POLITIQUE & INSTITUTIONS

TOP 100 DES DECIDEURS LES PLUS INFLUENTS AU LUXEMBOURG

Au cœur de l’économie



Le jury de l’édition 2008: Daniel Schneider, Marie-Jeanne Chèvremont-Lorenzini, Nicolas Buck et Norbert Friob   (Photo: Etienne Delorme)

Le jury de l’édition 2008: Daniel Schneider, Marie-Jeanne Chèvremont-Lorenzini, Nicolas Buck et Norbert Friob (Photo: Etienne Delorme)

Deux ans après la première édition de 2006, un jury d’experts indépendants a désigné ceux et celles qui ont une influence dans le paysage économique luxembourgeois. Un classement qui présente, cette année encore, des résultats remarquables...

Dans une économie de marché, deux ans peuvent présenter une éternité. C’est peut-être la première conclusion à tirer en lisant le résultat de ce classement des cent décideurs économiques les plus influents au Luxembourg.

Un petit retour en arrière s’impose. Le 17 novembre 2006, paperJam publiait son premier classement, marqué par la situation économique et conjoncturelle du moment: c’est l’année de la reprise spectaculaire de la majorité du groupe Arcelor par Mittal Steel, une année 2006 pour laquelle le Statec retiendra plus tard une croissance économique remarquable de 6,1% avec une inflation de 2,7%.

Long time ago…L’année 2008 sera celle, comme nous le savons, d’un ralentissement brutal de la situation économique et conjoncturelle et d’une mise en question de certains modèles économiques, surtout bancaires et financiers.

Evidemment, cette réalité n’a pas été sans laisser de traces dans ce classement 2008 du «Top 100», comme vous allez pouvoir vous en rendre compte dans les pages qui suivent.

Un jury représentatif

C’est avant tout une bonne nouvelle, car le classement est marqué par l’actualité et les réalités économiques plutôt que par le passé de telle ou telle entreprise. Une bonne nouvelle aussi, car le classement est l’expression de mérites personnels plutôt que de traditions ou acquis historiques.

Ici, une des principales caractéristiques du jury et de sa composition, édition 2008, trouve toute sa consécration: être au cœur même de l’activité économique du pays. Ainsi, la composition de ce jury est l’expression manifeste de cette volonté d’être au plus près de l’économie nationale, de ses acteurs (institutionnels et individuels) et ses spécificités.

Comme pour la précédente édition, nous avons opté pour un jury plutôt réduit, mais aux compétences irrécusables. A sa tête se trouve avec Marie-Jeanne Chèvremont-Lorenzini, conseiller auprès du cabinet d’avocats Arendt & Medernach et présidente du conseil d’administration de Kneip Communication. Active sur la Place depuis 1975, elle fut classée, en 2006, cinquième et première femme de notre «Top 100». Elle est fortement reconnue à l’échelle nationale et internationale pour ses compétences et ses grandes connaissances de la place financière du Luxembourg.

Dans cette mission qu’elle a acceptée avec enthousiasme et professionnalisme, elle est assistée et entourée par Norbert Friob, entrepreneur, à la tête du groupe FNP, ancien président de la Confédération luxembourgeoise du commerce et ancien vice-président de la Chambre de Commerce. Auteur des ouvrages Parlons Commerce et, très récemment, [Re]Parlons Commerce, il est un connaisseur inégalé du monde du commerce, de la construction, de l’artisanat et de l’industrie au Luxembourg.

Troisième membre du jury: Nicolas Buck, à la tête de Qatena et de Victor Buck Services, élu «Entrepreneur de l’Année» en 2004, par ailleurs classé 18e dans notre première édition du «Top 100» et plus que bien introduit dans le monde des réseaux qui se nouent dans les coulisses publiques.

Last but not least: Daniel Schneider, créateur d’entreprises lui aussi (Schneider Consulting, Tenzing Partners…), qui apporte un regard supplémentaire aux décideurs dans la course, avec une carrière internationale dans le monde bancaire qui l’a mené, notamment, à New York et à Londres.

