ENTREPRISES & STRATÉGIES — Finance & Légal

Vincent Wellens, associé chez NautaDutilh Avocats Luxembourg

«Accompagner les demandes pluridisciplinaires de clients»



Les ‘legaltech’ peuvent aider les avocats à délaisser les recherches chronophages pour se concentrer sur l’analyse juridique, constate Me Wellens. (Photo: Julien Becker / Archives)

Les ‘legaltech’ peuvent aider les avocats à délaisser les recherches chronophages pour se concentrer sur l’analyse juridique, constate Me Wellens. (Photo: Julien Becker / Archives)

Qu’importe l’âge ou la réputation d’une entreprise, c’est sa capacité d’adaptation qui garantira sa longévité. Cas pratique avec les avocats confrontés à un changement de paradigme de leur profession et à l’émergence des ‘legaltech’.

Me Wellens, quelle est la plus grande transformation à laquelle vous devez faire face au sein de votre secteur?

«La profession d’avocat doit faire face à plusieurs transformations importantes. S’il faut en mentionner deux qui me tiennent à cœur, c’est d’abord l’importance croissante du caractère pluridisciplinaire dans le cadre des missions qui nous sont confiées. Nous assistons à un réel changement de paradigme d’une profession enfermée dans sa tour d’ivoire à une profession ouverte aux problématiques en constante évolution de ses clients. L’avocat doit comprendre les besoins et donc l’environnement de ses clients pour mieux les accompagner. Sa mission ne s’arrête pas aux portes du droit mais va bien au-delà. Ainsi, un avocat doit être capable de comprendre la comptabilité d’une société ou encore, pour un avocat en droit des nouvelles technologies comme moi, l’environnement informatique du client.

Une deuxième transformation est sans doute le ‘legaltech’ ou ‘regtech’ avec des technologies émergentes qui rendent plus efficaces les services juridiques, et permettront potentiellement la fourniture automatisée de services juridiques sans l’intervention d’un avocat.

Quelle incidence ont ces transformations sur la profession d’avocat?

«Ces transformations poussent les avocats à repenser leur métier et à mieux cibler leurs services, ce qui est une bonne évolution pour un métier qui est traditionnellement plutôt conservateur.

Nous utilisons des logiciels spécifiques pour automatiser la rédaction de contrats et de statuts.

Me Wellens, associé chez NautaDutilh Avocats Luxembourg

Quels sont les outils que vous utilisez pour y répondre?

«‘If you cannot beat them, join them.’ Les deux mouvements de transformation sus mentionnés sont inévitables. Plutôt que les repousser, l’avocat doit s’y adapter et essayer d’en tirer profit. Ainsi, l’avocat doit développer ses compétences non juridiques et réfléchir à avoir une chaîne de services préétablie pour accompagner les demandes pluridisciplinaires de clients. Ainsi, chez NautaDutilh, nous avons des partenariats en place avec des économistes capables de nous épauler dans l’évaluation d’un dommage ou, dans le domaine du droit des nouvelles technologies, avec des spécialistes techniques de la sécurité de l’information.

Au niveau de l’évolution du ‘legaltech’, l’avocat doit saisir cette opportunité pour optimiser ses prestations et se concentrer sur des services ayant une réelle valeur ajoutée. Ainsi, certaines investigations, par exemple en droit de la concurrence ou dans des cas de fraude ou d’anti-blanchiment, requièrent une recherche extensive dans des dossiers volumineux. Une telle recherche se fait très souvent sur la base de mots-clés, méthode nécessitant une batterie d’avocats et engendrant beaucoup de résultats qui ne sont pas pertinents.

Des solutions plus sophistiquées existent toutefois, et dans une affaire récente au Royaume-Uni, il a été admis et préféré l’utilisation d’un logiciel de codage prédictif permettant de classifier les documents dans un dossier volumineux selon leur pertinence. Cela évite à l’avocat de s’occuper d’une recherche quasi manuelle et lui permet de se concentrer sur une analyse juridique des documents pertinents.

La technologie sert également dans d’autres domaines. Chez NautaDutilh, nous utilisons des logiciels spécifiques pour automatiser la rédaction de contrats et de statuts, une automatisation qui est basée sur un codage bien réfléchi par des avocats. Dans le domaine de la protection des données à caractère personnel, nous déployons des solutions ‘regtech’ que nous adaptons et qui permettent d’automatiser dans une certaine mesure des exercices de mise en conformité avec la réglementation.»