POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Fiscalité du numérique

Bettel «surpris» des propos de Juncker



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Xavier Bettel estime que c’est son gouvernement qui a agi pour plus de transparence fiscale. (Photo: Anthony Dehez)

Le Premier ministre luxembourgeois se défend dans un entretien avec RTL contre les reproches de la Commission européenne qui estime que le Luxembourg bloque la taxation du numérique.

«Depuis 2013, nous sommes sur la voie de la transparence. C’est nous qui avons déclaré qu’il n’est pas normal que certaines sociétés ne paient pas d’impôts.» Le Premier ministre, Xavier Bettel (DP), n’a pas tardé à répondre, chez nos confrères de RTL Télévision ce jeudi soir, aux reproches de Jean-Claude Juncker sur Paperjam.lu.

Tandis que le président de la Commission européenne qualifie la position du Luxembourg au sujet de la taxation de multinationales dans le domaine du numérique d’«erreur historique», le Premier ministre luxembourgeois rappelle que «l’Europe doit aussi pouvoir se défendre face aux États-Unis et le Royaume-Uni demain, et éviter de perdre sa compétitivité juste pour croire qu’on aurait alors fait quelque chose de bien».

Alors que Jean-Claude Juncker dit ne pas comprendre pourquoi Xavier Bettel ne suivrait pas l’initiative du président français, Emmanuel Macron, avec qui il afficherait une amitié, le Premier ministre luxembourgeois rétorque: «Nous n’avons pas attendu Macron pour prendre ces décisions (en matière de transparence fiscale, ndlr).» Et de conclure: «Dans toutes ces questions qui se posent actuellement, la fraction du CSV à Bruxelles ferait mieux d’être discrète. Ce gouvernement a agi.»

Deux level playing fields

Interrogé par nos confrères du Wort, Xavier Bettel juge ce vendredi qu’en ce qui concerne le principe que les multinationales devraient être dûment taxées, la position du gouvernement serait «identique» à celle de la Commission.

En revanche, il précise que: «Comme de nombreux autres pays de l’UE, nous sommes d’avis qu’il s’agit d’une question allant au-delà du cadre communautaire et qu’une imposition sur le chiffre d’affaires n’est pas la meilleure voie.»

Par ailleurs, le Premier ministre est d’avis qu’il serait «très difficile sinon impossible» de détacher des entreprises du numérique des entreprises traditionnelles, qui elles aussi peuvent adhérer au commerce ou aux services en ligne.

Le passé de Juncker

Les déclarations de Jean-Claude Juncker sur Paperjam.lu suscitaient d’autres réactions, dont celle du président de fraction du LSAP. Alex Bodry s’interrogeait sur Twitter: «L’erreur historique ne consiste-t-elle pas plutôt dans la mise en place sous Jean-Claude Juncker d’un système très contestable de taxation des multinationales?»

Interrogé sur le fait de savoir si le LSAP s’était donc battu pour en finir avec ce système en question lorsqu’il était partenaire de coalition ou s’il n’était pas au courant, Alex Bodry répondait que du temps de sa participation au gouvernement, il n’aurait jamais été question de rulings. Et d’ajouter: «Si le ministre compétent prétend avoir ignoré, comment savoir?»

Tandis qu’il reproche à Jean-Claude Juncker les pratiques du passé, Alex Bodry ne lâche pas un mot au sujet de l’imposition de multinationales numériques. L’eurodéputé, Claude Turmes (Déi Gréng), lui, soutient en revanche la démarche de la Commission: «Si nous n’imposons pas convenablement Google, Apple, Facebook & co, comment financerons-nous à l’avenir l’éducation et la santé, etc.?»