Des décisions de principe

Ce jury peut se prévaloir non seulement de compétences complémentaires, mais affiche surtout une neutralité et une indépendance avant tout intellectuelle et morale. Cela s’est notamment traduit par une série de choix et de décisions de principe, lesquelles s’inscrivent par ailleurs dans la logique de celles retenues déjà par le jury du classement de 2006, présidé à l’époque par Jacques Santer, ancien Président de la Commission européenne et ancien Premier ministre du Luxembourg.

La première de ces décisions a été de ne retenir, pour le classement final, aucun homme ni femme politique. Il en est de même en ce qui concerne les fonctionnaires travaillant sous la tutelle directe ou indirecte d’un ministre. Sans quoi, qui plus est dans le contexte de la crise économique actuelle et de l’importance accrue de l’Etat luxembourgeois dans cette économie (qui trouve sa consécration notamment par les interventions financières au profit de la Place financière en général et de Dexia BIL et Fortis Banque Luxembourg en particulier), il aurait été facile d’imaginer, dans ce classement, des rangs très élevés pour le Premier ministre Jean-Claude Juncker, le ministre du Trésor et du Budget, Luc Frieden ou encore Jeannot Krecké, le ministre de l’Economie et du Commerce extérieur.

Ont donc aussi été exclus, dans cette même logique, les hauts fonctionnaires de l’Etat. Ainsi, à titre d’exemple, celui qui sera le futur président du conseil d’administration de la «nouvelle» BGL-BNP Paribas et président sortant du conseil d’administration de la BCEE, Gaston Reinesch, n’a pas été retenu. Même «punition» pour Georges Schmit, administrateur général au ministère de l’Economie et du Commerce extérieur et vice-président de la SNCI. Il en va de même pour quelques-uns de ses collègues des ministères des Finances, de l’Economie ou encore des Transports. Même réflexe du jury en ce qui concerne les fonctionnaires et managers d’entreprises contrôlés par l’Etat (Alex Kremer (directeur) et Jeannot Waringo (président du conseil d’administration) aux CFL ou Marcel Gross aux Entreprise des P&T), ainsi que les fonctionnaires d’administration, d’établissements publics et d’institutions plus indépendantes, mais toujours publiques, comme la Banque centrale (avec à sa tête son président, Yves Mersch), l’Université de Luxembourg (et son recteur Rolf Tarrach), ou encore les organes de surveillance du secteur financier, la CSSF (Jean-Nicolas Schaus) et le Commissariat aux assurances (Victor Rod).

Le même principe d’exclusion a été appliqué pour les anciens responsables politiques, où des personnalités comme Jacques Santer, actuellement – entre autres – président du conseil d’administration de CLT-UFA ne sont pas retenues.

Et puis, le jury décide, contrairement aux choix faits en 2006, d’exclure certaines catégories supplémentaires de professionnels (voir aussi encadrés ci-dessous).

Enfin, pas de représentants non plus du corps de la Justice, même si un personnage comme le procureur d’Etat Robert Biever aurait pu prétendre à un statut «d’homme influent» compte tenu des dossiers qu’il a à gérer.

Un vote pondéré

La diversité de la composition du jury, représentant en quelque sorte un microcosme de la richesse de l’économie luxembourgeoise, se reflète, du coup, dans le résultat de son vote. Un vote pondéré qui prend en considération tous les secteurs importants de l’économie luxembourgeoise: la Place financière certes, mais aussi le secteur des services se développant en périphérie (et notamment les études d’avocat et cabinets d’audit et de conseil), mais aussi ceux de l’industrie manufacturière et sidérurgique, de la construction (dont le nombre élevé de représentants est à l’image de son dynamisme) ou encore le commerce et les transports.

Le jury a également décidé de ne plus faire figurer dans ce classement 2008 des représentants «symboliques» choisis en 2006 pour illustrer l’importance de certaines branches de l’économie luxembourgeoise. On ne trouvera donc pas, cette année, d’architectes, d’ingénieurs ou encore de notaires. Il en va de même pour le secteur de la santé (avec notamment les hôpitaux) ou conventionné (par exemple les soins à domicile), qui n’en sont pas moins, bien souvent, des entreprises à budgets et employeurs importants. Autre nouveauté par rapport à 2006: à très peu d’exceptions près, qui se justifient toutes par des fonctions ou mandats supplémentaires des personnalités retenues, chaque entreprise ou groupe d’entreprise est désormais représenté par un seul leader. Il s’agit, en général, soit du directeur général ou CEO, soit le président du conseil d’administration.

