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Fusion

Artelis: mariage de raison



Paperjam

Cegecom et VSE Net ont des profils analogues de part et d'autre de la Moselle. Leur rapprochement s'inscrit dans une logique stratégique évidente.

L'annonce officielle avait été prévue, initialement, pour le 11 novembre à 11 heures. Petit clin d'oeil de date qui, finalement, est tombé à l'eau, la publication des bans ayant été retardée pour quelques raisons "techniques" tenant plus du détail administratif. Qu'importe: le mariage entre les opérateurs télécoms luxembourgeois Cegecom et allemands VSE Net est désormais bel et bien annoncé et sera définitivement consommé le 1er janvier prochain, date à laquelle une nouvelle structure, Artelis, entrera en scène. "Nous voulions franchir les frontières du Luxembourg et VSE Net voulait aller au-delà de la Sarre. Nous ne pouvions que finaliser ce rapprochement", se réjouit François Thys, directeur général de Cegecom, qui sera un des trois Geschäftsführer de la nouvelle société.

Ce mariage entre les deux partenaires intervient donc après plusieurs années de vie commune, les deux sociétés affichant un profil de développement assez similaire.

Cegecom, d'un côté, est une société qui fut fondée en 1993. Elle fournit ses premières armes sur le marché luxembourgeois des télécommunications en assurant la commercialisation du réseau postal Commobil, un service de radiotéléphonie à ressources partagées qui eut son heure de gloire, jusqu'à ce que l'avènement du GSM ne lui coupe quelque peu les ailes.

Du coup, en 1998, Cegecom avait cédé les activités propres à ce réseau à la société Sogel qui, en contrepartie, avait abandonné à Cegedel les parts qu'elle détenait dans la société, de sorte que Cegecom devint, cette année-là, une filiale à 100% de la compagnie grand-ducale d'électricité.

Entre temps, la société avait postulé pour l'obtention de la deuxième licence GSM du pays, dans le cadre du consortium Luxcall, réunissant, à ses côtés, la société de participations luxembourgeoise Audiolux, mais aussi l'opérateur allemand Manesman et la Compagnie Générale des Eaux. On le sait, c'est finalement le Tango de Millicom Luxembourg (filiale de Millicom International Cellular) qui avait décroché le gros lot.

En 1999, Cegecom obtint une licence de type B (pour l'exploitation d'un réseau de télécommunications et de services qui y sont strictement liés, à l'exclusion du service de téléphonie) auprès de l'Institut Luxembourgeois des Télécommunications (ILT, devenu, depuis, ILR), et commença à déployer dans le pays son réseau de fibres optiques. Un an plus tard, l'opérateur décrocha également une licence A pour l'établissement et l'exploitation d'un réseau fixe de télécommunications et d'un service de téléphonie.

Aujourd'hui, Cegecom a atteint son break even (0,8 million de bénéfices en 2004) exploite quelque 400 km de réseau de fibres optiques au Luxembourg, et franchit déjà les frontières par le biais de nombreuses interconnexions internationales: avec KPN en Belgique, Carrier 24 ou... VSE Net en Allemagne.

Avec BGL Investment Partners

Basé à Sarrebruck, VSE Net Telekommunikation est, depuis 1998, l'un des principaux opérateurs de télécommunications du sud-ouest de l'Allemagne. Il y exploite un réseau de plus de 1.500 km de fibres optiques. Longtemps filiale à 100% du distributeur régional d'électricité allemand VSE AG, la société a vu son actionnariat s"élargir en 2001, d'abord à la Landesbank Saar (13,05% de participation), puis à BGL Investment Partners, premier investisseur financier luxembourgeois à s"être impliqué directement dans le marché allemand des télécommunications, avec une participation de 13,05%, laissant à VSE AG une large majorité de 73,9%.

Dès 2000, lors des premiers échanges commerciaux et opérationnels avec VSE Net, Cegecom avait clairement affiché son ambition de devenir un acteur de la Grande Région. Son implication dans le réseau transfrontalier à haut débit QuattroNet, le support technique du QuattroPole (le pôle de communication Luxembourg-Metz-Sarrebruck-Trèves) constituait déjà une première étape clé. Aux côtés du Luxembourgeois, on retrouve les opérateurs français Cegetel et Télécom Développement, et les allemands Trilan (l'opérateur de la Ville de Trèves et du district de Trèves-Sarrebourg) et... VSE Net.

"Nous travaillons donc étroitement ensemble depuis de nombreuses années. Nous sommes fournisseurs de l'un pour l'autre et réciproquement et nous exploitons un noeud "POP" en commun à Trèves. La création d'Artelis n'est donc qu'une suite logique à ce parcours commun, analyse François Thys. Depuis le premier jour de notre collaboration, nous avons eu, chacun, en tête, une telle évolution', explique-t-il, conscient des importantes synergies que sera capable de dégager un tel partenariat "officialisé". Le tout à moindres frais, puisque les deux réseaux sont déjà interconnectés.

