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Fondation Idea

Améliorer la justice intergénérationnelle



Les pensions de vieillesse moyennes se situent à 3.406 euros par mois. 6% de plus que le niveau de vie moyen des ménages au Luxembourg. (Photo: archives paperJam)

Les pensions de vieillesse moyennes se situent à 3.406 euros par mois. 6% de plus que le niveau de vie moyen des ménages au Luxembourg. (Photo: archives paperJam)

Dans son avis annuel 2015 – Ô, des espoirs! –, la Fondation Idea avance qu’en plus de conduire de nécessaires (grandes) réformes structurelles, il ne faut pas oublier de corriger certaines (petites) distorsions socio-économiques. Elle soumet sept «distorsions» à corriger et invite les lecteurs à compléter cette liste. Cinq d’entre elles sont exposées cette semaine. Aujourd’hui, la Fondation se penche sur les inégalités entre les jeunes actifs et les actuels retraités.

Les retraités actuels (du régime général ou des régimes spéciaux) jouissent au Luxembourg d’une situation relativement favorable, fruit de leurs efforts (travail, cotisations, investissements) passés. Ils ont également eu, pour certains, la «chance» de bénéficier d’un «repas gratuit». Actifs durant une partie des Trente Glorieuses puis des Vingt Splendides (milieu des années 1980 à 2007), ils ont pu intégrer plus tôt le marché du travail, profiter de la mutation de l’économie et de l’essor de la place financière (en termes d’activité et de revenus), acquérir des biens immobiliers qui ont depuis beaucoup gagné en valeur, partir à la retraite généralement bien avant l’âge légal de 65 ans, et ont vu leur gain d’espérance de vie alimenter quasi intégralement leurs années de retraite. L’âge de départ effectif à la retraite est ainsi de 59 ans au Luxembourg, et l’espérance de vie à la retraite (durée de la retraite attendue) était de 21 ans en 2010 (contre 18,5 en moyenne dans l’OCDE).

Ils bénéficient par ailleurs de revenus monétaires plus importants que les actifs. Les pensions de vieillesse moyennes se situent à 3.406 euros par mois, soit un montant 6% supérieur au niveau de vie moyen des ménages au Luxembourg.

De même, les personnes retraitées sont moins exposées au risque de pauvreté (ce dont il faut se féliciter) par rapport au reste de la population. Le taux de risque de pauvreté est ainsi de 5,3% chez les retraités, contre 10% chez les salariés, et 12,5% pour l’ensemble de la population âgée de plus de 25 ans.

Aussi (fort logiquement), la proportion de ménages retraités propriétaires sans remboursement d’emprunt est plus importante que pour le reste de la population. Le taux de propriétaires parmi les ménages de deux adultes dont l’un au moins a 65 ans et plus est de 87% (contre 70% pour l’ensemble des ménages), et parmi ces ménages seuls 4,7% ont un prêt en cours (contre 42% pour l’ensemble des ménages).

Un choc qui concerne avant tout les actifs

La «capacité contributive» des retraités actuels est donc, en moyenne, grande. On sait en outre que les retraités futurs ne pourront bénéficier d’une même constellation d’avantages, en raison notamment de l’incidence probable du vieillissement sur les pensions futures.

Et pourtant, le choc de productivité que connaît l’économie luxembourgeoise depuis la crise a principalement concerné les actifs. Depuis 2009, le coefficient de charge (nombre moyen de pensionnés pour 100 assurés) est en hausse, et le rythme de progression des dépenses courantes de l’assurance pension est supérieur à celui des cotisations.

La réforme du système de retraite conduite en 2012 n’introduit pourtant qu’une très lente et progressive adaptation du montant des pensions (sur 40 années); elle épargne donc grandement les retraités actuels et touchera (toutes choses égales par ailleurs) davantage les actifs d’aujourd’hui (retraités de demain). De même, les mesures de consolidation budgétaire envisagées pour 2015-2018, quand elles ne sont pas générales (hausse de TVA, impôt d’équilibrage budgétaire temporaire), concernent principalement les jeunes actifs (réforme des allocations familiales, abolition de l’allocation de maternité, abolition de l’allocation d’éducation, aide au réemploi).

Une plus juste contribution des retraités (plus généralement des séniors) aux efforts de consolidation est donc souhaitable et possible. Cela pourrait se faire dans le cadre de la prochaine réforme fiscale, en agissant notamment sur l’impôt foncier (en réévaluant la base imposable et en introduisant par exemple un système modulé suivant que le propriétaire ait un emprunt en cours - généralement jeune – ou pas – généralement sénior), ou en introduisant par exemple une surtaxe sur les allocations de pension de fin d’année (tout en prenant grand soin de ne pas pénaliser les pensions les plus modestes).

Parvenir à une contribution plus juste des séniors - tout en ménageant les retraités les plus modestes - pourrait donc être l’un des objectifs poursuivis par la prochaine réforme fiscale…