Par conséquent, on ne retrouve plus dans le classement certains noms encore bien présents en 2006, le plus souvent des directeurs financiers/CFO ou directeurs opérationnels. Là encore, le jury opte plutôt pour le pragmatisme et la diversité de la structure économique.

Enfin et c’est une décision importante du jury: le classement final retient de nombreux entrepreneurs, donc des personnes disposant généralement d’un grand pouvoir décisionnel dans leurs entreprises, mais s’affichant également en tant que créateur de richesse par leur propre action. Ainsi pour le jury, il ne suffit plus d’être dirigeant d’une filiale d’un groupe étranger pour figurer dans ce «Top 100».

Une méthodologie éprouvée

Le jury peut, en outre, se prévaloir d’une méthodologie éprouvée et confirmée (voir encadré ci-contre), ce qui ne le dispense pas d’un travail laborieux et intensif. Il aura fallu pas moins de quatre workshops collectifs et plusieurs sessions de travail individuelles pour faire le tri dans le gros millier de noms présentés à l’orée de l’été dernier (voir paperJam juillet-août 2008, page 36). L’engagement de l’ensemble du jury est exemplaire et il convient de le relever expressément.

Cette deuxième édition du «Top 100 des décideurs les plus influents au Luxembourg» comporte tout naturellement une nouvelle dimension: celle des «gagnants» et des «perdants» par rapport à 2006. Etant loin d’être une science exacte, il convient toutefois de relever que les résultats des votes ont souvent été très serrés et que, plus qu’une fois, ce ne sont que quelques détails ne relèvent pas nécessairement du mérite direct des personnalités retenues qui ont fait la différence. Il s’agit, à titre d’exemple, du souci d’une bonne pondération des différents secteurs économiques ou encore de la taille de l’entreprise dans lesquelles ces personnalités travaillent ou exercent des mandats.

Si le résultat du vote constitue bien évidemment un choix subjectif, il est néanmoins bien encadré par une méthodologie formalisée. Il est par ailleurs intéressant de constater quelques changements brutaux (montées et descentes spectaculaires, voire «sortie» pure et simple du classement), qui ne remettent évidemment pas en cause le travail du premier jury ni la méthodologie de travail et de classification. Un jury reste, avant tout, composé d’hommes et de femmes, à la sensibilité forcément différente…  Mais dans les deux cas, tous auront fait preuve d’une totale objectivité et d’une indépendance absolue face à quelques pressions des uns et des autres de figurer – ou pas – dans ce classement.

Il est évident que le présent classement invite, tout comme déjà celui de 2006, à la discussion et aux commentaires, à commencer le jour même de l’annonce publique des résultats dans le cadre de la grande soirée organisée ce 11 décembre 2008.

C’est peut-être aussi un des effets positifs et voulus de cette démarche.

 

***** ILS SONT À L’ÉTRANGER

Les décideurs influents au Luxembourg sont luxembourgeois, mais aussi français, belges, anglo-saxons… A l’inverse, il existe quelques Luxembourgeois qui ont réussi une très brillante carrière loin des rives de la Pétrusse. On pense, par exemple, à Philippe Schaus, directeur international de Louis Vuitton Malletier– qui était en couverture de notre dernière édition – ou Jean-Claude Biver, CEO de l’horloger suisse Hublot, considéré comme un des leurs par les Helvètes eux-mêmes! D’autres Luxembourgeois ont, très récemment, occupé des postes clés à l’étranger, comme Jean-François Rischard, qui était un des vice-présidents de la Banque Mondiale, ou encore Marc Assa, qui était, jusque l’année dernière, CEO de Tarkett Luxembourg mais dirigeait surtout depuis Paris, le géant européen leader en revêtements de sols. Retiré de ses fonctions, depuis, il est encore impliqué dans la vie économique au Luxembourg, puisqu’il est un des cinq investisseurs présent dans le capital de LBO Investments, structure d’investissement qui a contribué au rachat du groupe Eurobéton, mais aussi dans la ré-industrialisation du site de TDK après la fermeture de l’usine japonaise.

