POLITIQUE & INSTITUTIONS

Robert A. Mandell

«Adopter une autre approche du risque»



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Un nouveau chapitre s'ouvre pour Robert Mandell qui rentre à Washington DC. Le désormais ex-ambassadeur au Luxembourg se donne le temps de se lancer dans de nouveaux projets, en connexion avec l'Europe. (Photo: Olivier Minaire / archives)

L’ambassadeur des États-Unis au Luxembourg termine officiellement aujourd'hui son mandat entamé en octobre 2011. Le 21e ambassadeur américain au Grand-Duché revient sur cette expérience, sa vision de l'entrepreneuriat et de l'action des gouvernements.

Monsieur l’Ambassadeur, quelle était votre perception du Luxembourg avant le début de votre mandat?

«Je n’avais pas de réelle perception dans la mesure où je ne connaissais pas bien le pays hormis quelques images et connaissances sur internet. Au terme de mon mandat, je garde quelques qualificatifs en tête au sujet des habitants: une pratique sophistiquée des langages, capables de saisir les opportunités et très décents. Les décideurs ont du reste su faire preuve d’une grande capacité à rencontrer les besoins des citoyens, signifiant assurer la transition et le changement d’une économie de l’acier vers la banque puis vers une nouvelle ère faite d’ICT et de logistique notamment. 

La proximité des décideurs politiques et économiques au Luxembourg continue-t-elle de vous étonner, d’un point de vue américain? 

«C’est certainement une spécificité des petits pays. Les responsables politiques veulent faire en sorte que les acteurs économiques puissent être entendus, avoir accès à eux. Cette dynamique doit être conservée car elle permet au pays de rapidement se créer de nouvelles opportunités. Je me souviens notamment du lancement rapide de la biomédecine qui, en l’espace de quelques années, a pris corps au Luxembourg et dont les résultats se sont progressivement fait connaître à l’international.

Le gouvernement de Jean-Claude Juncker était à cet égard très positif et aidait les sociétés, américaines notamment, qui voulaient s’établir au Luxembourg. De mon point de vue, le gouvernement de Xavier Bettel est très courageux et je salue la prise de risque qu’il ose prendre.

En visite à la centrale électrique de Vianden, aux côtés du ministre de l'Économie Étienne Schneider

Cette culture du risque et donc de l’expérimentation doit-elle être plus encouragée au Luxembourg?

«Il s’agit plus d’une culture d’adaptation que de prise de risque en tant que telle. Les changements ne sont pas toujours faciles à digérer, mais ils deviennent incontournables à certains moments de l’histoire. Beaucoup de mesures prises par le gouvernement de Xavier Bettel comme la redéfinition des rapports entre les cultes et l’État ou l’élargissement du droit de vote vont dans le sens du futur du pays. Je pense que cela part d’une bonne intention.

Quels sont les accomplissements dont vous êtes le plus fier?

«Je suis notamment fier d’avoir pu mettre en place un forum de rencontre qui se déroule tous les trois ans entre des membres de la Cour suprême des États-Unis et des membres de la Cour européenne de justice, ici à Luxembourg. Ce type de rencontre me paraissait essentiel dans la mesure où les économies se rapprochent et que la négociation du TTIP implique que les responsables puissent se parler à tous les niveaux.

Je garde aussi en mémoire ma visite aux troupes militaires en Afghanistan ainsi que chaque visite que j’ai pu effectuer auprès de chaque école ou lycée. Parler aux étudiants, comprendre ce que les jeunes pensent, leur parler d’entrepreneuriat pour les inciter à s’engager sont pour moi aussi des sources de fierté. Je garde aussi un souvenir ému des multiples rencontres que nous avons organisées à l’ambassade avec des jeunes du Foyer Kannerland à l’occasion de Noël, Halloween ou Thanksgiving. Peu importe s’ils ne comprenaient pas tous l’anglais et moi le luxembourgeois, nous étions capables de nous comprendre et d’échanger simplement.

En dialogue avec des étudiants au Lux Future Lab

Pour revenir à la question du risque, existe-t-il une différence fondamentale entre les cultures d’entreprendre américaine et européenne?

«Les Européens demeurent très peu enclins à prendre des risques, ils ne veulent pas connaître l’échec. Plutôt que de prendre un risque, ils préfèrent souvent ne pas oser quelque chose de nouveau, ce qui est dommage. En tant qu’Américain je ne vois pas l’échec comme le point final d’une aventure, mais bien la possibilité d’apprendre et de grandir vers des succès. Je pense d’ailleurs qu’il est difficile de devenir un entrepreneur sans avoir connu quelques – petits – échecs. Cette approche du risque doit véritablement entrer dans les esprits des plus jeunes si nous voulons qu’ils s’engagent en Europe pour créer des emplois et au final de la richesse, avec le sens de la satisfaction de leur engagement.

Comment décririez-vous le Luxembourg à un visiteur étranger, par exemple provenant des États-Unis? 

«Il représente la combinaison parfaite entre la tradition et la modernité. En pensant au château de Vianden et aux nouvelles installations de KPMG que j’ai découverts lors de l’inauguration officielle, je me demande parfois si nous sommes dans le même pays.

Dans quels domaines pensez-vous que le Luxembourg et les États-Unis devraient renfoncer leurs liens?

«Les liens sont déjà existants dans l’ICT et la logistique qui représentent des secteurs porteurs pour le Luxembourg. Je ne vois pas pour quelle raison le Grand-Duché ne pourrait pas attirer de nouvelles entreprises pour développer un hub qui puisse devenir équivalent au secteur bancaire.

L’Europe et le Luxembourg doivent-ils être inquiets à propos du TTIP?

«C’est un accord qui est majeur pour les relations bilatérales. Dans le cadre de ces négociations, je pense que la priorité commune doit être de renforcer la sécurité et de lutter contre les différentes menaces, comme la cybercriminalité. Il est primordial d’accroître la coopération à cet égard. Je suis persuadé que le dialogue permettra de trouver un compromis acceptable pour chaque partie.

Quels sont vos prochains projets?

«Pour être tout à fait honnête, je n’ai pas encore de plan précis pour les prochains mois. Je sais que je vais rentrer à Washington DC. L’une des raisons pour lesquelles j’ai choisi la capitale est justement pour me mettre à disposition de mon pays afin d’aider à maintenir les liens avec l’Europe et donc le Luxembourg sur base de mon expérience.»

Aux côtés de son épouse Julie, du Premier ministre Xavier Bettel et de son compagnon Gauthier Destenay