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#Femaleleadership

«Accepter de ne pas être parfaite»



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Cindy Arces: «La vision communément répandue du métier d’avocat d’affaires conduit à penser qu’il exige une disponibilité totale et un ‘présentéisme’ qui, par le passé, qualifiait en premier lieu les hommes. Les temps ont changé.» (Photo: Maison Moderne)

En prélude à la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, Paperjam vous propose chaque jour un portrait dans le cadre de la nouvelle série #Femaleleadership. Aujourd’hui, Cindy Arces, avocate et managing partner pour le cabinet MNKS.

Madame Arces, décrivez-nous votre travail et vos responsabilités en une phrase.

«Je viens d’être nommée managing partner du cabinet. À ce titre, je dois veiller à la mise en œuvre de la stratégie décidée par les associés et la déclinaison de cette stratégie orientée vers la prestation d’un service que nous voulons d’exception pour chacun de nos clients.

Quel a été votre parcours?

«Après un début de carrière dans un cabinet luxembourgeois spécialisé en contentieux, j’ai rejoint MNKS en 2005. Très investie dans le développement commercial du cabinet, je suis devenue associée en 2011, puis gérante en 2015.
Récemment, le conseil de gérance m’a fait l’honneur de me nommer managing partner. C’est une grande fierté de pouvoir diriger avec mes associés le cabinet qui m’a vu grandir.

Télétravail, temps partiel, congé sabbatique font partie, depuis toujours, du paysage MNKS.

Cindy Arces, managing partner, MNKS

Être une femme a-t-il été un obstacle à votre ascension professionnelle?

«Je n’ai jamais rien ressenti de tel chez MNKS. Cabinet fondé par deux femmes, le style de management a toujours conduit à mettre en place des solutions innovantes pour concilier vie professionnelle intense et envies personnelles.

Télétravail, temps partiel, congé sabbatique font partie, depuis toujours, du paysage MNKS. L’existence de ces dispositifs repose sur une culture de la responsabilité et de la confiance. Ils sont un facteur essentiel de motivation de nos équipes et n’ont jamais altéré la qualité de nos services, bien au contraire…

Est-ce particulier à la profession d’avocat?

«Je ne crois pas que cette situation soit particulière à la profession d’avocat. Le talent, la compétence et l’énergie n’ont pas de sexe. Toute entreprise, quel que soit son secteur d’activité, qui met, sans préjugés, ces seules qualités au cœur de ses processus de promotion n’aura pas de difficultés à équilibrer la proportion de femmes dans ses organes de direction.

Être une mère a-t-il été un obstacle à votre ascension professionnelle?

«Je suis maman de deux garçons et jamais ma vie de mère n’a été pour moi un obstacle, ou même une contrainte à une vie professionnelle épanouie. Gérer tous ces rôles nécessite une organisation sans faille et le soutien de personnes de confiance.

J’ai la chance d’être entourée de mon mari et ma famille, très impliqués dans le bien-être et l’éducation de mes enfants; j’ai aussi la chance de pouvoir compter sur des équipes talentueuses pour que je puisse me consacrer aux activités à forte valeur ajoutée pour le développement du cabinet.

Avez-vous bénéficié d’un mentor (qui vous a aidée à monter ou qui vous a simplement «empowered»)?

«Il n’y a pas eu spécifiquement un seul mentor, mais plutôt une succession de personnes qui m’ont inspirée, permis de développer de nouvelles expertises et de franchir de nouveaux paliers. Il me semble important de toujours accueillir avec bienveillance les nouvelles rencontres et de s’enrichir de la diversité des profils.

Y a-t-il un leadership féminin?

«Je ne suis pas convaincue qu’il existe en tant que tel un leadership féminin. Il y a un bon leadership ou un mauvais leadership. Le bon leader est celui qui a une vision et une capacité à mobiliser ses équipes derrière cette vision.

Par contre, les hommes et les femmes peuvent avoir des sensibilités et des styles différents. Mon expérience me fait penser qu’une femme accordera plus de temps à la réflexion et à une analyse approfondie des situations avant d’engager son entreprise dans un projet risqué.

