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Brexit

Attirante assurance



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Sept compagnies anglo-saxonnes ont d’ores et déjà annoncé leur départ vers la Place grand-ducale, leur nouvelle base pour l’Union européenne. (Illustration: Maison Moderne)

Depuis le printemps, sept assureurs basés à Londres ont décidé de transférer une part de leurs bagages au Luxembourg. Et la liste devrait encore s’allonger. Une surprise, même si le secteur avait des arguments à faire valoir qui, avec du recul, paraissent évidents.

Il l’a joué séducteur discret. Sans gesticulations ni déclarations caressantes. Pourtant, depuis le printemps, les annonces de compagnies financières anglo-saxonnes qui souhaitent rejoindre le Luxembourg se multiplient. C’est notamment le cas dans le secteur des assurances. Début septembre, sept acteurs, et pas des moindres, ont déjà confirmé leur intention de gérer leurs affaires sur le continent à partir de la Place grand-ducale. Et, selon nos informations, un au moins va le faire dans un délai assez court. Pour l’ensemble du secteur financier, cette vague d’intérêt est une – bonne – surprise. «Nous ne nous y attendions pas», convient Claude Wirion, directeur du Commissariat aux assurances (CAA). «Nous estimions avoir des chances de notre côté, mais ce que nous ignorions, c’était le poids des entreprises britanniques dans l’activité transfrontalière en libre prestation de services. Elles étaient restées très discrètes sur cette question.» Au point que le Commissariat ignorait jusqu’à l’existence de certains acteurs venus frapper à sa porte.

Autre sujet d’étonnement, le fait que, pour la plupart, ces nouveaux joueurs opèrent tous dans le même secteur: le non-vie international. «Luxembourg sera leur nouvelle base pour l’Union européenne, où ils disposent de succursales dans de nombreux pays par rapport à des activités surtout liées aux entreprises», explique Jean-Michel Pacaud, insurance leader chez EY Luxembourg. Il repère là la naissance d’un nouveau pilier d’activité à côté de l’assurance-vie internationale et de l’assurance à destination du marché local. Un sentiment appuyé par Claude Wirion, pour qui l’implantation dans le pays de l’assureur helvétique Swiss Re, en 2007, avait donné un premier coup de pouce à l’activité non-vie internationale. «Ce segment va donc prendre une importance beaucoup plus grande», assure-t-il. Un changement qui se fera aussi ressentir dans les chiffres du secteur. En termes d’emploi, les nouvelles compagnies devraient entamer leurs activités avec quelques personnes seulement. Des postes à responsabilité – direction générale et contrôle – pour assurer l’indispensable substance. Mais l’intégration des emplois dans les succursales basées dans l’UE va faire exploser les statistiques du CAA. On parle de milliers de salariés à renseigner dans le compte des «postes à l’étranger».

Pour justifier le choix du Luxembourg, les nouveaux arrivants avancent des arguments similaires: la localisation stratégique du pays, son expérience internationale et la compétence de son régulateur. «Le CAA maîtrise parfaitement les activités internationales», convient Marc Hengen, administrateur délégué de l’Association des compagnies d’assurances et de réassurances (ACA). «En plus, dans ce pays, nous présentons l’avantage de pouvoir communiquer en langue anglaise.» Pour Claude Wirion, un autre atout de la Place est de bénéficier, au niveau des assurances, d’une autorité de contrôle distincte du secteur bancaire. Pas de problème d’engorgement, donc. «Pour revenir au cas de Swiss Re, son choix du Luxembourg, il y a 10 ans, a aussi permis un certain bouche-à-oreille positif dans le contexte du Brexit», estime le responsable du gendarme des assurances.

«Le fait que la première annonce ait été faite par l’acteur de poids américain AIG n’est pas anodin non plus», avance Jean‑Michel Pacaud, qui a accompagné plusieurs acteurs dans leur choix. «Mais il faut aussi mettre en avant la flexibilité et la réactivité du CAA, ainsi que sa vision accommodante par rapport à l’outsourcing. Pour autant qu’il puisse les contrôler, il n’empêchera pas les nouvelles compagnies de poursuivre le travail avec leurs sous-traitants actuels, où qu’ils soient basés.» Et, en phase de démarrage, le CAA admettra aussi des structures assez légères, qui devront se renforcer avec le temps. «Un directeur général et deux fonctions de contrôle sur quatre pourraient suffire dans un premier temps», précise le directeur du CAA, qui insiste cependant sur la nécessité d’obtenir tous les renseignements nécessaires sur les différentes filiales.

Une position conciliante apte à faire venir d’autres candidats? «L’assurance est un secteur important dans la City, on peut donc estimer que le processus n’est pas encore à son terme, tous les acteurs internationaux basés à Londres vont devoir faire des choix dans ce sens», note encore Marc Hengen. Au nom de l’ACA, il confirme la volonté du secteur d’intégrer au mieux ces nouvelles compagnies. «Elles vont renforcer le secteur de l’assurance au Luxembourg. Ce sont des sociétés qui ont une perspective internationale, ce type d’activité nous est familier.»

Mais Big Ben a beau être à l’arrêt, le chrono du Brexit, lui, grappille les jours inexorablement. «L’objectif des sociétés basées à Londres est d’obtenir la licence pour l’UE avant la fin 2018, fait encore remarquer l’expert en assurances d’EY Luxembourg. Ceux qui n’auront pas démarré la procédure avant la fin de cette année risquent d’avoir de sérieux problèmes.» On devrait donc voir plus clair début de l’année prochaine sur les choix des différentes entités. Mais le bilan pour le Luxembourg est déjà meilleur qu’attendu. «Au début des manœuvres post-Brexit, le Luxembourg visait surtout les banques et l’asset management», admet Jean-Michel Pacaud. «L’assurance ne semblait pas être un grand enjeu.»