 

***** PROFESSIONS RECALÉES

Dans ses choix initiaux, le jury de cette deuxième édition du Top 100 des décideurs les plus influents au Luxembourg, a pris le parti de ne pas inclure, d’office, les représentants d’un certain nombre de professions libérales. Pas de notaires, donc, en dépit de leur rôle essentiel – et obligatoire – dans la bonne réalisation de toute opération engageant le statut même d’une société inscrite au registre du Commerce. Ils sont, au total 36 dans tout le pays et régis par la Chambre des Notaires, présidée par Me Jacques Delvaux.

Pas d’architectes ni ingénieurs-conseils non plus, sous couvert de l’Ordre des Architectes et des Ingénieurs-Conseils, présidé par Martin Lammar. La visibilité du secteur est essentiellement assurée par la Fondation de l'Architecture et de l'Ingénierie, avec à sa tête l’architecte Christian Bauer.

Les professions de la Santé sont également été écartées. Pourtant, le poids économique du secteur est indéniable compte tenu des budgets gérés souvent importants et du grand nombre de personnes y travaillant. A la tête du Centre Hospitalier Emile Mayrisch, qui regroupe les hôpitaux d’Esch-sur-Alzette, de Dudelange et de Niederkorn, le Dr Michel Nathan a sous ses ordres, par exemple, pas moins de 230 médecins et 1.700 salariés. Le Centre Hospitalier de Luxembourg, dirigé par le Dr André Kerschen, compte pour sa part quelque 1.900 employés, alors que la Fondation Stëftung Hëllef Doheem (dirigée par Robert Theissen) revendique plus de 1.500 salariés.

Enfin, il aurait été également possible d’évoquer Marco Gaasch, président de la Chambre d’Agriculture, un secteur d’activité qui, certes, a perdu du poids au fil des ans, mais qui concerne encore plus de 4.000 emplois, ou encore les représentants de certaines asbl, non retenus non plus.

 

***** LE POIDS DES FAMILLES

Au Luxembourg, sans doute plus qu’ailleurs compte tenu de la taille du pays, le poids des «grandes» familles peut être considérable dans les sphères d’influence. Sans vouloir en dresser une liste exhaustive, citons par exemple peut citer les «dynasties» Leesch (groupe Cactus), Wurth (sidérurgie), Meyer (qui a pris la suite des Heintz à la tête de la manufacture de tabac Heintz Van Landewyck) ou encore les familles Laval, Lambert et Tesch associées au groupe Foyer. Dans les cabinets d’avocats, aussi, on est souvent juriste de père en fils (les Elvinger, Hoss et Prussen, par exemple).

Autre exemple: la famille Scholer qui, si elle n’a pas connu une fin heureuse avec sa chaîne de magasins Monopol, n’en garde pas moins un patrimoine conséquent.

 

***** LES ANCIENS À L’HONNEUR

Ce classement du Top 100 n’est pas un classement au mérite ni à l’ancienneté. Pas d’accessit, donc, pour «l’ensemble d’une œuvre», à quelques grands «Anciens» dont certains sont pourtant toujours bien verts. Leur représentant le plus remarquable reste sans aucun doute Edmond Israël, qui promène ses 84 ans avec l’insouciance d’un jeune premier, ou encore Joseph Kinsch, qui aura consacré sa vie à l’Arbed et qui s’est retiré de la présidence du conseil d’administration, atteint par la limite d’âge (75 ans), pour se consacrer, désormais, à la Fondation ArcelorMittal.

D’autres figures marquantes de l’économie luxembourgeoise pourraient eux aussi se voir mentionnés au vu de leurs états de services, comme Paul Meyers ou Marcel Mart, anciens dirigeants historiques de la BGL, ou bien encore quelques «grands» réviseurs qui ont jeté les bases des grands cabinets d’aujourd’hui, comme Arno Schleich, Guy Bernard, Jean Hamilius ou encore Victor Steichen.

 

***** MÉTHODOLOGIE DE TRAVAIL

Le verdict du jury est le fruit d’un travail laborieux basé sur deux éléments: une méthodologie proposant notamment toute une série de critères objectifs, développée par les besoins du présent classement, et les délibérations du jury qui se sont déroulées dans le cadre de quatre workshops en total.

Les critères de base répondent à l’ambition de cerner les différentes facettes du vote et donc de chaque personnalité retenue en choisissant un large éventail de critères complémentaires.