Mais encore fallait-il que cette évidence de la réalité du terrain trouve une concrétisation dans la mise en place d'une structure financière devant préserver au maximum les intérêts de chacun. "Pas un euro n'a été retiré des deux sociétés, tout ayant été réinvesti dans la structure commune, indique, fièrement, M. Thys. L'idée n'est pas que l'un prenne le dessus sur l'autre, mais vraiment de devenir, ensemble, plus fort et plus international'.

Du côté des actionnaires de Cegecom et de VSE, le principe de ce rapprochement n'a, en réalité, guère posé de problèmes. D"une part parce que la présence de BGL Investment Partners dans le capital de VSE Net lui donnait un ancrage luxembourgeois supplémentaire. Ensuite, et surtout, parce que la maison VSE AG, l'actionnaire majoritaire de l'opérateur sarrois, n'est autre que le groupe RWE Energie qui, depuis 1963, assure l'alimentation d'une majeure partie du réseau de... Cegedel. La boucle est donc bouclée.

Sur leurs marchés respectifs, Cegecom et VSE Net conserveront leur identité et leur activité. Du point de vue du client final, rien ne changera, donc. C"est dans l'organigramme général que tout est chamboulé. Artelis, actionnaire à 100% de VSE Net Telekommunikation et de Cegecom, sera donc, elle-même, détenue à 53,6% par VSE AG et 27,5% par Cegedel (toujours via Cegedel-Participations). Les deux autres actionnaires, SaarLB et BGL Investment Partners, se partageant le reste à hauteur de 9,45% chacun. Constituée avec le capital social minimum de 31.000 euros, Artelis devrait être rapidement recapitalisée - dans le courant du premier semestre 2006 - afin d'atteindre, selon les termes de François Thys, "un montant non négligeable".

Notons au passage que pour Cegecom, cette nouvelle architecture financière est, forcément, avantageuse, puisque l'opérateur ne dépend désormais plus d'un seul et unique actionnaire, comme cela pouvait être le cas avec Cegedel.

Recrutements continus

Ensemble, Cegecom et VSE Net "pèsent" 50 millions d'euros de chiffre d'affaires, pour un groupe employant 110 personnes environ: 40 chacun, directement, auxquels il faut ajouter une trentaine de personnes venant des filiales de VSE Net. Non seulement aucune réduction de personnel n'est prévue, mais la nouvelle structure prévoit de continuer à embaucher dès 2006.

"L'un des points clés est qu'Artelis est une société dont le siège se trouve au Luxembourg", se réjouit François Thys, qui conserve, dans les attributions qui sont les siennes au sein de la nouvelle direction tricéphale (voir notre encadré ci-contre), la partie "marketing". Ce qui n'empêche pas de recourir à une agence de communication de Sarrebruck, FBO, pour lui confier le développement de la corporate identity d'Artelis. Le nouveau logo reprend une grande partie des éléments graphiques et des couleurs rouge et noir communes aux deux sociétés. Le trait courbe, propre à Cegecom, et symbolisant la capacité d'innover et la combativité de la société, a également été conservé.

Dans un premier temps, Artelis n'aura pas d'activité propre, mais ses dirigeants n'excluent pas, dans ce domaine-là, le développement à court terme de produits et services spécifiques. Pour l'heure, la structure entend capitaliser les effets de synergie dans les domaines administratifs et commerciaux, d'une part (avec, notamment, la mise en commun des systèmes de facturation), mais aussi - et surtout - pour ce qui est du volet technique. L'exploitation d'une plate-forme commune au niveau du traitement, de la transmission des données et de la téléphonie offre évidemment des avantages au niveau des coûts. Un avantage que l'on pourra retrouver dans les opérations d'achats communs d'équipements et de bande passante. "Nous pourrons également réduire le risque lié à l'introduction de nouvelles technologies, comme le Voice over IP", indique M. Thys.

Artelis pourra également servir de relais pour la mise à disposition d'un type de services ou de produits développé par l'un des deux partenaires et que l'autre souhaiterait également proposer. Cegecom, par exemple, offre l'accès Internet sans fil (WLAN) à l'Aéroport de Luxembourg. De son côté, VSE Net dispose du produit Schlau.com, à l'intention des clients privés et des petites sociétés: une offre qui combine à la fois la télécommunication et l'énergie. "En tenant compte de l'expérience de son partenaire, nous serons en mesure, chacun, de commercialiser de tels produits rapidement et à prix intéressants sur nos marchés respectifs", résume Georges Muller, responsable marketing chez Cegecom.

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Management: trium virat

La mise en commun des ressources de Cegecom et de VSE Net se traduit évidemment dans le management d'Artelis. Ainsi, la direction de la société sera assurée par trois directeurs disposant, chacun, d'un pouvoir de décision égal.

Aux côtés de François Thys, qui s"est vu confier le département administratif et financier, ainsi que le marketing, les deux autres dirigeants sont issus de la branche VSE: Berthold Wegmann aura en charge le département commercial et Michael Leidinger le département technique.

Au niveau du conseil d'administration, treize membres siégeront. La présidence en sera assurée par Georg Muller, membre du comité de direction de VSE AG et la vice-présidence par Romain Becker, directeur général de Cegedel.