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Innovation

À la vitesse supérieure



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Alexander Rhea et Laurent Probst (PwC) (Photo : Charles Caratini)

Mis en place avec le géant américain Plug and Play, l’accélérateur d’entreprises lancé par PwC en juin dernier est désormais entré dans sa phase active. Il est officiellement inauguré ce matin en présence du ministre de l’Économie Étienne Schneider.

Les locaux sont spacieux, presque immaculés. La sonnette est à peine installée à l’entrée du site. Ça sent le neuf, mais ça respire aussi la concentration et le studieux… À deux pas du siège de PwC Luxembourg, le bâtiment Vertigo, développé par Allfin et présenté en son temps (en 2008) comme étant le premier projet immobilier labélisé HQE (Haute qualité environnementale) au Luxembourg, accueille désormais l’accélérateur d’entreprises développé par la firme en partenariat avec la société américaine Plug and Play.

Sur quelque 1.000 m2 tout équipés, cette structure d’accueil innovante pour entreprises technologiques en développement, revendique une triple vocation : aider lesdites entreprises à obtenir des levées de fonds à une échelle européenne ou mondiale, en fonction du stade de développement de la société ; les soutenir sur un plan humain, en fournissant des services RH complets (management evaluation, coaching, mentoring…) ; et les structurer pour les accompagner dans leur développement global.

Tout est allé très vite dans la réalisation de ce projet, puisque les premiers contacts datent de janvier 2011. « Nous nous étions rendu compte, dans nos missions antérieures d’accompagnement pour des levées de fonds, de difficultés communes rencontrées par les entreprises concernées, explique Laurent Probst, associé et Leader R&D et Innovation chez PwC. Outre l’accès au capital proprement dit, il y avait deux obstacles majeurs. D’une part, l’existence de freins dans l’instauration d’un certain niveau de confiance entre les acteurs concernés, en vue de bâtir une équipe mondiale capable d’assumer ses plans de développement à l’international. Et, d’autre part, mais aussi des problèmes pour accéder à des nouveaux réseaux d’affaires devant permettre de percer sur ces nouveaux marchés étrangers. » D’où l’idée de réfléchir activement à la mise en place d’un nouveau mode de fonctionnement, afin de faciliter bon nombre d’opérations de ce type, surtout dans un contexte d’assèchement des capitaux flagrant depuis quelques années. Et quand on s’appelle PwC et que l’on dispose d’une présence mondiale d’envergure, les choses sont évidemment un peu plus simples pour imaginer sortir des sentiers battus.

Un deal flow à mettre en place

« L’idée n’était pas uniquement de mobiliser notre réseau international, mais aussi de rassembler les compétences issues d’acteurs privés ou publics, des grandes entreprises, des institutions ou encore des universités, dans le but commun d’aider les entreprises à fort potentiel de croissance pour qu’elles puissent se développer rapidement, précise M. Probst. L’Europe n’a pas sorti de leader européen depuis quelques années. Cela montre bien qu’il y a un problème structurel certain. »

C’est presque tout naturellement outre-Atlantique que ce sont tournés les regards pour étudier de plus près ce qui s’y faisait. Avec le soutien, sur place, de l’ancien secrétaire général du ministère de l’Économie, Georges Schmit, qui occupe depuis l’automne 2009 les fonctions de consul général du Luxembourg à San Francisco, PwC a travaillé sur l’établissement de connections aux grands centres de la connaissance et de l’échange de savoir-faire.
Une cible qui peut se résumer en deux mots : Silicon Valley, ce « territoire » du sud de la Baie de San Francisco qui abrite environ 2 millions d’habitants et 6.000 entreprises de haute technologie. Cette « vallée du silicium » n’a d’ailleurs pas inspiré que PwC. Ernst & Young, par exemple, y est également allé de son initiative. Le programme « Open Doors » a, ainsi, été lancé en ce début d’année entre les bureaux de Luxembourg et de San Jose (au cœur de la vallée). Il est cependant principalement à sens unique, car son objectif premier est de former et d’assister les sociétés présentes là-bas pour venir s’implanter au Luxembourg.

