POLITIQUE & INSTITUTIONS

Paperjam Club

Allier passion et raison dans le marché de l’art



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Une soirée 10X6 était consacrée mercredi soir au business de l'art. Un marché globalisé au sein duquel le Luxembourg veut tirer son épingle du jeu.

Il était question de finance lors de la soirée 10X6 organisée mercredi soir par le Paperjam Club, mais pour évoquer cette fois des actifs qui rassemblent investisseurs et passionnés – qui sont parfois les mêmes –, à savoir les œuvres d'art.

Une session dédiée au business de l'art a en effet permis de réunir 10 orateurs aux parcours variés au sein des installations de la banque Degroof, devant un auditoire bondé.

Point commun entre les intervenants: un attrait irrésistible pour les beaux objets et autres créations contemporaines qui les poursuit dans leur travail. À l'instar d'Hubert d'Ursel, administrateur au sein de Degroof structured finance, qui a profité de son intervention pour passer en revue différents paramètres pour cerner la valeur d'une œuvre, valeur qui peut d'ailleurs fluctuer selon les époques.

Et l'époque que nous vivons est justement caractérisée par une augmentation de l'intérêt pour l'art, sorte de refuge en période économiquement difficile ou d'actif prisé par des grandes fortunes qui émergent.

«Nous observons qu'il y a davantage de personnes qui achètent des œuvres d'art à des prix plus élevés», indiquait Aude Lemogne, fondatrice et directrice de Link Management, société de conseil située au port franc du Findel.

Mettre le Luxembourg sur le tableau

Pour Adriano Picinati di Torcello, directeur chez Deloitte, le pays qui dispose des expertises financières et d'un outil tel que le Freeport peut agir en tant que centre d'expertise européen pour le business de l'art.

Soulignant l'importance des relations interpersonnelles, des réseaux, des médias pour permettre à un artiste de se faire connaître et de facto à ses œuvres de gagner en valeur, Mme Lemogne anticipait en quelque sorte le témoignage de Serge Krancenblum, CEO de SGG et collectionneur privé, qui voit dans l'art un outil de communication et de marketing.

Pour l'European Investment Bank Institute, représenté par Delphine Munro, head of arts, la constitution d'une collection «est un engagement citoyen et un moyen d'affirmer un ancrage local, en la partageant avec le personnel, qui en devient l'ambassadeur».

Sur le long terme

Les acteurs de l'art au Luxembourg doivent donc évoluer dans un marché globalisé et foisonnant d'idées, en se forgeant leur propre place. Le Mudam semble avoir trouvé la sienne en constituant une collection d'art moderne sur base d'une approche sur le long terme.

«Elle compte 600 œuvres, ce qui est modeste comparée à d'autres, mais elle est très internationale, car elle rassemble 300 artistes issus de plus de 50 pays», a précisé Enrico Lunghi, directeur du musée, en ajoutant que les œuvres étaient des legs aux générations futures.

Ne pas oublier la passion

Alex Reding, de la galerie Nosbaum&Reding, a proposé une cartographie des galeries à travers le monde qui sont dominées par 150 noms. Dans une «seconde zone», d'autres galeristes rayonnent à l'échelle régionale ou sur les pays limitrophes.

La même logique prévaut au niveau des foires qui sont dominées par quelques moments phares à Vienne, Hong Kong ou encore Miami. Et Luxembourg? Dans ce cas aussi, une place est peut-être à prendre. Erna Hécey, directrice de l'Office qui porte son nom et spécialisé dans le conseil artistique, en est convaincue.

«Situé au cœur de l'Europe, le Luxembourg pourrait initier une foire d'art, car tout le potentiel y est rassemblé», a-t-elle ajouté, en estimant que le format du genre pourrait être repensé, qu'il faudrait innover pour que l'événement devienne mondialement connu.

Cette prise de risque, cet appel à la passion, l'avocat et écrivain (auteur de «Chercheurs d'art» paru chez Flammarion) Yann Kerlau les revendique. «Il ne faut pas oublier de faire ce que l'on aime, d'acheter ce que l'on aime, et parfois oser aller à contre-courant.»

Reflets d'une époque, les œuvres d'art subissent aussi le changement – rapide – des tendances et autres spéculations sur leur valeur. Et si finalement le meilleur indicateur ne restait pas l'intuition....