POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Conférence sur la sécurité

Ambitions ternies par des relents négationnistes



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Mateusz Morawiecki, le Premier ministre polonais, a fait l’unanimité contre lui suite à ses propos pour le moins tendancieux sur l’holocauste. (Photo: MSC / Mueller)

L’Europe veut affirmer son autonomie dans sa défense à l’égard de l’Otan. La conférence sur la sécurité de Munich a montré que ses propres valeurs sont menacées.

La présence de nombreux responsables politiques européens et étrangers de haut rang au «Davos de la sécurité» organisé de vendredi à dimanche à Munich a permis de constater combien le sujet était brûlant aussi bien sur le plan mondial qu’européen.

Les États-Unis étaient représentés par leur conseiller à la Sécurité intérieure, Herbert McMaster, qui a mis en garde les «régimes irresponsables» qui menacent la stabilité, alors que le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a appelé à la retenue dans toute tentative d’influence de l’Europe contre la Russie. Entre les deux blocs, l’Europe fait l’objet d’influences en fonction des intérêts respectifs.

Depuis décembre, 25 pays européens ont décidé de se doter progressivement de capacités de défense conjointes et d’investir dans de nouveaux projets pour affirmer une autonomie de défense européenne. Une crainte pour les États-Unis de voir l’Otan affaiblie stratégiquement et budgétairement.

Les intentions européennes devront toutefois se traduire en actes. Les deux ministres de la Défense française et allemande, Ursula von der Leyen et Florence Parly, sont intervenues de concert en ouverture de conférence pour montrer que le couple franco-allemand tient à ce projet. Pour le Premier ministre français, Édouard Philippe, intervenu samedi, «si l’Europe ne s’intéresse pas à la guerre, la guerre ne manquera pas de s’intéresser à elle».

Retour du risque nucléaire

Présent à la conférence, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, prévient des dangers d’un conflit nucléaire.

«Nous sommes loin du discours prononcé par Obama à Prague en 2009, où un monde sans armes nucléaires était imaginé. Cette conférence est peut-être là pour que le monde réalise que nous n’en sommes plus là», a déclaré le ministre à RTL.

La Première ministre britannique, Theresa May, et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, se sont, quant à eux, exprimés sur les rapports entre l’UE et le Royaume-Uni sur les questions de sécurité à l’approche du Brexit.

«Le Royaume-Uni sera engagé demain au service de la sécurité en Europe comme il l’a été dans le passé», a voulu rassurer Theresa May. Jean-Claude Juncker en appelle au discernement et à une poursuite des liens forts sur ces questions, au-delà des enjeux économiques.

Nous ne sommes pas en guerre contre le Royaume-Uni et nous n’avons pas de revanche à prendre contre ce pays, contre la décision que son peuple a prise de manière souveraine.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne

Des propos «scandaleux»

Mais la conférence a aussi été marquée par la réponse formulée par le Premier ministre polonais à un journaliste israélien. L’ultra-conservateur et eurosceptique Mateusz Morawiecki a voulu défendre en substance une loi controversée qui vise à défendre la Pologne contre ce qui serait jugé par les autorités comme une accusation du pays de complicité avec les nazis durant la Shoah.

Ronen Bergman a souhaité demander à M. Morawiecki s’il serait puni en Pologne en racontant l’histoire des membres de sa famille déportés durant la Seconde Guerre mondiale. Une question applaudie par l’assistance, contrairement à la réponse pour le moins surprenante du Premier ministre polonais: «Ce ne sera pas puni, ce ne sera pas considéré comme criminel que de dire qu’il y avait des auteurs polonais (du génocide juif), tout comme il y avait des auteurs juifs, des auteurs ukrainiens ou allemands», a-t-il répondu en anglais.

Et d’ajouter que «nous ne pouvons mélanger auteurs et victimes, car ce serait une insulte envers tous les Juifs et tous les Polonais qui ont tant souffert pendant la Seconde Guerre mondiale».

Flirt avec le négationnisme

Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a qualifié les propos, non sujets à mauvaise traduction, de «scandaleux». Le gouvernement polonais a publié une mise au point dimanche matin via un communiqué de presse arguant que le Premier ministre s’oppose à toute forme d’antisémitisme et de négationnisme.

Si l’exécutif polonais réclame que chaque cas soit analysé individuellement, l’expression du Premier ministre montre à quel point des valeurs et des moments de l’Histoire, qui semblaient préservés de toute controverse, sont, plus que jamais, menacés.

Certains responsables politiques ont réagi à cette sortie pour le moins nauséabonde: