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Secteur logistique

Bettembourg reliée à la nouvelle route de la soie



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Le futur terminal de CFL Multimodal à Bettembourg, d'une surface totale de 33 hectares, ouvrira en septembre 2016. (Photo: Mike Zenari)

En 2017, des trains de marchandises doivent relier le hub luxembourgeois à Zhengzhou, située à plus de 10.000 kilomètres. Les enjeux portent sur le développement des échanges, mais aussi sur le positionnement du Luxembourg comme acteur logistique majeur.

À l’instar de l’Allemagne, le Luxembourg possèdera bientôt une liaison ferroviaire directe vers la Chine. Évoquée lors de la visite d’officiels chinois en juin 2015, l’idée s’est concrétisée début janvier par la signature d’un mémoire d’entente entre CFL Multimodal et la Zhengzhou International Hub Development and Construction Company. Objectif: faire transiter, à partir de 2017, entre 30 et 40 conteneurs le long d’une voie longue de plus de 10.000 kilomètres à raison de trois voyages hebdomadaires. Et ce, dans les deux sens.

Qualifié par les responsables luxembourgeois d’«inhabituel» et d’«ambitieux», le projet vise cependant une mise en place rapide. Non seulement pour répondre aux attentes des Chinois, demandeurs de nouveaux accès à l’Europe pour leurs produits, mais aussi pour prendre de vitesse d’autres hubs européens également désireux de se positionner sur ce créneau.

Barbara Chevalier, directeur stratégie de CFL Multimodal. (Photo: Mike Zenari)

«L’idée est de prospecter sur des marchés qui ne sont actuellement que peu ciblés», explique Barbara Chevalier, directeur stratégie de CFL Multimodal. «Cette liaison est une opportunité pour les acteurs implantés au Luxembourg. Mais nous allons également devoir prospecter au niveau européen afin de drainer sur Bettembourg, en priorité par le rail, des volumes en provenance ou à destination de France, d’Italie ou d’Espagne notamment.» Et donc de positionner le Grand-Duché comme un acteur majeur du secteur et tenter de se hisser au même niveau que l’Allemagne, où transitent déjà chaque semaine des centaines de conteneurs venus de Zhengzhou.

Voilà pour la théorie, reste désormais à passer aux travaux pratiques au cours des prochains mois. Selon les termes de l’accord signé début janvier, un business plan détaillé des moyens matériels et humains ainsi que des financements à mettre en œuvre doit être élaboré d’ici fin mai, avant la mise en place de la phase de prospection des clients, prévue à l’automne. Car le principal enjeu, pour Bettembourg, tient dans le volume et les types de marchandises à faire transiter.

Un quart du PIB chinois situé autour de Zhengzhou

Alors que les Chinois ont d’ores et déjà annoncé vouloir exporter du textile, des équipements mécaniques ou des appareils électroniques, les choses restent encore à affiner de ce côté de la planète. Lors de son voyage en Chine, François Bausch, ministre du Développement durable et des Infrastructures, avait indiqué que les trains en partance de Bettembourg comporteraient «des biens de consommation comme des denrées alimentaires ou du vin, mais aussi et surtout des produits électroniques ou semi-électroniques».

Un marché majeur en termes de débouchés, lié notamment à la présence à Zhengzhou de Foxconn, premier fabricant mondial de matériel informatique. Face à la forte demande des consommateurs chinois, des produits de luxe devraient également faire partie des marchandises envoyées vers Zhengzhou, où se concentre, dans un rayon de 500  kilomètres, un peu plus d’un quart du PIB chinois. Les sociétés basées au Luxembourg devraient donc pouvoir tirer profit de cette nouvelle offre, même si, à ce stade, la prudence reste encore de mise.

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Pour rendre cette future liaison compétitive, Chinois et Luxembourgeois envisagent trois voies possibles, dont une totalement inédite qui passerait par le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie avant de rejoindre l’Europe. Une option qui bénéficie, à ce jour, de la préférence de Pékin et de Luxembourg. Principal avantage envisagé: un temps de trajet réduit par rapport aux liaisons d’ores et déjà actives entre la province du Henan et l’Europe.

«Aujourd’hui, les trains affichent entre 15 et 19 jours de trajet sur ce parcours», explique Barbara Chevalier. «Ce point est extrêmement important, car il faut vraiment que nous ayons des trains qui puissent diminuer ces temps de transit. De notre côté, il faut que nous visions un objectif de 15 jours.» Le défi technique des mois à venir va donc consister à analyser dans le détail les possibilités afin de relier le Kazakhstan à la Turquie via l’Azerbaïdjan et la Géorgie.

Un tronçon inédit qui permettrait de relier directement Bettembourg à la nouvelle route de la soie, appelée de ses vœux par les autorités chinoises. Et donc, concrètement, d’apporter de nouveaux débouchés à l’économie luxembourgeoise notamment. Les premiers effets concrets devraient d’ailleurs être l’embauche de nouveaux personnels sur le hub multimodal, notamment pour la manutention du volume de fret supplémentaire généré.