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E-santé

«Accroître l’efficacité de la prestation des soins»



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Le professeur Christoph Thuemmler estime que la 5G va permettre aux patients de contrôler l’utilisation de leurs données de bout en bout. (Photo: DR)

La société d’évaluation ambulatoire du Luxembourg (SAA) a organisé, entre le 15 et le 17 juin, sa 5e conférence biennale à l’Université du Luxembourg. Le futur de la santé a été longuement débattu, notamment par Christoph Thuemmler, professeur en e-santé à l’Université d’Edinburgh Napier. Interview.

M. Thuemmler, on entend souvent parler de l’effet «disruptif» des nouvelles technologies. Le secteur de la santé est-il touché dans la même mesure par ce phénomène que le reste de l’économie?

«Le domaine de la santé n’est, en principe, pas différent de tout autre domaine industriel. Il faut donc qu’il soit bien préparé pour éviter des situations potentiellement dangereuses liées à l’évolution des technologies.

Les prestataires de soins et les fabricants d’appareils médicaux connaissent les exigences très élevées du marché de la santé – elles sont parfois comparées à celles de l’industrie de l’aéronautique. Les nouvelles technologies dans ce secteur doivent donc subir des tests rigoureux avant leur mise en œuvre dans le monde réel.

À quoi ressembleront les soins de demain?

«Les urgences, comme les opérations chirurgicales après un accident cardiaque, continueront d’être assurées dans des hôpitaux ouverts 24h/24 et 7 jours sur 7. Cependant, de plus en plus de personnes souffrent de maladies chroniques, qui parfois coexistent, telles que le diabète, l’asthme, l’insuffisance rénale, l’insuffisance cardiaque, le cancer, etc. Si, dans la plupart des cas, elles ne peuvent pas être guéries, elles doivent en revanche être gérées.

Or, il est dangereux pour certains patients, surtout les plus âgés, d’être admis dans un hôpital, où le risque d’infection est très élevé. D’autres peuvent avoir des problèmes de mobilité en restant alités trop longtemps. Il existe donc d’énormes opportunités pour l’e-santé, qui pourra proposer des alternatives, notamment grâce aux algorithmes intelligents ou à l’internet.

Vous soutenez que toutes ces évolutions seront également influencées par les «challenges démographiques et socio-économiques» qui s’annoncent. Pouvez-vous nous en dire plus?

«La santé est un ensemble de services hautement spécialisés. Ces services ont un prix. Actuellement, les gouvernements européens consacrent en moyenne 10% de leur PIB à ce domaine. Aux États-Unis, ce chiffre est d’environ 18,5%. Les dépenses de santé augmentent en permanence du fait d’une population vieillissante dans nos sociétés. D’après ces données démographiques, nous savons que la situation deviendra de plus en plus difficile au cours des 30 prochaines années.

Nous devons donc travailler dur pour accroître l’efficacité de la prestation des soins. Il ne s’agit pas de faire des économies, mais de veiller à ce que nos ressources financières puissent supporter ces dépenses. Cela veut dire que l’automatisation, les algorithmes, les robots de soins, l’hôpital à la maison… vont devenir de plus en plus communs dans le futur. Les gens ne doivent pas avoir peur, car nous aurons besoin plus que jamais de médecins et de personnels soignants. Mais leurs tâches évolueront.

Pour mettre en place tous ces services, il va falloir que les infrastructures puissent les supporter. Notamment en termes de transfert de données…

«La connexion 5G est une technologie incroyablement puissante, qui permettra d’assurer des soins à un nombre croissant de personnes. La Commission européenne et les gouvernements nationaux ont travaillé dur pour établir les règles de l’utilisation de la 5G dans plusieurs domaines industriels, y compris celui de la santé. Des tests à grande échelle seront effectués à partir de l’année prochaine, alors que le règlement général sur la protection des données (GDPR) entrera en vigueur en 2018.

La 5G va ainsi permettre aux patients de contrôler et de surveiller l’utilisation de leurs données de bout en bout. En fait, ces informations seront stockées dans plusieurs endroits par défaut, plutôt que d’être agrégées dans une grande base de données. Cela semble être une approche plus appropriée, en particulier face aux cyberattaques telles que WannaCry.»