J’ai la profonde conviction que les qualités des uns se marient avec celles des autres, et qu’une représentation équilibrée dans les organes de direction conduit à une plus forte création de valeur grâce à un meilleur équilibre entre appréciation des risques et rapidité d’exécution.

C’est ce qu’a démontré une étude du Crédit Suisse en 2016: ‘Les entreprises où les femmes représentent plus de 15% des cadres dirigeants ont été 50% plus rentables que celles où les femmes en représentent moins de 10%.’

Peu d’études luxembourgeoises sont dirigées par des femmes. Pourquoi, à votre avis?

«Probablement à cause du poids de la tradition. La vision communément répandue du métier d’avocat d’affaires conduit à penser qu’il exige une disponibilité totale et un ‘présentéisme’ qui, par le passé, qualifiait en premier lieu les hommes. Les temps ont changé.

Les technologies de l’information et les dispositifs de flexibilité du temps de travail permettent de redimensionner les cabinets et de changer la donne. Une nouvelle génération ‘prend les manettes’ et il me semble qu’un nombre croissant de femmes prennent des responsabilités dans les cabinets.

C’est aussi un droit pour les hommes d’être plus présents dans l’éducation des enfants.

Cindy Arces, managing partner, MNKS

Quelle mesure concrète faudrait-il mettre en place pour favoriser l’accès des femmes aux fonctions dirigeantes en entreprise?

«La diversité est une question très simple sur le principe et très complexe dans la recherche de solutions. Je ne crois pas qu’une mesure particulière puisse apporter des solutions pérennes. C’est une question de civilisation, et l’éducation me semble être la principale réponse à apporter à ce qui ne devrait pas être un problème. Les garçons et les filles doivent grandir avec les mêmes ‘objectifs’ et sans que soient construits des archétypes qui conditionneront leur vie future.

Chacun doit être formé et éduqué pour être ‘égal’ face au risque, face au courage, face à la bienveillance.

Pour être plus pragmatique, les récentes réformes au Luxembourg sur le congé de paternité et les nouvelles modalités de congé parental sont des signes d’une mutation progressive de la société tendant vers une plus grande parité. C’est aussi un droit pour les hommes d’être plus présents dans l’éducation des enfants, s’ils le souhaitent.

Que pensez-vous du quota de 40% de représentants du sexe sous-représenté dans les conseils d’administration?

«Je ne suis pas favorable aux quotas ou à toute forme de discrimination positive, car ils conduisent à un affaiblissement de la promotion au mérite. Je suis convaincue de la vertu de la diversité et suis favorable à ce qu’un nombre croissant de femmes fassent leur entrée dans les conseils d’administration, mais c’est au nom de la compétence, du talent, du réseau et surtout de l’envie de servir que cette nomination doit être votée.

Par contre, il pourrait être utile d’agir en amont, par des programmes de mentoring, en permettant aux femmes de développer les qualités exigées par ce type de mandat.

Jugez-vous nécessaire que l’on consacre une journée aux droits des femmes?

«Notre vision des droits de la femme est biaisée. Au Luxembourg, nous vivons dans une société cosmopolite, démocratique, où la femme est respectée. Il n’en est, hélas, pas de même dans une immense majorité des pays du monde. Une telle journée reste importante pour rappeler le chemin qui a été parcouru et celui qui reste à accomplir.

Quel(s) conseil(s) pouvez-vous donner aux femmes avocates?

«Selon moi, c’est le regard des autres sur le rôle de la femme dans nos sociétés qui pose le débat de la diversité. Comment concilier la performance en entreprise, l’amour de la mère et la présence bienveillante et aimante de l’épouse? Le meilleur conseil que je pourrais donner serait de ne pas laisser la bien-pensance prendre la direction de votre vie, de ne pas laisser toute forme de culpabilité freiner vos ambitions et de ne pas chercher la perfection en toute chose.»

CV en trois dates

2011: Nomination au poste d’associée du département Contentieux & Droit du travail

2015: Nomination au sein du conseil de gérance

2018: Nomination au poste de managing partner

Retrouvez l’intégralité de la série #FemaleLeadership en cliquant ici.