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Urbanisme

Becca: «La Ville n'a pas respecté la convention»



Flavio Becca: «Quand je veux faire quelque chose, on me met les bâtons dans les roues.» (photo: Jessica Theis / archives)

Flavio Becca: «Quand je veux faire quelque chose, on me met les bâtons dans les roues.» (photo: Jessica Theis / archives)

Flavio Becca a tenu à réagir en personne, dans un entretien à paperJam.lu, pour donner «sa» version du désaccord qui l’a opposé en début de semaine aux autorités communales.

Lundi dernier, le conseil communal de la Ville de Luxembourg avait donné son feu vert pour attaquer en justice Flavio Becca, le développeur du projet de Ban de Gasperich. Motif invoqué: le célèbre promoteur n’aurait pas respecté une convention de juillet 2011 relative au financement des infrastructures du complexe à construire.

Dans un entretien accordé à paperJam.lu, Flavio Becca et son associé Kris Verhellen du groupe belge Extensa (filiale de Ackermann et van Haaren, coté en Bourse de Bruxelles), rejettent la pierre sur les autorités communales. Ils estiment qu’elles n’auraient pas respecté la convention signée, il y a plus de deux ans, entre les trois parties: la Ville de Luxembourg d’un côté, et de l’autre Olos Fund et Grossfeld B, cette dernière étant la société commune de Becca et d’Extensa.

L’accord de 2011 est d’ailleurs peu habituel dans le secteur du développement immobilier et apporte la démonstration d’un traitement asymétrique qui est réservé à Flavio Becca, peu importe la notoriété et la solidité de ses partenaires dans la réalisation de ses projets immobiliers.

«Pas une procédure commune»

Ainsi, la Ville a-t-elle voulu prendre elle-même en main la gestion et le préfinancement des infrastructures et lancer les adjudications, alors qu’en principe cette phase de la procédure est gérée par le développeur d’un projet immobilier. Pour autant qu’il est une certaine envergure, ce qui est le cas pour le Ban de Gasperich.

Généralement, ce genre de précaution vaut pour les projets de moindre envergure et sur lesquels pèsent certains risques de défaillance, les autorités cherchant alors à se prémunir. Ce qui passe également par des garanties financières.

Celles que la Ville de Luxembourg s’est pris la liberté d’imposer aux groupes Becca et Ackermann & van Haaren sont plutôt du genre costaud: 13 millions d’euros au total, rien que pour le financement d’infrastructures secondaires, dont 9 millions ont été bloqués par les deux développeurs en faveur de la Ville sous la forme d’une garantie bancaire à première demande. Le solde d’environ 4 millions devait être payé en cash au démarrage des travaux, après les procédures d’adjudication lancées en plusieurs lots.

«Ce n’est pas une procédure très commune, mais nous nous sommes inclinés», souligne le représentant d’Extansa.

C’est cette somme de 4 millions d’euros qui a été au centre de la polémique cette semaine. «Il n’y a d’ailleurs pas vraiment eu de désaccord entre nous sur les montants réclamés ni sur le niveau de répartition des frais, mais une discussion», a fait savoir Flavio Becca.

Problème de communication

Le seul point de friction a trouvé son origine dans les demandes qui avaient été formulées par Grossfeld B et Olos Fund pour consulter les bordereaux d’adjudication: les développeurs devant financer les frais d’infrastructures engagés sous le contrôle de la Ville de Luxembourg, ils ont voulu obtenir le détail des travaux. Ce que les autorités leur avaient refusé jusqu’à ce mercredi 2 octobre. «Lorsqu’une entreprise doit supporter des frais, il est normal que ses dirigeants demandent un droit de regard sur ce qu’ils vont payer», résume M. Becca.

Le promoteur admet qu’une première facture lui a été adressée par le receveur communal en mars dernier, puis deux rappels successifs. «Or», précise-t-il, «en mars, les travaux n’avaient pas encore été adjugés alors que la convention de juillet 2011 prévoyait précisément que la participation à la charge des développeurs soit calculée sur les montants adjugés».

En outre, les travaux, qui devaient initialement débuter en mai, ont été repoussés à septembre. «Un accord, après un échange de mail avec le receveur communal et dont Xavier Bettel a eu copie, avait fixé le paiement des 4 millions d’euros au 1er octobre», ajoute Flavio Becca.

Kris Verhellen parle de son côté «d’une mauvaise communication» avec la Ville et cherche aussi à minimiser l’affaire: «C’est réglé et il est regrettable qu’on ait oublié la bonne nouvelle, c’est-à-dire que les travaux ont commencé. Cela fait 12 ans que nous travaillons dessus». Pour rappel, le masterplan du Ban de Gasperich a été approuvé en 2004.

Une étonnante méfiance

Plus rien ne devrait s’opposer désormais à ce que le vrai chantier démarre, même si les développeurs n’osent pas encore s’avancer sur des délais de livraison, ni sur la nature des bâtiments (logement sur 70.000 m2; bureaux, commerces avec une galerie marchande et un supermarché Auchan) qu’ils réaliseront en priorité.

Une décision sur ce point devrait tomber vers la fin de l’année 2013. Reste que les permis ont déjà été délivrés pour les terrassements des ensembles commerciaux.

Flavio Becca se présente quant à lui comme «une cible d’une certaine classe politique»: «Quand je veux faire quelque chose, on me met les bâtons dans les roues et chaque fois, c’est avant un scrutin électoral: il y a eu Livange, peu avant les élections communales en 2009, il y a maintenant le Ban de Gasperich à l’approche des législatives; quel en sera le résultat?»

Kris Verhellen s’étonne, pour sa part, d’une «certaine méfiance des autorités», alors que le projet du Ban de Gasperich devrait plutôt susciter l’enthousiasme à ses yeux face à la promesse d’emplois et de valeur ajoutée qu’il porte en lui.

Olos Fund: crédits prorogés

Parallèlement, Flavio Becca a tenu à faire le point sur la situation financière du fonds immobilier Olos Fund, véhicule commun, mais strictement compartimenté, des familles Becca et Lux.

La publication, en septembre, du bilan 2012 avait suscité une certaine effervescence. Le réviseur, PwC, avait soulevé l’incertitude relative au financement des dettes envers les banques et remboursables endéans les 12 mois, ainsi que son impact sur la continuité de l’exploitation.

Les dettes à un an ou moins d’un an s’affichaient à 237,9 millions d’euros à la fin de l’année dernière. «Tous les crédits venant à échéance ont été prorogés», nous a assuré Flavio Becca.