois dire que nos discussions furent très encourageantes: voir à quel point ils reconnaissent et apprécient les acquis de l’Europe, comme la liberté de presse, le droit de manifester, la protection contre les abus des forces de l’ordre… est un grand message d’espoir.»

«Ces personnes défendent leur cause avec brio. Dans leur pays, un mouvement de masse des citoyens se constitue autour de l’Union européenne et des valeurs qu’elle défend. C’est ce que nous voulons pour l’Ukraine et il est de notre devoir, en temps que parlementaires européens, d’appuyer politiquement et financièrement les mouvements démocratiques ukrainien.»

Le Parlement européenne va désormais «demander à la Commission européenne de débloquer urgemment des fonds d’entraide, pour soutenir les ONG et la société civile dans cette lutte ». Fin novembre, le président Ianoukovitch a refusé l’accord d’association proposé par l’UE, provoquant une colère populaire dans son pays et des émeutes sanglantes, qui se durcissent jour après jour.