PwC, pour sa part, a choisi une autre voie de collaboration, avec un des acteurs majeurs de la Silicon Valley : la société Plug and Play. Créée en 2006, cette structure d’accompagnement a déjà permis de lever pas moins de 750 millions de dollars pour les start-up qu’elle abrite (dont 130 millions pour la seule année 2010) et compte plus de 180 partenariats avec des acteurs du venture capital. Pris en janvier 2011, les premiers contacts ont rapidement abouti à la signature d’un partenariat, dévoilé en juin dernier. « Les responsables de Plug and Play étaient eux-mêmes à la recherche d’une telle structure en Europe, précise M. Probst. Beaucoup d’entreprises européennes viennent s’établir chez eux, mais ne sont pas toujours correctement préparées, ce qui complique les choses. Ils éprouvaient donc le besoin d’organiser un vrai deal flow entre l’Europe et les États-Unis. Ce qui leur permet, aussi, de proposer aux sociétés américaines une porte d’entrée sur l’Europe. »

Pour piloter l’accélérateur luxembourgeois, PwC a fait appel, l’automne dernier, à Alexander Rhea pour occuper la fonction de CEO. Il partage avec Laurent Probst la direction de la structure : le premier nommé est davantage concentré sur le volet « investisseurs », alors que le second est plus actif sur l’aspect « écosystème » de l’accélérateur.

Fort d’une expérience de 17 années dans le venture capital, Alexander Rhea a occupé de multiples fonctions dirigeantes, aussi bien dans des structures établies (directeur pendant quatre ans des investissements US pour Iris Capital Management – le bras venture capital de la Caisse des Dépôts et Consignations – ou encore associé chez Invest Securities pendant un an et demi) que dans sa propre société (Pyramid Technology Ventures). Il a également occupé de nombreux sièges d’administrateur dans des sociétés alors en forte croissance.

« Nous avons démarré dans la discrétion, car nous voulions bâtir et établir notre offre de services et l’améliorer par rapport aux attentes des différentes sociétés », explique M. Rhea.

L’accélérateur de PwC vise spécifiquement des sociétés qui génèrent un chiffre d’affaires d’au moins 5 millions d’euros (ou qui sont sur une réelle dynamique de marché, carnet de commandes significatif à l’appui), propriétaires de leurs brevets, disposant d’une équipe managériale complète et ayant déjà bénéficié de soutiens financiers institutionnels de management. On est donc bien au-delà de l’étape start-up.

Un outil flexible

« Nous sommes surtout concentrés sur des entreprises qui ont vocation à aller sur l’international, explique M. Rhea. Nous avons eu des contacts avec plus de 70 sociétés et nous sommes réellement en discussions avec une vingtaine d’entre elles pour véritablement entrer en relations d’affaires. » Ces sociétés viennent de toute l’Europe, parfois d’un peu plus loin. Une poignée d’entre elles est déjà établie au Luxembourg et rien ne les oblige à prendre place dans les locaux de l’accélérateur. « L’option ‘bureau’ est accessoire, précise le CEO. Elle est là pour faciliter les choses si besoin. Nous offrons aux sociétés qui passent par le Luxembourg un outil de travail flexible et approprié qui leur permet de ne pas avoir à se soucier des aspects logistiques. Nous ne sommes pas un incubateur. »

Le 27 mars prochain se déroulera l’inauguration officielle du PwC’s Accelerator, en présence du ministre de l’Économie et du Commerce extérieur, Étienne Schneider, et de Saeed Amidi, le CEO de Plug and Play. Outre la traditionnelle cérémonie du coupage de ruban, cette journée sera surtout l’occasion d’une première grande confrontation entre sociétés à la recherche de capitaux et investisseurs potentiellement intéressés.

Tout au long de l’après-midi, entre 20 et 25 sociétés ayant déjà fait leurs preuves et à la recherche d’un tremplin pour se développer à l’international auront l’occasion de rencontrer une centaine d’investisseurs, business angels et autres venture capitalists parmi les plus importants du secteur. Ce sera le coup d’envoi d’une initiative qui devrait être répétée en septembre prochain, puis passer à trois par an à partir de 2013.